# Joseph et ses frères

_Retold by Talerie (talerie.com) from Bible Segond 1910_ · 35 min read · ages 7+

Vendu par ses frères, Joseph devient esclave en Égypte, puis explique les rêves du pharaon, qui lui donne le commandement du pays avant la famine. Quand ses frères viennent acheter du blé, Joseph se fait connaître à eux en pleurant avec Benjamin et envoie des chariots à Jacob, qui apprend que son fils est vivant.

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Jacob vivait au pays de Canaan, sur la terre où son père avait vécu avant lui comme un étranger. Il avait douze fils.

Voici l’histoire de sa famille. Joseph avait dix-sept ans. Il gardait les moutons et les chèvres avec ses frères, surtout avec les fils des deux servantes que leur père avait aussi prises pour femmes. Ce n’était encore qu’un garçon, et il rapportait à leur père le mal qu’on disait de ses frères.

Jacob aimait Joseph plus que tous ses autres fils, parce qu’il l’avait eu dans sa vieillesse, et il lui fit faire une longue tunique de toutes les couleurs. Quand ses frères virent que leur père le préférait à eux tous, ils se mirent à le haïr. Ils ne pouvaient plus lui adresser une parole aimable.

Une nuit, Joseph fit un rêve, et il le raconta à ses frères, qui le détestèrent encore davantage.

— Écoutez le rêve que j’ai fait, leur dit-il. Nous étions en train de lier des gerbes au milieu des champs. Tout à coup, ma gerbe s’est dressée et elle est restée debout, et vos gerbes sont venues l’entourer et se sont prosternées devant elle.

Ses frères lui répondirent :

— Alors tu veux devenir notre roi ? Tu veux nous commander ?

Et ils le haïrent plus encore, à cause de ses rêves et à cause de ses paroles.

Plus tard, Joseph fit un autre rêve, qu’il raconta lui aussi à ses frères.

— J’ai encore fait un rêve, dit-il. Le soleil, la lune et onze étoiles se prosternaient devant moi.

Il en parla aussi à son père, devant ses frères, et son père le gronda :

— Qu’est-ce que c’est que ce rêve ? Faudra-t-il donc que nous venions, moi, ta mère et tes frères, nous prosterner jusqu’à terre devant toi ?

Ses frères devinrent jaloux de lui. Mais son père garda ces paroles dans son cœur.

Quelque temps plus tard, les frères de Joseph partirent faire paître le troupeau de leur père du côté de Sichem. Jacob appela Joseph.

— Tes frères gardent le troupeau à Sichem, n’est-ce pas ? Viens, je vais t’envoyer auprès d’eux.

— Me voici, répondit Joseph.

— Va voir si tes frères se portent bien et si le troupeau est en bon état, reprit Jacob, et reviens me donner des nouvelles.

Jacob le fit donc partir de la vallée d’Hébron, et Joseph arriva à Sichem. Comme il errait dans les champs, un homme le rencontra.

— Que cherches-tu ? lui demanda l’homme.

— Je cherche mes frères, répondit Joseph. Dis-moi, s’il te plaît, où ils font paître leur troupeau.

— Ils sont partis d’ici. Je les ai entendus dire : « Allons à Dothan. »

Joseph repartit sur les traces de ses frères, et il les trouva à Dothan.

Ils le virent arriver de loin, et avant même qu’il soit près d’eux, ils complotèrent de le faire mourir.

— Voici le rêveur qui arrive, se dirent-ils les uns aux autres. Allons, tuons-le et jetons-le dans un de ces vieux puits à sec. Nous dirons qu’une bête sauvage l’a dévoré, et nous verrons bien ce que deviendront ses rêves !

Ruben entendit cela et voulut le sauver.

— Ne le tuons pas, dit-il. Ne versez pas de sang. Jetez-le dans ce vieux puits, là, dans le désert, mais ne levez pas la main sur lui.

Il comptait le tirer de là plus tard et le ramener à leur père.

Lorsque Joseph arriva auprès de ses frères, ils lui arrachèrent sa tunique, la tunique de toutes les couleurs qu’il portait. Puis ils le saisirent et le jetèrent dans le vieux puits. Le puits était vide : il n’y avait pas une goutte d’eau au fond.

Ensuite ils s’assirent pour manger. En levant les yeux, ils aperçurent une caravane de marchands ismaélites qui venait de Galaad. Leurs chameaux étaient chargés d’aromates, de baume et de myrrhe qu’ils emportaient en Égypte.

Alors Juda dit à ses frères :

— Qu’est-ce que nous gagnerons à tuer notre frère et à cacher ce que nous aurons fait ? Venez, vendons-le à ces Ismaélites, et ne levons pas la main sur lui : c’est notre frère, notre propre chair.

Ses frères l’écoutèrent. Quand les marchands passèrent près d’eux, ils tirèrent Joseph du puits et le vendirent aux Ismaélites pour vingt pièces d’argent. Les marchands l’emmenèrent en Égypte.

Quand Ruben revint au puits, Joseph n’y était plus. Il déchira ses vêtements, retourna vers ses frères et s’écria :

— L’enfant n’est plus là ! Et moi, que vais-je devenir ?

Ses frères prirent alors la tunique de Joseph. Ils tuèrent un chevreau et trempèrent la tunique dans son sang. Puis ils firent porter à leur père la tunique de toutes les couleurs, avec ce message : « Voici ce que nous avons trouvé. Regarde si c’est la tunique de ton fils, ou non. »

Leur père la reconnut.

— C’est la tunique de mon fils ! s’écria-t-il. Une bête sauvage l’a dévoré ! Joseph a été mis en pièces !

Jacob déchira ses vêtements, mit un vêtement de toile grossière, comme ceux qui sont en deuil, et il pleura son fils pendant de longs jours. Tous ses fils et toutes ses filles vinrent le consoler, mais il refusa toute consolation.

— C’est en pleurant que je descendrai chez les morts, rejoindre mon fils, disait-il.

Et il continuait de pleurer Joseph.

Pendant ce temps, les marchands avaient emmené Joseph en Égypte. Là-bas, ils le vendirent à Potiphar, un Égyptien, officier du pharaon et chef de ses gardes.

Dieu était avec Joseph, et tout lui réussissait. Il vivait dans la maison de son maître égyptien. Potiphar vit bien que Dieu était avec ce jeune homme et faisait réussir tout ce qu’il entreprenait. Joseph gagna sa faveur : son maître le prit à son service, le mit à la tête de sa maison et lui confia tout ce qu’il possédait.

À partir de ce jour, Dieu bénit la maison de l’Égyptien à cause de Joseph, et sa bénédiction s’étendit sur tout ce que Potiphar possédait, dans la maison comme dans les champs. Potiphar laissa tout entre les mains de Joseph ; il ne s’occupait plus de rien, sauf de ce qu’il mangeait.

Or Joseph était bien fait et beau de visage.

Quelque temps après, la femme de son maître posa les yeux sur lui.

— Viens coucher avec moi, lui dit-elle.

Mais il refusa.

— Écoutez, Madame, lui dit-il, mon maître ne s’occupe plus de rien dans la maison : il m’a tout confié. Dans cette maison, personne n’a plus d’autorité que moi, et il ne m’a rien interdit, sauf vous, parce que vous êtes sa femme. Comment pourrais-je commettre un si grand mal et pécher contre Dieu ?

Elle revenait lui parler jour après jour, mais Joseph refusait de rester auprès d’elle.

Un jour, il entra dans la maison pour faire son travail, et aucun des serviteurs ne s’y trouvait. Elle le saisit par le vêtement en répétant :

— Viens coucher avec moi !

Joseph lui laissa le vêtement dans la main et s’enfuit dehors.

Quand elle vit qu’il avait abandonné son vêtement entre ses mains et qu’il s’était sauvé, elle appela les gens de la maison.

— Regardez ! leur dit-elle. Cet Hébreu que mon mari nous a amené est là pour se moquer de nous. Cet homme est venu me trouver pour coucher avec moi, mais j’ai crié très fort. Quand il m’a entendue crier, il a laissé son vêtement près de moi et il s’est enfui dehors.

Elle garda le vêtement de Joseph à côté d’elle jusqu’au retour de son mari. Quand Potiphar rentra, elle lui fit le même récit :

— L’esclave hébreu que tu nous as amené est venu me trouver pour se moquer de moi. Quand j’ai crié, il a laissé son vêtement près de moi et il s’est enfui dehors.

En entendant sa femme lui dire : « Voilà ce que ton esclave m’a fait ! », le maître de Joseph entra dans une violente colère. Il fit saisir Joseph et le jeta en prison, là où l’on enfermait les prisonniers du roi. Et Joseph resta là, en prison.

Mais Dieu était avec Joseph. Dans sa bonté, Dieu lui fit gagner la faveur du chef de la prison, qui lui confia tous les prisonniers : rien ne s’y faisait sans lui. Le chef de la prison ne surveillait plus rien de ce que Joseph avait en main, parce que Dieu était avec Joseph et faisait réussir tout ce qu’il faisait.

Quelque temps après, deux officiers du roi d’Égypte commirent une faute envers leur maître : l’échanson, qui servait à boire au pharaon, et le chef boulanger. Le pharaon se mit en colère contre eux et les fit enfermer dans la maison du chef des gardes, dans la prison même où se trouvait Joseph. Le chef des gardes les confia à Joseph, qui se mit à leur service, et ils restèrent un certain temps en prison.

Une même nuit, l’échanson et le chef boulanger firent chacun un rêve, et chaque rêve avait son sens à lui.

Le matin, Joseph vint les voir et remarqua qu’ils avaient l’air triste.

— Pourquoi faites-vous si triste mine aujourd’hui ? leur demanda-t-il.

— Nous avons fait un rêve, répondirent-ils, et il n’y a personne pour nous l’expliquer.

— N’est-ce pas Dieu qui donne le sens des rêves ? dit Joseph. Racontez-les-moi donc.

L’échanson lui raconta son rêve :

— Dans mon rêve, il y avait une vigne devant moi, et cette vigne avait trois branches. Elle a bourgeonné, elle s’est couverte de fleurs, puis ses grappes ont donné des raisins mûrs. J’avais dans la main la coupe du pharaon. J’ai pris les raisins, je les ai pressés dans la coupe et je l’ai mise dans la main du pharaon.

— Voici ce que cela veut dire, lui répondit Joseph. Les trois branches sont trois jours. Dans trois jours, le pharaon vous relèvera la tête et vous rendra votre charge. Vous lui tendrez de nouveau sa coupe, comme vous le faisiez autrefois quand vous étiez son échanson. Mais souvenez-vous de moi quand vous serez heureux. Soyez bon pour moi, je vous en prie : parlez de moi au pharaon, et faites-moi sortir d’ici. On m’a enlevé de force au pays des Hébreux, et ici non plus, je n’ai rien fait pour qu’on me jette en prison.

Quand le chef boulanger vit que Joseph avait donné une explication favorable, il dit à son tour :

— Moi aussi, dans mon rêve, je portais sur la tête trois corbeilles de pain blanc. Dans la corbeille du dessus, il y avait toutes sortes de pâtisseries cuites au four pour le pharaon, et les oiseaux venaient les manger dans la corbeille, au-dessus de ma tête.

— Voici ce que cela veut dire, répondit Joseph. Les trois corbeilles sont trois jours. Dans trois jours, le pharaon vous ôtera la tête : il vous fera pendre à un arbre, et les oiseaux mangeront votre chair.

Le troisième jour, c’était l’anniversaire du pharaon, et il donna un festin pour tous ses serviteurs. Devant eux tous, il fit amener l’échanson et le chef boulanger. Il rendit à l’échanson sa charge, et celui-ci put de nouveau tendre la coupe au pharaon. Mais le chef boulanger, le roi le fit pendre, exactement comme Joseph l’avait annoncé.

Pourtant l’échanson ne pensa plus à Joseph. Il l’oublia.

Deux années entières passèrent. Une nuit, le pharaon fit un rêve. Il se tenait au bord du Nil, et il vit sortir du fleuve sept vaches belles et grasses, qui se mirent à brouter dans la prairie. Puis sept autres vaches, laides et maigres, sortirent du Nil derrière elles et s’arrêtèrent à côté des premières, sur la rive. Et les vaches laides et maigres dévorèrent les sept vaches belles et grasses. Alors le pharaon se réveilla.

Il se rendormit et fit un second rêve. Sept épis de blé, gros et beaux, poussaient sur une seule tige. Puis sept épis maigres, desséchés par le vent d’est, poussèrent après eux. Et les épis maigres engloutirent les sept épis gros et pleins. Le pharaon se réveilla : ce n’était qu’un rêve.

Au matin, il avait l’esprit troublé. Il fit appeler tous les magiciens et tous les sages d’Égypte et leur raconta ses rêves, mais aucun d’eux ne put les lui expliquer.

Alors l’échanson prit la parole :

— Aujourd’hui, Majesté, je dois vous rappeler mes fautes. Vous vous étiez mis en colère contre vos serviteurs, et vous m’aviez fait enfermer dans la maison du chef des gardes, avec le chef boulanger. Une même nuit, nous avons fait chacun un rêve, et chaque rêve avait son sens. Il y avait là, avec nous, un jeune Hébreu, esclave du chef des gardes. Nous lui avons raconté nos rêves, et il nous les a expliqués, à chacun le sien. Tout s’est passé exactement comme il l’avait dit : vous m’avez rendu ma charge, et le chef boulanger, vous l’avez fait pendre.

Le pharaon fit appeler Joseph, et on le tira en hâte de son cachot. Joseph se rasa, changea de vêtements et se présenta devant le roi.

— J’ai fait un rêve, lui dit le pharaon, et personne ne peut l’expliquer. On m’a dit que toi, il te suffit d’entendre un rêve pour en donner le sens.

— Ce n’est pas moi, Majesté, répondit Joseph. C’est Dieu qui vous donnera une réponse favorable.

Alors le pharaon lui raconta :

— Dans mon rêve, je me tenais au bord du Nil. J’ai vu sortir du fleuve sept vaches grasses et belles, qui se sont mises à brouter dans la prairie. Puis sept autres vaches sont sorties derrière elles, maigres, affreuses, toutes décharnées : jamais je n’en ai vu d’aussi laides dans tout le pays d’Égypte. Ces vaches décharnées et laides ont mangé les sept premières, les grasses. Elles les ont avalées, et pourtant on n’aurait jamais dit qu’elles avaient mangé quoi que ce soit : elles restaient aussi laides qu’avant. Et je me suis réveillé.

Il reprit :

— Dans un autre rêve, j’ai vu sept épis pleins et beaux qui montaient sur une seule tige. Puis sept épis vides, maigres, desséchés par le vent d’est, ont poussé après eux. Et les épis maigres ont englouti les sept beaux épis. J’ai raconté tout cela aux magiciens, mais personne n’a pu me l’expliquer.

Joseph dit au pharaon :

— Vos deux rêves n’en font qu’un, Majesté : Dieu vous a fait connaître ce qu’il va faire. Les sept belles vaches sont sept années, et les sept beaux épis sont sept années : c’est un seul et même rêve. Les sept vaches maigres et laides, qui sont sorties après les autres, sont sept années, et les sept épis vides, desséchés par le vent d’est, seront sept années de famine.

Joseph poursuivit :

— C’est bien ce que je vous disais : Dieu vous a montré ce qu’il va faire. Sept années de grande abondance vont venir sur tout le pays d’Égypte. Après elles viendront sept années de famine. On oubliera alors toute cette abondance, et la famine dévorera le pays. Elle sera si terrible qu’on ne se souviendra même plus du temps où l’on avait de tout. Si le rêve vous est venu deux fois, c’est que Dieu a décidé la chose, et qu’il va bientôt l’accomplir.

Puis il ajouta :

— Maintenant, Majesté, choisissez un homme intelligent et sage, et mettez-le à la tête du pays d’Égypte. Nommez des officiers dans tout le pays, et qu’ils prélèvent le cinquième des récoltes de l’Égypte pendant les sept années d’abondance. Qu’ils rassemblent tous les vivres de ces bonnes années qui arrivent, qu’ils fassent des réserves de blé dans les villes, sous votre autorité, et qu’ils les gardent bien. Ces réserves serviront au pays pendant les sept années de famine qui viendront sur l’Égypte, et ainsi le pays ne mourra pas de faim.

Ce discours plut au pharaon et à tous ses serviteurs.

— Trouverons-nous jamais un homme comme celui-ci, qui ait en lui l’esprit de Dieu ? dit le pharaon à ses serviteurs.

Puis il se tourna vers Joseph :

— Puisque Dieu t’a fait connaître tout cela, il n’y a personne d’aussi intelligent et d’aussi sage que toi. C’est toi qui seras à la tête de ma maison, et tout mon peuple obéira à tes ordres. Seul mon trône me placera au-dessus de toi. Vois : je te donne le commandement de tout le pays d’Égypte.

Le pharaon ôta l’anneau de son doigt et le passa au doigt de Joseph. Il le fit habiller de vêtements de lin fin et lui mit au cou un collier d’or. Il le fit monter sur son second char, et l’on criait devant lui : « À genoux ! » C’est ainsi que le pharaon lui donna le commandement de tout le pays d’Égypte.

— Je suis le pharaon, lui dit encore le roi, mais sans toi, personne ne lèvera la main ni le pied dans tout le pays d’Égypte.

Le pharaon donna à Joseph un nom égyptien, Tsaphnath-Paenéach, et il lui donna pour femme Asenath, la fille de Poti-Phéra, prêtre de la ville d’On. Joseph avait trente ans lorsqu’il se présenta devant le pharaon, roi d’Égypte. Il quitta le palais et parcourut tout le pays.

Pendant les sept années d’abondance, la terre donna des récoltes immenses. Joseph rassembla tous les vivres de ces sept années et les mit en réserve dans les villes : dans chaque ville, il entreposa les récoltes des champs d’alentour. Il amassa du blé comme le sable de la mer, en si grande quantité qu’on cessa de le compter, tant il y en avait.

Avant que viennent les années de famine, Asenath donna deux fils à Joseph. Il appela l’aîné Manassé, car il disait : « Dieu m’a fait oublier toutes mes peines et toute la maison de mon père. » Il appela le second Éphraïm, car il disait : « Dieu m’a donné des enfants dans le pays de mon malheur. »

Les sept années d’abondance prirent fin, et les sept années de famine commencèrent, comme Joseph l’avait annoncé. La famine frappa tous les pays, mais dans tout le pays d’Égypte, il y avait du pain. Quand toute l’Égypte eut faim à son tour, le peuple supplia le pharaon de lui donner du pain.

— Allez trouver Joseph, dit le pharaon à tous les Égyptiens, et faites ce qu’il vous dira.

La famine s’étendait sur tout le pays. Joseph ouvrit tous les greniers et vendit du blé aux Égyptiens, tandis que la famine devenait de plus en plus dure en Égypte. Et de tous les pays, on venait en Égypte acheter du blé à Joseph, car partout la famine était terrible.

Au pays de Canaan, Jacob apprit qu’il y avait du blé en Égypte.

— Pourquoi restez-vous là à vous regarder les uns les autres ? dit-il à ses fils. J’ai entendu dire qu’il y a du blé en Égypte. Descendez là-bas nous en acheter, pour que nous puissions vivre et ne pas mourir.

Dix des frères de Joseph descendirent donc en Égypte acheter du blé. Mais Jacob ne laissa pas partir avec eux Benjamin, le frère de Joseph, car il craignait qu’il ne lui arrive malheur. Les fils de Jacob arrivèrent en Égypte parmi tous ceux qui venaient acheter du blé, car la famine régnait aussi au pays de Canaan.

Joseph gouvernait le pays, et c’était lui qui vendait le blé à tous ceux qui venaient. Ses frères arrivèrent et se prosternèrent devant lui, le visage contre terre. Dès qu’il les vit, Joseph les reconnut. Mais il fit semblant de ne pas les connaître et leur parla durement.

— D’où venez-vous ? leur demanda-t-il.

— Du pays de Canaan, Monseigneur, répondirent-ils, pour acheter des vivres.

Joseph avait reconnu ses frères, mais eux ne le reconnurent pas. Il se souvint alors des rêves qu’il avait faits à leur sujet.

— Vous êtes des espions ! leur dit-il. Vous êtes venus repérer les points faibles du pays.

— Non, Monseigneur, répondirent-ils. Vos serviteurs sont venus acheter du blé. Nous sommes tous les fils d’un même homme. Nous sommes d’honnêtes gens, vos serviteurs ne sont pas des espions.

— Non, reprit-il. Vous êtes venus repérer les points faibles du pays.

— Vos serviteurs sont douze frères, dirent-ils, les fils d’un même homme du pays de Canaan. Le plus jeune est en ce moment avec notre père, et l’un de nous n’est plus.

— C’est bien ce que je disais, répliqua Joseph : vous êtes des espions. Voici comment je vais vous mettre à l’épreuve. Par la vie du pharaon, vous ne sortirez pas d’ici avant que votre plus jeune frère soit venu. Envoyez l’un de vous le chercher, et vous autres, vous resterez prisonniers. On verra bien si vous dites la vérité. Sinon, par la vie du pharaon, vous êtes des espions !

Et il les fit enfermer tous ensemble pendant trois jours.

Le troisième jour, Joseph leur dit :

— Faites ce que je vais vous dire, et vous aurez la vie sauve, car je crains Dieu. Si vous êtes d’honnêtes gens, que l’un de vous reste enfermé dans votre prison. Vous autres, partez et emportez du blé pour vos familles qui ont faim. Puis ramenez-moi votre plus jeune frère : on saura ainsi que vous avez dit vrai, et vous ne mourrez pas.

Ils acceptèrent, et ils se dirent les uns aux autres :

— Oui, nous sommes coupables envers notre frère. Nous avons vu son angoisse quand il nous suppliait, et nous ne l’avons pas écouté. Voilà pourquoi ce malheur nous arrive.

Alors Ruben leur dit :

— Je vous l’avais bien dit : « Ne faites pas de mal à cet enfant ! » Mais vous n’avez rien voulu entendre. Et maintenant, on nous fait payer sa mort.

Ils ne savaient pas que Joseph les comprenait, car il leur parlait par un interprète. Joseph s’éloigna d’eux et se mit à pleurer. Puis il revint, leur parla encore, prit Siméon parmi eux et le fit enchaîner sous leurs yeux.

Ensuite Joseph donna l’ordre de remplir leurs sacs de blé, de remettre l’argent de chacun dans son sac et de leur donner des provisions pour la route. Ce qui fut fait. Ils chargèrent le blé sur leurs ânes et partirent.

Le soir, à l’endroit où ils s’arrêtèrent pour la nuit, l’un d’eux ouvrit son sac pour donner à manger à son âne. Il vit son argent, juste à l’ouverture du sac.

— On m’a rendu mon argent ! dit-il à ses frères. Il est là, dans mon sac !

Les frères sentirent leur cœur leur manquer, et ils se dirent en tremblant :

— Qu’est-ce que Dieu nous a fait ?

Revenus auprès de Jacob, leur père, au pays de Canaan, ils lui racontèrent tout ce qui leur était arrivé.

— L’homme qui est le maître de ce pays nous a parlé durement, dirent-ils. Il nous a pris pour des espions. Nous lui avons dit : « Nous sommes d’honnêtes gens, nous ne sommes pas des espions. Nous sommes douze frères, les fils de notre père. L’un n’est plus, et le plus jeune est aujourd’hui avec notre père au pays de Canaan. »

Ils ajoutèrent :

— Alors cet homme, le maître du pays, nous a répondu : « Voici comment je saurai si vous êtes d’honnêtes gens. Laissez-moi l’un de vos frères, prenez de quoi nourrir vos familles et partez. Ramenez-moi votre plus jeune frère. Je saurai ainsi que vous n’êtes pas des espions, mais d’honnêtes gens ; je vous rendrai votre frère, et vous pourrez aller et venir librement dans le pays. »

Puis ils vidèrent leurs sacs, et chacun trouva sa bourse d’argent dans son sac. En voyant ces bourses, ils eurent peur, eux et leur père.

— Vous me privez de mes enfants ! leur dit Jacob. Joseph n’est plus, Siméon n’est plus, et vous voulez encore m’enlever Benjamin ! C’est sur moi que tout cela retombe.

Ruben dit à son père :

— Tu pourras faire mourir mes deux fils si je ne te ramène pas Benjamin. Confie-le-moi, et je te le ramènerai.

— Mon fils ne descendra pas avec vous, répondit Jacob. Son frère est mort, il ne reste plus que lui. S’il lui arrivait malheur pendant le voyage, vous feriez descendre mes cheveux blancs chez les morts, dans la douleur.

Mais la famine pesait de plus en plus lourd sur le pays. Quand ils eurent fini de manger le blé rapporté d’Égypte, Jacob dit à ses fils :

— Retournez là-bas nous acheter un peu de vivres.

Juda lui répondit :

— Cet homme nous a prévenus très clairement : « Vous ne reverrez pas mon visage si votre frère n’est pas avec vous. » Si tu laisses notre frère partir avec nous, nous descendrons t’acheter des vivres. Mais si tu ne veux pas le laisser partir, nous n’irons pas, car cet homme nous a dit : « Vous ne reverrez pas mon visage si votre frère n’est pas avec vous. »

— Pourquoi m’avez-vous fait ce mal ? dit Jacob. Pourquoi avoir dit à cet homme que vous aviez encore un frère ?

— Cet homme nous a posé toutes sortes de questions sur nous et sur notre famille, répondirent-ils. Il nous a demandé : « Votre père vit-il encore ? Avez-vous un autre frère ? » Et nous avons répondu à ses questions. Comment pouvions-nous savoir qu’il nous dirait : « Amenez votre frère » ?

Juda dit alors à Jacob, son père :

— Laisse l’enfant venir avec moi, et nous partirons tout de suite. Ainsi nous vivrons au lieu de mourir, nous, toi et nos enfants. Je réponds de lui, c’est à moi que tu le réclameras. Si je ne te le ramène pas, si je ne le remets pas devant toi, je serai coupable envers toi pour toujours. Si nous n’avions pas tant tardé, nous serions déjà revenus deux fois.

Jacob, leur père, leur dit :

— Puisqu’il le faut, faites ceci. Prenez dans vos sacs ce que notre pays a de meilleur et portez-le en cadeau à cet homme : un peu de baume et un peu de miel, des aromates et de la myrrhe, des pistaches et des amandes. Prenez avec vous le double d’argent, et rapportez l’argent qu’on avait remis à l’ouverture de vos sacs ; c’était peut-être une erreur. Prenez aussi votre frère, et mettez-vous en route ; retournez chez cet homme. Que Dieu tout-puissant vous rende cet homme favorable, et qu’il vous laisse ramener votre autre frère, et Benjamin ! Quant à moi, si je dois perdre mes enfants, eh bien, je les perdrai.

Ils prirent le cadeau, le double d’argent, et Benjamin. Ils partirent, descendirent en Égypte et se présentèrent devant Joseph.

Quand Joseph vit Benjamin avec eux, il dit à l’intendant de sa maison :

— Fais entrer ces hommes chez moi. Fais tuer une bête et prépare-la, car ils mangeront avec moi à midi.

L’intendant fit ce que Joseph avait ordonné et conduisit les frères dans la maison de son maître. Ils eurent peur en se voyant emmenés là.

— C’est à cause de l’argent qu’on a remis dans nos sacs la première fois, se dirent-ils. On nous fait entrer ici pour nous tomber dessus, faire de nous des esclaves et nous prendre nos ânes.

Ils s’approchèrent de l’intendant et lui parlèrent à l’entrée de la maison.

— Pardon, monsieur, dirent-ils. Nous sommes déjà venus une fois acheter des vivres. Le soir, à l’endroit où nous nous sommes arrêtés pour la nuit, nous avons ouvert nos sacs, et chacun a trouvé son argent à l’ouverture de son sac, tout notre argent, au poids exact. Nous vous le rapportons. Nous avons aussi apporté d’autre argent pour acheter des vivres. Nous ne savons pas qui a mis notre argent dans nos sacs.

— Soyez en paix, ne craignez rien, répondit l’intendant. C’est votre Dieu, le Dieu de votre père, qui a mis un trésor dans vos sacs. Votre argent, je l’ai bien reçu.

Et il leur amena Siméon.

L’intendant les fit entrer dans la maison de Joseph. Il leur donna de l’eau pour se laver les pieds, et du fourrage pour leurs ânes. Les frères préparèrent leur cadeau en attendant que Joseph arrive à midi, car on leur avait dit qu’ils mangeraient chez lui.

Quand Joseph rentra, ils lui offrirent le cadeau qu’ils avaient apporté et se prosternèrent jusqu’à terre devant lui. Il leur demanda comment ils allaient, puis il ajouta :

— Votre vieux père, dont vous m’avez parlé, est-il en bonne santé ? Vit-il encore ?

— Votre serviteur, notre père, est en bonne santé, répondirent-ils. Il vit encore.

Et ils s’inclinèrent et se prosternèrent.

Joseph leva les yeux et vit Benjamin, son frère, le fils de sa propre mère.

— Est-ce là votre plus jeune frère, dont vous m’avez parlé ? demanda-t-il. Que Dieu vous bénisse, mon fils !

Joseph sortit en hâte, car il était bouleversé à la vue de son frère et il avait besoin de pleurer. Il entra dans sa chambre et y pleura. Puis il se lava le visage, ressortit et, se retenant de toutes ses forces, il dit :

— Servez le repas.

On servit Joseph à part, ses frères à part, et à part aussi les Égyptiens qui mangeaient avec lui, car les Égyptiens ne pouvaient pas prendre leur repas avec les Hébreux : à leurs yeux, c’était une chose interdite. Les frères furent placés en face de Joseph, de l’aîné, selon son droit d’aînesse, jusqu’au plus jeune, selon son âge, et ils se regardaient les uns les autres, stupéfaits.

Joseph leur fit porter des plats de sa propre table, et la part de Benjamin était cinq fois plus grosse que celle des autres. Ils burent avec lui et furent joyeux.

Puis Joseph donna cet ordre à son intendant :

— Remplis de vivres les sacs de ces hommes, autant qu’ils pourront en porter, et remets l’argent de chacun à l’ouverture de son sac. Et ma coupe, la coupe d’argent, tu la mettras à l’ouverture du sac du plus jeune, avec l’argent de son blé.

L’intendant fit ce que Joseph avait dit. Le lendemain, dès qu’il fit jour, on laissa partir les frères avec leurs ânes. Ils étaient à peine sortis de la ville quand Joseph dit à son intendant :

— Va, cours après ces hommes. Quand tu les auras rattrapés, dis-leur : « Pourquoi avez-vous rendu le mal pour le bien ? N’est-ce pas la coupe dans laquelle boit mon maître, et dont il se sert pour deviner ? Vous avez mal agi. »

L’intendant les rattrapa et leur répéta ces paroles.

— Pourquoi nous dites-vous cela, monsieur ? répondirent-ils. Jamais vos serviteurs ne feraient une chose pareille ! L’argent que nous avions trouvé à l’ouverture de nos sacs, nous vous l’avons rapporté du pays de Canaan. Comment aurions-nous volé de l’argent ou de l’or dans la maison de votre maître ? Que celui d’entre nous sur qui l’on trouvera la coupe meure, et nous autres, nous serons les esclaves de votre maître !

— Eh bien, qu’il en soit comme vous dites, répondit l’intendant. Mais seul celui sur qui l’on trouvera la coupe sera mon esclave, et vous autres, vous ne serez pas coupables.

Aussitôt, chacun posa son sac à terre et l’ouvrit. L’intendant les fouilla, en commençant par le plus âgé et en finissant par le plus jeune, et la coupe fut trouvée dans le sac de Benjamin.

Alors ils déchirèrent leurs vêtements. Chacun rechargea son âne, et tous revinrent à la ville.

Juda et ses frères arrivèrent à la maison de Joseph, qui s’y trouvait encore, et ils se jetèrent à terre devant lui.

— Qu’avez-vous fait là ? leur dit Joseph. Ne saviez-vous pas qu’un homme comme moi sait deviner ?

— Que pourrions-nous dire à Monseigneur ? répondit Juda. Comment parler, comment prouver notre innocence ? Dieu a découvert la faute de vos serviteurs. Nous voici esclaves de Monseigneur, nous tous, et aussi celui chez qui on a trouvé la coupe.

— Jamais je ne ferai une chose pareille ! dit Joseph. Seul l’homme chez qui on a trouvé la coupe sera mon esclave. Vous autres, remontez en paix chez votre père.

Alors Juda s’approcha de Joseph et lui dit :

— Je vous en prie, Monseigneur, permettez à votre serviteur de vous dire un mot, et ne vous mettez pas en colère contre lui, car vous êtes l’égal du pharaon. Monseigneur a demandé à ses serviteurs : « Avez-vous un père, ou un frère ? » Nous avons répondu : « Nous avons un vieux père, et un jeune frère, l’enfant de sa vieillesse. Cet enfant avait un frère né de la même mère, qui est mort. Il est le seul fils qui reste de sa mère, et son père l’aime. »

Juda reprit :

— Vous avez dit à vos serviteurs : « Amenez-le-moi, que je le voie de mes propres yeux. » Nous avons répondu à Monseigneur : « L’enfant ne peut pas quitter son père. S’il le quitte, son père mourra. » Mais vous avez dit à vos serviteurs : « Si votre plus jeune frère ne descend pas avec vous, vous ne reverrez pas mon visage. »

Il continua :

— Quand nous sommes remontés chez votre serviteur, notre père, nous lui avons rapporté les paroles de Monseigneur. Plus tard, notre père nous a dit : « Retournez nous acheter un peu de vivres. » Nous lui avons répondu : « Nous ne pouvons pas descendre là-bas. Nous n’irons que si notre plus jeune frère vient avec nous, car nous ne pouvons pas revoir le visage de cet homme sans lui. »

Et il ajouta :

— Alors votre serviteur, notre père, nous a dit : « Vous savez que ma femme ne m’a donné que deux fils. L’un est parti de chez moi, et j’ai dit : «Il a sûrement été déchiré par une bête», et je ne l’ai jamais revu. Si vous m’enlevez encore celui-ci et qu’il lui arrive malheur, vous ferez descendre mes cheveux blancs chez les morts, dans la douleur. »

Puis il dit encore :

— Maintenant, si je retourne sans l’enfant chez votre serviteur, mon père, dont la vie est liée à celle de cet enfant, il mourra en voyant que l’enfant n’est pas avec nous. Et vos serviteurs feront descendre dans la douleur, chez les morts, les cheveux blancs de notre père. Car c’est moi, votre serviteur, qui ai répondu de l’enfant devant mon père. Je lui ai dit : « Si je ne te le ramène pas, je serai coupable envers toi pour toujours. »

Enfin il supplia :

— Alors, je vous en supplie, laissez votre serviteur rester à la place de l’enfant, comme esclave de Monseigneur, et que l’enfant reparte avec ses frères. Comment pourrais-je remonter chez mon père sans l’enfant ? Non, je ne veux pas voir le malheur qui frapperait mon père !

Joseph ne put se contenir plus longtemps devant tous ceux qui l’entouraient.

— Faites sortir tout le monde ! s’écria-t-il.

Personne ne resta donc auprès de Joseph quand il se fit connaître à ses frères. Il éclata en sanglots, si fort que les Égyptiens l’entendirent et que toute la maison du pharaon l’apprit.

— Je suis Joseph ! dit-il à ses frères. Mon père vit-il encore ?

Mais ses frères ne purent lui répondre, tant ils étaient bouleversés devant lui.

— Approchez-vous de moi, leur dit Joseph.

Ils s’approchèrent.

— Je suis Joseph, votre frère, reprit-il, celui que vous avez vendu pour qu’on l’emmène en Égypte. Mais maintenant, ne soyez pas tristes, et ne vous reprochez pas de m’avoir vendu ici : c’est Dieu qui m’a envoyé devant vous, pour vous sauver la vie.

Il ajouta :

— Voilà deux ans que la famine est dans le pays, et pendant cinq ans encore, il n’y aura ni labours ni moissons. Dieu m’a envoyé devant vous pour que votre famille survive sur la terre, et pour vous sauver la vie de façon extraordinaire. Ce n’est donc pas vous qui m’avez envoyé ici, c’est Dieu. Il a fait de moi comme un père pour le pharaon, le maître de toute sa maison et le gouverneur de tout le pays d’Égypte.

Il poursuivit :

— Dépêchez-vous de remonter chez mon père et dites-lui : « Voici ce que te fait dire ton fils Joseph : Dieu m’a fait maître de toute l’Égypte. Descends me rejoindre sans tarder. Tu habiteras au pays de Gosen, tout près de moi, toi, tes fils et les fils de tes fils, tes moutons, tes bœufs et tout ce qui est à toi. Là, je te nourrirai, car il y aura encore cinq années de famine, et ainsi tu ne manqueras de rien, ni toi, ni ta famille, ni rien de ce qui t’appartient. »

Et il conclut :

— Vous le voyez de vos yeux, et mon frère Benjamin le voit aussi : c’est bien moi qui vous parle. Racontez à mon père toute la gloire que j’ai en Égypte et tout ce que vous avez vu, et dépêchez-vous d’amener mon père ici.

Alors Joseph se jeta au cou de son frère Benjamin et pleura, et Benjamin pleura dans ses bras. Puis, toujours en pleurant, Joseph embrassa tous ses frères. Après cela, ses frères purent enfin parler avec lui.

La nouvelle se répandit jusqu’au palais du pharaon : « Les frères de Joseph sont arrivés ! » Le roi et ses serviteurs s’en réjouirent.

Le pharaon dit à Joseph :

— Dis à tes frères : « Faites ceci. Chargez vos bêtes et repartez au pays de Canaan. Prenez votre père et vos familles, et revenez auprès de moi. Je vous donnerai ce qu’il y a de meilleur en Égypte, et vous mangerez les meilleurs produits du pays. » Et dis-leur encore, je te l’ordonne : « Prenez en Égypte des chariots pour vos petits enfants et pour vos femmes, amenez votre père et venez. Ne regrettez pas ce que vous laisserez derrière vous, car ce qu’il y a de meilleur dans tout le pays d’Égypte sera pour vous. »

Les fils de Jacob firent ainsi. Joseph leur donna des chariots, comme le pharaon l’avait ordonné, et des provisions pour la route. Il donna à chacun d’eux des vêtements de rechange, mais à Benjamin il donna trois cents pièces d’argent et cinq vêtements de rechange. À son père, il envoya dix ânes chargés de ce que l’Égypte avait de meilleur, et dix ânesses chargées de blé, de pain et de vivres pour le voyage.

Puis il laissa partir ses frères. Au moment où ils s’en allaient, il leur dit :

— Ne vous disputez pas en chemin.

Ils quittèrent l’Égypte et arrivèrent au pays de Canaan, chez Jacob, leur père.

— Joseph est vivant ! lui dirent-ils. C’est même lui qui gouverne tout le pays d’Égypte.

Mais le cœur de Jacob resta froid, car il ne les croyait pas. Ils lui répétèrent alors toutes les paroles que Joseph leur avait dites. Et quand il vit les chariots que Joseph avait envoyés pour l’emmener, l’esprit de Jacob, leur père, se ranima.

— Cela me suffit ! dit Jacob. Joseph, mon fils, est encore vivant ! J’irai le voir avant de mourir.

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## About this tale

Joseph et ses frères est un récit biblique : il forme la fin de la Genèse, le livre qui ouvre la Bible, du chapitre 37 au chapitre 50. Aucun de ces chapitres ne dit qui les a rédigés. Nous en avons réécrit les chapitres 37 et 39 à 45 en suivant la traduction de Louis Segond, imprimée à Paris en 1910.

Segond a travaillé « sur les textes originaux hébreux et grec ». Nous omettons le chapitre 38, consacré à Juda et Tamar, et nous nous arrêtons au chapitre 45, quand Jacob apprend que Joseph est vivant. Nos deux versions, la « Plus douce » et l’« Originale », plus longue, sont toutes deux réécrites par nos soins.

> Je suis Joseph ! Mon père vit-il encore ?
>
> Genèse 45:3, Bible Segond, 1910

### La Bible Segond et notre récit

|  | Segond (1910) | Notre récit |
| --- | --- | --- |
| La tunique | « une tunique de plusieurs couleurs » | « une longue tunique de toutes les couleurs » |
| Les acheteurs | des marchands madianites et des Ismaélites | des marchands ismaélites |
| Le prix | « vingt sicles d’argent » | « vingt pièces d’argent » |
| Nom donné à Joseph | « Tsaphnath Paenéach » | seulement dans la version « Originale » |
| Juda et Tamar | tout le chapitre 38 | chapitre omis |
| La fin | chapitre 50, Joseph meurt à 110 ans | chapitre 45, Jacob apprend la nouvelle |

### Ce que raconte notre texte

Jacob vit au pays de Canaan avec ses douze fils et préfère Joseph, à qui il fait faire une longue tunique de toutes les couleurs. Segond ne parle pas de longueur : ce détail vient de nous. À dix-sept ans, Joseph raconte deux rêves (les gerbes, puis le soleil, la lune et onze étoiles), et ses frères le haïssent davantage. Ils le jettent dans un puits, puis Juda propose de le vendre à des marchands ismaélites. En Égypte, Joseph sert Potiphar, finit en prison à cause d’un mensonge de la femme de son maître, explique les rêves de l’échanson, du chef boulanger et du pharaon, et devient à trente ans gouverneur du pays. Quand la famine pousse ses frères vers l’Égypte, il les met à l’épreuve jusqu’à ce que Juda s’offre comme esclave à la place de Benjamin. Joseph se fait alors reconnaître, et le récit se termine sur Jacob qui veut revoir son fils avant de mourir.

Même la version « Plus douce » garde les passages durs : les frères parlent de tuer Joseph, ils trempent sa tunique dans le sang d’un chevreau et Jacob pleure longtemps son fils, la femme de Potiphar accuse faussement Joseph, le chef boulanger est pendu. Ces scènes sont racontées en peu de mots et sans détail pénible ; il est bon de les connaître avant de commencer la lecture.

### Le lien avec Moïse, et la mère de Joseph

Dans la Bible, l’histoire de Moïse vient après celle-ci : l’Exode s’ouvre une fois Joseph mort, avec un nouveau roi d’Égypte qui ne l’a pas connu, et notre « Moïse » rappelle dès ses premières lignes que Joseph et ses frères ne sont plus. Entre les deux récits, la Genèse compte encore cinq chapitres, du 46e au 50e, que nous ne racontons pas : Jacob s’installe en Égypte, y vit encore dix-sept ans et y meurt, puis Joseph meurt à son tour.

Notre texte ne nomme pas la mère de Joseph. On y lit seulement que Benjamin est né de la même mère que Joseph. La Bible la nomme Rachel au chapitre 46, que nous ne racontons pas.

Sources (claims checked against them on 2026-10-31):
- 1910: La Genèse, La Sainte Bible, trad. Louis Segond, Paris, 1910, Genèse (p. 1-44), chap. 37 et 39-45 [our source] (https://fr.wikisource.org/wiki/Bible_Segond_1910/Genèse)
- Wikidata Q145746 (https://www.wikidata.org/wiki/Q145746)

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- Characters: Benjamin, Jacob, Potiphar
- Version: longer, more faithful retelling; the gentler retelling: https://talerie.com/fr/contes/joseph-et-ses-freres.md
- Also in: [English](https://talerie.com/en/tales/joseph-and-the-coat-of-many-colors-original.md), [German](https://talerie.com/de/maerchen/josef-und-seine-brueder-original.md), [Spanish](https://talerie.com/es/cuentos/jose-el-sonador-original.md), [Portuguese](https://talerie.com/pt/contos/jose-do-egito-original.md), [Czech](https://talerie.com/cs/pohadky/josef-a-jeho-bratri-original.md), [Polish](https://talerie.com/pl/bajki/jozef-egipski-original.md)
- Subject (Wikidata): https://www.wikidata.org/wiki/Q145746
- Source: La Sainte Bible, traduction Louis Segond (1910): Genèse 37, 39–45 (https://fr.wikisource.org/wiki/Bible_Segond_1910/Genèse)
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- License: CC0-1.0 (https://creativecommons.org/publicdomain/zero/1.0/)
