# Les Fées

_Charles Perrault_ · 5 min read · ages 5-10

Une veuve n’aime que son aînée, Fanchon, et fait trimer la cadette, qu’une fée récompense de sa bonté. Battue par sa mère, la cadette s’enfuit dans la forêt, où le fils du roi la rencontre et l’épouse au palais, tandis que Fanchon, détestée de tous, est chassée par sa mère et va mourir seule au coin d’un bois.

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Il était une fois une veuve qui avait deux filles. L’aînée lui ressemblait tant, de visage comme de caractère, qu’en la voyant on croyait voir la mère. Toutes deux étaient si désagréables et si orgueilleuses qu’on ne pouvait pas vivre avec elles. La cadette, elle, était tout le portrait de son père : douce, franche et bonne.

Comme on aime d’ordinaire ceux qui nous ressemblent, la mère raffolait de son aînée et ne pouvait pas souffrir la cadette. Elle la faisait manger à la cuisine et travailler du matin au soir.

Entre autres corvées, la pauvre enfant devait, deux fois par jour, aller puiser de l’eau à une fontaine très éloignée de la maison, et en rapporter une grande cruche pleine. Un jour qu’elle était à la fontaine, une pauvre femme s’approcha et lui demanda à boire.

— Bien volontiers, ma bonne mère, répondit la jeune fille.

Aussitôt, elle rinça sa cruche et puisa de l’eau à l’endroit le plus clair de la fontaine. Puis elle tendit l’eau à la pauvre femme en tenant toujours la cruche, pour que celle-ci puisse boire plus à son aise.

Or cette femme était une fée, qui avait pris l’apparence d’une paysanne du village pour voir jusqu’où irait la bonté de la jeune fille. Quand la fée eut bu, elle dit à la cadette :

— Vous êtes si bonne et si aimable que je veux vous récompenser. Je vous fais ce don : à chaque parole que vous direz, il vous sortira de la bouche une fleur ou une pierre précieuse.

Lorsque la jeune fille rentra, sa mère la gronda d’être restée si longtemps à la fontaine.

— Pardonnez-moi, ma mère, d’avoir tant tardé, dit la pauvre fille.

Et tandis qu’elle disait ces mots, deux roses, deux perles et deux gros diamants lui tombèrent des lèvres.

— Qu’est-ce que je vois là ? s’écria sa mère, stupéfaite. On dirait qu’il lui sort de la bouche des perles et des diamants ! D’où cela vous vient-il, ma fille ?

C’était la première fois qu’elle l’appelait sa fille.

La pauvre enfant lui raconta tout simplement ce qui lui était arrivé, et pendant qu’elle parlait, les diamants roulaient par dizaines sur le sol.

— Vraiment ? dit la mère. Il faut que j’y envoie ma fille. Tenez, Fanchon, voyez ce qui sort de la bouche de votre sœur quand elle parle. Ne seriez-vous pas bien contente d’avoir le même don ? Vous n’avez qu’à aller puiser de l’eau à la fontaine, et quand une pauvre femme vous demandera à boire, lui en donner bien poliment.

— Moi, aller à la fontaine ? Il ne manquerait plus que ça ! répondit Fanchon avec dédain.

— Je veux que vous y alliez, reprit la mère, et tout de suite.

Fanchon y alla, mais en grognant tout le long du chemin, et elle emporta le plus beau flacon d’argent de la maison.

À peine arrivée à la fontaine, elle vit sortir du bois une dame magnifiquement vêtue, qui vint lui demander à boire. C’était la même fée, qui avait pris cette fois l’allure et les habits d’une princesse, pour voir jusqu’où irait la méchanceté de cette fille.

— Est-ce que je suis venue ici pour vous donner à boire ? lança l’orgueilleuse. J’ai sans doute apporté un flacon d’argent tout exprès pour servir Madame ? Ah oui, bien sûr ! Servez-vous toute seule, si vous avez soif.

— Vous n’êtes guère aimable, reprit la fée sans se mettre en colère. Eh bien, puisque vous êtes si peu obligeante, je vous fais ce don : à chaque parole que vous direz, il vous sortira de la bouche un serpent ou un crapaud.

Fanchon rentra à la maison, et dès que sa mère l’aperçut, elle lui cria :

— Eh bien, ma fille ?

— Eh bien, ma mère ! répondit Fanchon d’un ton maussade.

Et deux vipères et deux crapauds lui tombèrent de la bouche.

— Mon Dieu ! s’écria la mère. Qu’est-ce que je vois là ? C’est sa sœur qui en est la cause, elle me le paiera !

Aussitôt, la mère courut battre la cadette. La pauvre enfant s’enfuit et alla se réfugier dans la forêt voisine.

Le fils du roi, qui rentrait de la chasse, la rencontra là. La voyant si triste, il lui demanda ce qu’elle faisait toute seule dans les bois et pourquoi elle pleurait.

— Hélas, monsieur, c’est ma mère qui m’a chassée de la maison.

Le jeune homme vit tomber des lèvres de la jeune fille cinq ou six perles et autant de diamants, et il la pria de lui expliquer ce prodige. Elle lui raconta toute son aventure. Le fils du roi se dit qu’un tel don valait mieux que toutes les dots du monde, et il l’emmena au palais du roi son père, où il l’épousa.

Quant à Fanchon, elle se fit tant détester que sa propre mère finit par la chasser de chez elle. La malheureuse erra longtemps sans trouver personne qui veuille l’accueillir, et elle alla mourir toute seule au coin d’un bois.

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- Source: Les Fées (Charles Perrault, 1697 ; éd. 1902 des Contes de Perrault) (https://fr.wikisource.org/wiki/Contes_de_Perrault_(éd._1902)/Les_Fées)
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