# Moïse

_Retold by Talerie (talerie.com) from Bible Segond 1910_ · 51 min read · ages 8+

Sauvé des eaux du Nil quand il était bébé, Moïse grandit chez les Égyptiens, puis Dieu l’envoie avec Aaron demander au pharaon de laisser partir les Hébreux, ce que le roi refuse jusqu’au dernier fléau. Le pharaon poursuit ensuite les Hébreux jusqu’à la mer, qui s’ouvre devant eux et se referme sur toute son armée.

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Voici les noms des fils de Jacob qui étaient venus s’installer en Égypte avec leur père, chacun avec sa famille : Ruben, Siméon, Lévi et Juda, Issacar, Zabulon et Benjamin, Dan, Nephtali, Gad et Aser. En tout, les descendants de Jacob étaient soixante-dix. Joseph, lui, se trouvait déjà en Égypte.

Puis Joseph mourut, ses frères moururent à leur tour, et toute cette génération disparut. Mais leurs descendants eurent beaucoup d’enfants. Ils se multiplièrent, devinrent de plus en plus nombreux et de plus en plus forts, si bien que le pays en fut rempli. On les appelait les Hébreux.

Un jour, un nouveau roi monta sur le trône d’Égypte, un roi qui n’avait pas connu Joseph. Il dit à son peuple :

— Voyez ces Hébreux : ils sont devenus plus nombreux et plus puissants que nous. Allons, soyons plus malins qu’eux, et empêchons-les de se multiplier encore. Si une guerre éclatait, ils pourraient se ranger du côté de nos ennemis, nous combattre, puis quitter le pays.

On plaça donc au-dessus des Hébreux des contremaîtres chargés de les écraser sous des travaux pénibles. C’est ainsi qu’ils bâtirent pour le pharaon les villes de Pithom et de Ramsès, où l’on entreposait les réserves du royaume.

Mais plus on les accablait, plus ils se multipliaient et s’étendaient, et les Égyptiens finirent par les prendre en horreur. Ils firent des Hébreux leurs esclaves et leur rendirent la vie amère. Il fallait pétrir l’argile, mouler les briques, peiner dans les champs, et tout cela leur était imposé avec cruauté.

Le roi d’Égypte fit alors venir les deux sages-femmes des Hébreux. L’une s’appelait Shiphra, et l’autre Poua.

— Quand vous aiderez les femmes des Hébreux à mettre leurs enfants au monde, leur dit-il, regardez bien le nouveau-né. Si c’est un garçon, faites-le mourir. Si c’est une fille, laissez-la vivre.

Mais les sages-femmes craignaient Dieu. Elles ne firent pas ce que le roi d’Égypte leur avait ordonné, et elles laissèrent vivre les garçons.

Le roi les fit appeler de nouveau.

— Pourquoi avez-vous agi ainsi ? demanda-t-il. Pourquoi avez-vous laissé vivre les garçons ?

— Majesté, répondirent les sages-femmes, les femmes des Hébreux ne sont pas comme les Égyptiennes. Elles sont robustes, et leur enfant est déjà né quand la sage-femme arrive.

Dieu fut bon pour les sages-femmes. Parce qu’elles l’avaient craint, il leur donna à chacune une famille prospère. Et le peuple continua de se multiplier, et devint très nombreux.

Alors le pharaon donna cet ordre à tout son peuple :

— Chaque garçon qui naîtra chez les Hébreux, vous le jetterez dans le Nil. Les filles, vous les laisserez vivre.

En ce temps-là, un homme de la tribu de Lévi avait épousé une femme de la même tribu. Elle attendit un enfant et mit au monde un fils. Elle vit qu’il était beau, et pendant trois mois, elle le cacha.

Quand elle ne put plus le cacher, elle prit un panier de jonc et l’enduisit de bitume et de poix, pour que l’eau n’y entre pas. Elle y coucha l’enfant, puis elle alla déposer le panier parmi les roseaux, au bord du Nil.

La sœur du bébé se posta un peu plus loin, pour voir ce qui arriverait à l’enfant.

La fille du pharaon descendit au Nil pour se baigner, tandis que ses servantes se promenaient le long de la rive. Elle aperçut le panier au milieu des roseaux et envoya sa servante le chercher.

La princesse ouvrit le panier et vit l’enfant : c’était un petit garçon, et il pleurait. Elle en eut pitié.

— C’est un enfant des Hébreux, dit-elle.

Alors la sœur de l’enfant s’approcha de la fille du pharaon.

— Madame, voulez-vous que j’aille vous chercher, parmi les femmes des Hébreux, une nourrice qui allaitera ce petit ?

— Va, lui répondit la fille du pharaon.

La fillette courut chercher la mère de l’enfant, et la fille du pharaon dit à la femme :

— Emporte cet enfant et allaite-le pour moi. Je te paierai.

La femme reprit l’enfant et l’allaita. Quand il eut grandi, elle le ramena à la fille du pharaon, et il devint pour elle comme un fils. Elle lui donna le nom de Moïse.

— Car je l’ai retiré des eaux, dit-elle.

Les années passèrent, et Moïse devint un homme. Un jour, il alla voir ses frères hébreux, et il vit les durs travaux qu’on leur imposait. Il aperçut un Égyptien qui frappait un Hébreu, l’un de ses frères.

Moïse regarda d’un côté, puis de l’autre, et ne vit personne. Alors il tua l’Égyptien et cacha son corps dans le sable.

Le lendemain, il sortit de nouveau et trouva deux Hébreux qui se querellaient. Il dit à celui qui avait tort :

— Pourquoi frappes-tu ton compagnon ?

— Qui t’a fait notre chef et notre juge ? répliqua l’homme. Tu veux me tuer, comme tu as tué l’Égyptien ?

Moïse eut peur, et il se dit : « On sait donc ce que j’ai fait. »

Le pharaon apprit ce qui s’était passé, et il chercha à faire mourir Moïse. Mais Moïse s’enfuit loin du pharaon. Il gagna le pays de Madian et s’arrêta près d’un puits.

Le prêtre de Madian avait sept filles. Elles vinrent puiser de l’eau et remplirent les abreuvoirs pour faire boire le troupeau de leur père. Mais des bergers arrivèrent et les chassèrent. Alors Moïse se leva, prit leur défense et fit boire lui-même leur troupeau.

Quand elles rentrèrent chez Jéthro, leur père, il s’étonna :

— Pourquoi revenez-vous si tôt aujourd’hui ?

— Père, répondirent-elles, un Égyptien nous a défendues contre les bergers. Il a même puisé l’eau pour nous et fait boire le troupeau.

— Et où est-il ? demanda Jéthro. Pourquoi avez-vous laissé cet homme là-bas ? Allez l’appeler, qu’il vienne manger avec nous.

Moïse accepta de rester chez cet homme, qui lui donna pour femme sa fille Séphora. Elle mit au monde un fils, et Moïse l’appela Guershom.

— Car je suis un étranger dans ce pays, dit-il.

Longtemps après, le roi d’Égypte mourut. Les Hébreux gémissaient toujours sous l’esclavage et criaient au secours, et leurs cris montèrent jusqu’à Dieu. Dieu entendit leurs gémissements, et il se souvint de l’alliance qu’il avait faite avec Abraham, avec Isaac et avec Jacob. Dieu regarda les Hébreux, et il eut pitié d’eux.

Moïse gardait le troupeau de Jéthro, son beau-père, le prêtre de Madian. Un jour, il mena les bêtes au-delà du désert et arriva à la montagne de Dieu, l’Horeb.

Là, une flamme jaillit du milieu d’un buisson. Moïse regarda : le buisson était tout en feu, et pourtant il ne se consumait pas.

« Je vais m’approcher pour voir cette chose extraordinaire, se dit Moïse. Pourquoi ce buisson ne se consume-t-il pas ? »

Dieu vit qu’il faisait un détour pour regarder, et il l’appela du milieu du buisson :

— Moïse ! Moïse !

— Me voici, répondit-il.

— N’approche pas, dit Dieu. Ôte tes sandales, car l’endroit où tu te tiens est une terre sainte.

Et il ajouta :

— Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob.

Moïse se cacha le visage, car il avait peur de regarder Dieu.

— J’ai vu la souffrance de mon peuple en Égypte, reprit Dieu. J’ai entendu les cris que lui arrachent ceux qui l’oppriment, et je connais ses douleurs. Je suis descendu pour le délivrer des Égyptiens, et pour le faire monter de ce pays vers un pays bon et vaste, un pays où coulent le lait et le miel, là où vivent les Cananéens, les Hittites, les Amoréens, les Phérésiens, les Héviens et les Jébusiens.

— Oui, poursuivit-il, les cris de mon peuple sont arrivés jusqu’à moi, et j’ai vu comme les Égyptiens l’écrasent. Maintenant, va : je t’envoie auprès du pharaon, et tu feras sortir mon peuple d’Égypte.

Moïse dit à Dieu :

— Qui suis-je, moi, pour aller trouver le pharaon et faire sortir les Hébreux d’Égypte ?

— Je serai avec toi, répondit Dieu. Et ce sera pour toi le signe que c’est moi qui t’envoie : quand tu auras fait sortir le peuple d’Égypte, vous viendrez adorer Dieu sur cette montagne.

— J’irai donc trouver les Hébreux, dit Moïse, et je leur dirai : « Le Dieu de vos pères m’envoie vers vous. » Mais s’ils me demandent quel est son nom, que leur répondrai-je ?

— Je suis qui je suis, dit Dieu. Tu répondras aux Hébreux : « Je suis m’envoie vers vous. »

Puis Dieu dit encore à Moïse :

— Tu leur diras aussi : « Le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob m’envoie vers vous. » C’est mon nom pour toujours, le nom qu’on se transmettra de génération en génération.

— Va, ajouta Dieu, rassemble les anciens des Hébreux et dis-leur : « Le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, m’a parlé. Il m’a dit : J’ai vu ce qu’on vous fait en Égypte, et je vous ferai monter de ce pays de misère vers le pays des Cananéens, des Hittites, des Amoréens, des Phérésiens, des Héviens et des Jébusiens, un pays où coulent le lait et le miel. »

— Ils t’écouteront, poursuivit Dieu. Alors tu iras avec les anciens trouver le roi d’Égypte, et vous lui direz : « Le Dieu des Hébreux est venu à notre rencontre. Laissez-nous, Majesté, faire trois jours de marche dans le désert, pour offrir des sacrifices à notre Dieu. »

— Je sais bien, dit-il encore, que le roi d’Égypte ne vous laissera pas partir, à moins d’y être forcé par une main puissante. Alors j’étendrai la main, et je frapperai l’Égypte de toutes sortes de prodiges. Après cela, il vous laissera partir.

— Je ferai même en sorte, promit Dieu, que les Égyptiens regardent ce peuple avec bienveillance, et vous ne partirez pas les mains vides. Chaque femme demandera à sa voisine, et à celle qui loge chez elle, des objets d’argent, des objets d’or et des vêtements. Vous en habillerez vos fils et vos filles, et vous dépouillerez ainsi les Égyptiens.

— Mais ils ne me croiront pas, répondit Moïse. Ils ne m’écouteront pas. Ils diront : « Dieu ne t’a pas parlé. »

— Qu’as-tu dans la main ? lui demanda Dieu.

— Un bâton.

— Jette-le par terre.

Moïse le jeta par terre, et le bâton devint un serpent. Moïse recula et s’enfuit devant lui.

— Tends la main et attrape-le par la queue, lui dit Dieu.

Moïse tendit la main et le saisit, et le serpent redevint un bâton dans sa main.

— Voilà ce que tu feras, dit Dieu, pour qu’ils croient que le Dieu de leurs pères t’a parlé, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob.

Puis il lui dit encore :

— Mets ta main sur ta poitrine, sous ton manteau.

Moïse glissa la main contre sa poitrine, puis la retira : elle était couverte de lèpre, blanche comme la neige.

— Remets ta main sur ta poitrine, dit Dieu.

Moïse la remit, puis la retira : elle était redevenue saine, comme le reste de son corps.

— S’ils ne te croient pas, dit Dieu, s’ils ne se laissent pas convaincre par le premier signe, ils se laisseront convaincre par le second. Et s’ils ne croient même pas à ces deux signes, s’ils n’écoutent toujours pas ta voix, tu prendras de l’eau du Nil et tu la verseras sur la terre sèche. L’eau que tu auras puisée deviendra du sang sur le sol.

— Je t’en prie, dit Moïse à Dieu, je n’ai jamais su parler, ni hier, ni avant-hier, ni depuis que tu parles à ton serviteur. J’ai la bouche lourde et la langue embarrassée.

— Qui a donné une bouche à l’homme ? répondit Dieu. Qui le rend muet ou sourd, voyant ou aveugle ? N’est-ce pas moi ? Va donc : je serai avec ta bouche, et je t’apprendrai ce que tu devras dire.

— Je t’en prie, envoie plutôt quelqu’un d’autre.

Alors Dieu se mit en colère contre Moïse, et il lui dit :

— N’as-tu pas ton frère Aaron, le Lévite ? Je sais qu’il parle bien, lui. Justement, il est en route pour venir à ta rencontre, et quand il te verra, il se réjouira de tout son cœur.

— Tu lui parleras, reprit Dieu, et tu mettras les paroles dans sa bouche. Moi, je serai avec ta bouche et avec la sienne, et je vous apprendrai ce que vous aurez à faire. C’est lui qui parlera pour toi au peuple : il sera ta bouche, et toi, tu seras pour lui comme Dieu. Et prends dans ta main ce bâton : c’est avec lui que tu feras les signes.

Moïse s’en retourna chez Jéthro, son beau-père.

— Laissez-moi partir, je vous en prie, lui dit-il. Je voudrais rejoindre mes frères qui sont en Égypte, et voir s’ils sont encore en vie.

— Va en paix, répondit Jéthro.

Au pays de Madian, Dieu dit à Moïse :

— Va, retourne en Égypte, car tous ceux qui voulaient ta mort sont morts.

Moïse prit sa femme et son fils, les fit monter sur un âne et reprit le chemin de l’Égypte. Il tenait à la main le bâton de Dieu.

Dieu lui dit encore :

— Maintenant que tu repars pour l’Égypte, pense à tous les prodiges que j’ai mis dans ta main : tu les feras devant le pharaon. Mais moi, je rendrai son cœur dur, et il ne laissera pas partir le peuple.

— Alors, poursuivit Dieu, tu diras au pharaon : « Voici ce que dit Dieu : Mon peuple est mon fils, mon premier-né. Je te dis : Laisse partir mon fils, pour qu’il me serve. Si tu refuses de le laisser partir, je ferai mourir ton fils, ton premier-né. »

Pendant le voyage, à l’endroit où ils s’étaient arrêtés pour la nuit, Dieu attaqua Moïse et voulut le faire mourir. Alors Séphora prit une pierre tranchante et circoncit son fils. Elle jeta aux pieds de Moïse la peau qu’elle avait coupée.

— Tu es pour moi un époux de sang ! dit-elle.

Et Dieu laissa Moïse en vie. C’est à cause de la circoncision qu’elle avait dit « époux de sang ».

Dieu avait dit à Aaron :

— Va dans le désert, à la rencontre de Moïse.

Aaron partit. Il trouva Moïse à la montagne de Dieu, et il l’embrassa. Moïse lui raconta tout ce que Dieu lui avait dit en l’envoyant, et tous les signes qu’il lui avait ordonné de faire.

Moïse et Aaron poursuivirent leur route et réunirent tous les anciens des Hébreux. Aaron leur répéta toutes les paroles que Dieu avait dites à Moïse, et il fit les signes sous les yeux du peuple.

Et le peuple crut. Quand ils apprirent que Dieu était venu au secours des Hébreux et qu’il avait vu leur misère, ils s’inclinèrent et se prosternèrent.

Ensuite, Moïse et Aaron allèrent trouver le nouveau pharaon.

— Majesté, dirent-ils, voici ce que dit le Dieu des Hébreux : Laisse partir mon peuple, pour qu’il célèbre une fête en mon honneur dans le désert.

— Qui est ce Dieu, pour que je lui obéisse et que je laisse partir les Hébreux ? répondit le pharaon. Je ne le connais pas, et je ne laisserai pas partir les Hébreux.

— Le Dieu des Hébreux est venu à notre rencontre, dirent-ils. Laissez-nous, Majesté, faire trois jours de marche dans le désert pour offrir des sacrifices à notre Dieu, sinon il nous frappera de la peste ou de l’épée.

— Moïse, Aaron, leur dit le roi d’Égypte, pourquoi détournez-vous le peuple de son travail ? Retournez à vos corvées ! Ce peuple est maintenant nombreux dans le pays, et vous voudriez qu’il s’arrête de travailler !

Le jour même, le pharaon donna cet ordre aux contremaîtres et aux surveillants hébreux :

— Vous ne donnerez plus de paille au peuple pour faire les briques, comme avant. Qu’ils aillent eux-mêmes ramasser leur paille ! Mais vous exigerez d’eux autant de briques qu’avant, sans en retirer une seule.

— Ce sont des paresseux, ajouta-t-il. Voilà pourquoi ils crient : « Allons offrir des sacrifices à notre Dieu ! » Qu’on les accable de travail, qu’ils aient de quoi s’occuper, et ils ne prêteront plus l’oreille à ces mensonges.

Les contremaîtres et les surveillants allèrent dire au peuple :

— Voici ce que dit le pharaon : « Je ne vous donne plus de paille. Allez vous-mêmes en chercher où vous en trouverez, mais votre travail ne sera pas diminué d’une seule brique. »

Alors le peuple se dispersa dans toute l’Égypte pour ramasser du chaume à la place de la paille. Les contremaîtres le pressaient sans relâche :

— Finissez votre tâche, chaque jour, comme quand on vous donnait la paille !

Et l’on battit les surveillants hébreux, que les contremaîtres du pharaon avaient placés au-dessus des ouvriers.

— Pourquoi n’avez-vous pas fourni, hier et aujourd’hui, autant de briques qu’avant ? leur disait-on.

Les surveillants hébreux allèrent se plaindre au pharaon :

— Majesté, pourquoi traitez-vous ainsi vos serviteurs ? On ne nous donne plus de paille, et l’on nous dit : « Faites des briques ! » Et ce sont vos serviteurs que l’on bat, alors que la faute est à vos propres gens.

— Vous êtes des paresseux, répondit le pharaon, de vrais paresseux ! Voilà pourquoi vous dites : « Allons offrir des sacrifices à Dieu ! » Maintenant, allez travailler. On ne vous donnera pas de paille, et vous livrerez le même nombre de briques.

Les surveillants hébreux comprirent qu’ils étaient perdus, puisqu’on leur disait : « Vous ne retirerez rien de vos briques, chaque jour sa tâche. » En sortant de chez le pharaon, ils tombèrent sur Moïse et Aaron, qui les attendaient.

— Que Dieu vous voie et qu’il vous juge ! leur dirent-ils. Par votre faute, le pharaon et ses serviteurs ne peuvent plus nous sentir. Vous leur avez mis une épée dans la main pour nous tuer.

Moïse se tourna de nouveau vers Dieu :

— Pourquoi as-tu fait du mal à ce peuple ? Pourquoi m’as-tu envoyé ? Depuis que je suis allé parler au pharaon en ton nom, il maltraite ce peuple, et tu n’as rien fait pour le délivrer.

— Tu vas voir maintenant ce que je vais faire au pharaon, répondit Dieu. Une main puissante le forcera à les laisser partir, une main puissante le forcera même à les chasser de son pays.

Dieu parla encore à Moïse :

— C’est moi, Dieu. J’ai parlé à Abraham, à Isaac et à Jacob, qui me connaissaient comme le Dieu tout-puissant ; mais mon nom, je ne le leur avais pas fait connaître. J’ai fait alliance avec eux, et je leur ai promis le pays de Canaan, le pays où ils ont vécu en étrangers. Et maintenant, j’ai entendu les gémissements des Hébreux, que les Égyptiens tiennent en esclavage, et je me suis souvenu de mon alliance.

— Dis donc aux Hébreux, reprit-il : « C’est moi, Dieu. Je vous délivrerai des travaux dont les Égyptiens vous accablent, je vous libérerai de l’esclavage, je vous sauverai par la force de mon bras et par de grands jugements. Je ferai de vous mon peuple, je serai votre Dieu, et vous saurez que c’est moi qui vous ai libérés. Puis je vous ferai entrer dans le pays que j’ai juré de donner à Abraham, à Isaac et à Jacob, et il sera à vous. »

Moïse répéta ces paroles aux Hébreux. Mais ils étaient trop découragés, et l’esclavage trop dur, pour écouter Moïse.

Dieu dit alors à Moïse :

— Va dire au pharaon, roi d’Égypte, de laisser partir les Hébreux hors de son pays.

— Les Hébreux ne m’ont pas écouté, répondit Moïse. Comment le pharaon m’écouterait-il, moi qui parle si mal ?

Dieu parla à Moïse et à Aaron, et il leur donna ses ordres pour les Hébreux et pour le pharaon, roi d’Égypte : c’était à eux de faire sortir les Hébreux d’Égypte.

Chacun des fils de Jacob avait fondé une grande famille, et l’on se rappelait les noms de leurs chefs, ceux de Ruben, le premier-né, ceux de Siméon et ceux de Lévi. Lévi avait vécu cent trente-sept ans. Moïse et Aaron étaient tous deux de sa tribu, fils du même père et de la même mère. Aaron avait épousé Élishéba, qui lui avait donné quatre fils : Nadab, Abihou, Éléazar et Ithamar.

C’étaient bien eux, cet Aaron et ce Moïse, à qui Dieu avait dit de faire sortir les Hébreux d’Égypte, tribu par tribu ; c’étaient eux qui allaient parler au pharaon.

Le jour où Dieu parla à Moïse en Égypte, il lui dit :

— C’est moi, Dieu. Répète au pharaon, roi d’Égypte, tout ce que je te dis.

— Je parle si mal, répondit Moïse. Comment le pharaon m’écouterait-il ?

— Regarde, dit Dieu : je fais de toi comme un dieu pour le pharaon, et Aaron, ton frère, sera ton prophète. Toi, tu diras tout ce que je t’ordonnerai, et Aaron parlera au pharaon, pour qu’il laisse partir les Hébreux hors de son pays.

— Mais moi, ajouta Dieu, je rendrai le cœur du pharaon dur, et je multiplierai mes signes et mes prodiges en Égypte. Le pharaon ne vous écoutera pas. Alors je mettrai la main sur l’Égypte, et je ferai sortir mon peuple par de grands jugements. Quand j’étendrai la main sur l’Égypte et que je ferai sortir les Hébreux du milieu d’eux, les Égyptiens sauront qui je suis.

Moïse et Aaron firent exactement ce que Dieu leur avait ordonné. Moïse avait quatre-vingts ans, et Aaron quatre-vingt-trois, lorsqu’ils parlèrent au pharaon.

Dieu dit à Moïse et à Aaron :

— Si le pharaon vous dit : « Faites un prodige ! », tu diras à Aaron : « Prends ton bâton et jette-le devant le pharaon. » Et le bâton deviendra un serpent.

Moïse et Aaron allèrent trouver le pharaon et firent ce que Dieu avait ordonné. Aaron jeta son bâton devant le pharaon et devant ses serviteurs, et le bâton devint un serpent.

Mais le pharaon fit venir ses sages et ses enchanteurs, et les magiciens d’Égypte en firent autant grâce à leurs sortilèges. Chacun jeta son bâton, et les bâtons devinrent des serpents. Alors le bâton d’Aaron avala tous leurs bâtons.

Pourtant, le cœur du pharaon resta dur, et il n’écouta pas Moïse et Aaron, comme Dieu l’avait annoncé.

Dieu dit à Moïse :

— Le cœur du pharaon est dur : il refuse de laisser partir le peuple. Demain matin, va le trouver quand il sortira pour descendre au bord de l’eau. Attends-le sur la rive du Nil, et prends à la main le bâton qui s’est changé en serpent.

— Tu lui diras, poursuivit Dieu : « Le Dieu des Hébreux m’a envoyé auprès de vous pour vous dire : Laisse partir mon peuple, pour qu’il me serve dans le désert. Jusqu’à présent, vous n’avez pas écouté. Voici ce que dit Dieu : À ceci tu sauras qui je suis. Je vais frapper l’eau du Nil avec le bâton que j’ai en main, et elle sera changée en sang. Les poissons du Nil mourront, ses eaux deviendront infectes, et les Égyptiens ne pourront plus les boire. »

Dieu dit encore à Moïse :

— Dis à Aaron : « Prends ton bâton et étends la main sur toutes les eaux de l’Égypte, sur les rivières, sur les canaux, sur les étangs et sur toutes les réserves d’eau. » Elles deviendront du sang. Il y aura du sang dans tout le pays d’Égypte, jusque dans les récipients de bois et les jarres de pierre.

Moïse et Aaron firent ce que Dieu avait ordonné. Sous les yeux du pharaon et de ses serviteurs, Aaron leva son bâton et frappa l’eau du Nil, et toute l’eau du Nil fut changée en sang.

Les poissons moururent, le Nil se mit à empester, et les Égyptiens ne purent plus boire son eau. Il y avait du sang dans tout le pays d’Égypte.

Mais les magiciens d’Égypte en firent autant grâce à leurs sortilèges. Le cœur du pharaon resta dur, et il n’écouta pas Moïse et Aaron, comme Dieu l’avait annoncé. Le pharaon tourna le dos et rentra dans son palais, sans même s’en soucier.

Tous les Égyptiens creusèrent des trous autour du Nil pour trouver de l’eau à boire, car l’eau du Nil n’était plus buvable. Sept jours passèrent ainsi, après que Dieu eut frappé le Nil.

Puis Dieu dit à Moïse :

— Va trouver le pharaon et dis-lui : « Voici ce que dit Dieu : Laisse partir mon peuple, pour qu’il me serve. Si tu refuses de le laisser partir, je couvrirai tout ton pays de grenouilles. »

— Le Nil grouillera de grenouilles, poursuivit Dieu. Elles sortiront de l’eau et entreront dans le palais du pharaon, dans sa chambre et jusque dans son lit, dans les maisons de ses serviteurs et de son peuple, dans les fours et dans les pétrins. Les grenouilles grimperont sur lui, sur son peuple et sur tous ses serviteurs.

Dieu dit encore à Moïse :

— Dis à Aaron : « Étends la main avec ton bâton sur les rivières, sur les canaux et sur les étangs, et fais monter les grenouilles sur le pays d’Égypte. »

Aaron étendit la main sur les eaux de l’Égypte, et les grenouilles montèrent et couvrirent le pays. Mais les magiciens en firent autant grâce à leurs sortilèges, et ils firent eux aussi monter des grenouilles sur l’Égypte.

Le pharaon appela Moïse et Aaron.

— Priez votre Dieu, dit-il, pour qu’il éloigne les grenouilles de moi et de mon peuple, et je laisserai partir le peuple offrir des sacrifices à votre Dieu.

— À vous l’honneur, Majesté, répondit Moïse : dites-moi quand je dois prier pour vous, pour vos serviteurs et pour votre peuple, afin que les grenouilles s’en aillent de chez vous et de vos maisons. Il n’en restera que dans le Nil.

— Demain, dit le pharaon.

— Il en sera comme vous le dites, reprit Moïse, afin que vous sachiez que personne n’est comme notre Dieu. Les grenouilles s’éloigneront de vous et de vos maisons, de vos serviteurs et de votre peuple. Il n’en restera que dans le Nil.

Moïse et Aaron sortirent de chez le pharaon, et Moïse supplia Dieu d’éloigner les grenouilles qui accablaient le pharaon. Dieu fit ce que Moïse demandait : les grenouilles moururent dans les maisons, dans les cours et dans les champs. On les entassa par monceaux, et tout le pays en fut empesté.

Mais quand le pharaon vit qu’il avait un peu de répit, il s’endurcit le cœur, et il n’écouta pas Moïse et Aaron, comme Dieu l’avait annoncé.

Dieu dit à Moïse :

— Dis à Aaron : « Étends ton bâton et frappe la poussière du sol. » Elle se changera en moustiques dans tout le pays d’Égypte.

Moïse et Aaron firent ainsi. Aaron étendit la main avec son bâton et frappa la poussière du sol, et des moustiques s’abattirent sur les hommes et sur les bêtes. Toute la poussière du sol se changea en moustiques, dans tout le pays d’Égypte.

Les magiciens essayèrent d’en faire autant avec leurs sortilèges, mais ils n’y parvinrent pas. Et les moustiques couvraient les hommes et les bêtes.

— C’est le doigt de Dieu ! dirent les magiciens au pharaon.

Mais le cœur du pharaon resta dur, et il n’écouta pas Moïse et Aaron, comme Dieu l’avait annoncé.

Dieu dit à Moïse :

— Lève-toi de bon matin et présente-toi devant le pharaon, quand il sortira pour descendre au bord de l’eau. Tu lui diras : « Voici ce que dit Dieu : Laisse partir mon peuple, pour qu’il me serve. »

— Dis-lui encore, poursuivit Dieu : « Si tu ne laisses pas partir mon peuple, j’enverrai des nuées de mouches sur toi, sur tes serviteurs, sur ton peuple et dans tes maisons. Les maisons des Égyptiens en seront remplies, et le sol en sera couvert. Mais ce jour-là, je mettrai à part le pays de Gosen, où vit mon peuple : là, il n’y aura pas de mouches, afin que tu saches que je suis Dieu au milieu de ce pays. Je ferai la différence entre mon peuple et ton peuple. Ce signe aura lieu demain. »

Dieu fit ainsi. Des nuées de mouches envahirent le palais du pharaon et les maisons de ses serviteurs, et dans toute l’Égypte, le pays fut ravagé par les mouches.

Le pharaon appela Moïse et Aaron.

— Allez, dit-il, offrez des sacrifices à votre Dieu, mais ici, dans le pays.

— Ce ne serait pas convenable, Majesté, répondit Moïse. Les sacrifices que nous offrons à notre Dieu sont une horreur pour les Égyptiens. Si nous offrons sous leurs yeux des sacrifices qui leur font horreur, ne vont-ils pas nous lapider ? Nous ferons trois jours de marche dans le désert, et là, nous offrirons des sacrifices à notre Dieu, comme il nous le dira.

— Je vous laisserai partir, dit le pharaon, pour offrir des sacrifices à votre Dieu dans le désert. Seulement, n’allez pas trop loin. Et priez pour moi.

— Dès que je serai sorti de chez vous, répondit Moïse, je prierai Dieu, et demain les mouches s’éloigneront de vous, de vos serviteurs et de votre peuple. Mais que Votre Majesté ne nous trompe plus en refusant de laisser partir le peuple offrir des sacrifices à Dieu.

Moïse sortit de chez le pharaon et pria Dieu. Dieu fit ce que Moïse demandait : les mouches s’éloignèrent du pharaon, de ses serviteurs et de son peuple, et il n’en resta pas une seule.

Mais cette fois encore, le pharaon s’endurcit le cœur, et il ne laissa pas partir le peuple.

Dieu dit à Moïse :

— Va trouver le pharaon et dis-lui : « Voici ce que dit le Dieu des Hébreux : Laisse partir mon peuple, pour qu’il me serve. Si tu refuses de le laisser partir, si tu le retiens encore, la main de Dieu s’abattra sur tes troupeaux qui sont dans les champs, sur les chevaux, les ânes, les chameaux, les bœufs et les moutons, et ce sera une épidémie terrible. »

— Et ajoute, dit encore Dieu : « Mais Dieu fera la différence entre les troupeaux des Hébreux et ceux des Égyptiens, et rien ne mourra de ce qui appartient aux Hébreux. »

Dieu fixa le moment.

— C’est demain que je ferai cela dans le pays, dit-il.

Dès le lendemain, Dieu fit comme il l’avait dit. Tous les troupeaux des Égyptiens moururent, mais des troupeaux des Hébreux, pas une bête ne mourut. Le pharaon envoya voir ce qui s’était passé : pas une bête des Hébreux n’était morte. Pourtant, le cœur du pharaon resta dur, et il ne laissa pas partir le peuple.

Dieu dit à Moïse et à Aaron :

— Prenez à pleines mains de la cendre de four, et que Moïse la lance vers le ciel sous les yeux du pharaon. Elle deviendra une fine poussière sur tout le pays d’Égypte, et elle fera éclater sur les hommes et sur les bêtes des ulcères couverts de pustules, dans toute l’Égypte.

Moïse et Aaron prirent de la cendre de four et se présentèrent devant le pharaon. Moïse la lança vers le ciel, et des ulcères couverts de pustules éclatèrent sur les hommes et sur les bêtes.

Les magiciens ne purent même pas se tenir devant Moïse, à cause de leurs ulcères, car ils en étaient couverts comme tous les Égyptiens. Mais Dieu rendit dur le cœur du pharaon, et le pharaon n’écouta pas Moïse et Aaron, comme Dieu l’avait annoncé à Moïse.

Dieu dit à Moïse :

— Lève-toi de bon matin, présente-toi devant le pharaon et dis-lui : « Voici ce que dit le Dieu des Hébreux : Laisse partir mon peuple, pour qu’il me serve. Cette fois, je vais faire tomber tous mes fléaux sur toi-même, sur tes serviteurs et sur ton peuple, afin que tu saches que personne n’est comme moi sur toute la terre. »

— Dis-lui aussi, poursuivit Dieu : « Si j’avais étendu la main pour te frapper de la peste, toi et ton peuple, tu aurais déjà disparu de la terre. Mais je t’ai laissé vivre pour te montrer ma puissance, et pour que mon nom soit connu sur toute la terre. »

— Et ajoute encore, dit Dieu : « Tu t’opposes encore à mon peuple, tu refuses de le laisser partir ? Alors demain, à cette heure-ci, je ferai tomber une grêle si violente qu’on n’en a jamais vu de pareille en Égypte, depuis le jour où le pays existe jusqu’à aujourd’hui. Fais donc mettre à l’abri tes troupeaux et tout ce qui t’appartient dans les champs. Les hommes et les bêtes qui seront restés dehors, sans être rentrés dans les maisons, seront frappés par la grêle, et ils mourront. »

Parmi les serviteurs du pharaon, ceux qui craignirent la parole de Dieu firent rentrer dans les maisons leurs esclaves et leurs troupeaux. Mais ceux qui ne prirent pas la parole de Dieu au sérieux laissèrent leurs esclaves et leurs troupeaux dans les champs.

Dieu dit à Moïse :

— Étends la main vers le ciel, et que la grêle tombe sur tout le pays d’Égypte, sur les hommes, sur les bêtes et sur toutes les plantes des champs.

Moïse étendit son bâton vers le ciel, et Dieu envoya le tonnerre et la grêle. La foudre courait sur le sol. Dieu fit tomber la grêle sur le pays d’Égypte.

La grêle tombait, mêlée de feu, si violente qu’on n’en avait jamais vu de pareille dans toute l’Égypte depuis qu’elle était devenue une nation. Dans tout le pays, la grêle frappa tout ce qui se trouvait dans les champs, les hommes comme les bêtes. Elle hacha toutes les plantes et brisa tous les arbres.

Seul le pays de Gosen, où vivaient les Hébreux, fut épargné par la grêle.

Le pharaon fit appeler Moïse et Aaron.

— Cette fois, j’ai péché, leur dit-il. C’est votre Dieu qui est juste, et c’est nous, mon peuple et moi, qui sommes coupables. Priez votre Dieu : il y a eu assez de tonnerre et de grêle. Je vous laisserai partir, et l’on ne vous retiendra plus.

— Dès que je serai sorti de la ville, répondit Moïse, je lèverai les mains vers Dieu. Le tonnerre cessera, et il n’y aura plus de grêle, afin que vous sachiez que la terre appartient à Dieu. Mais je sais bien que ni vous ni vos serviteurs ne craignez encore Dieu.

Le lin et l’orge avaient été hachés, car l’orge était en épis et le lin en fleur. Mais le blé et l’épeautre n’avaient pas été touchés, parce qu’ils poussent plus tard.

Moïse quitta le pharaon et sortit de la ville. Il leva les mains vers Dieu, et le tonnerre et la grêle cessèrent ; la pluie ne tomba plus sur la terre.

Quand le pharaon vit que la pluie, la grêle et le tonnerre avaient cessé, il recommença à pécher, et il s’endurcit le cœur, lui et ses serviteurs. Le cœur du pharaon resta dur, et il ne laissa pas partir les Hébreux, comme Dieu l’avait annoncé par la bouche de Moïse.

Dieu dit à Moïse :

— Va trouver le pharaon. C’est moi qui ai rendu son cœur dur, et celui de ses serviteurs, pour faire éclater mes signes au milieu d’eux. Ainsi, tu pourras raconter à ton fils et au fils de ton fils comment j’ai traité les Égyptiens et quels signes j’ai faits parmi eux, et vous saurez qui je suis.

Moïse et Aaron allèrent trouver le pharaon.

— Majesté, lui dirent-ils, voici ce que dit le Dieu des Hébreux : Jusqu’à quand refuseras-tu de t’humilier devant moi ? Laisse partir mon peuple, pour qu’il me serve. Si tu refuses de laisser partir mon peuple, demain je ferai venir des sauterelles sur tout ton pays.

Ils lui annoncèrent ce que feraient les sauterelles. Elles couvriraient la surface du sol, au point qu’on ne pourrait plus voir la terre. Elles dévoreraient tout ce qui avait échappé à la grêle, et tous les arbres qui poussaient dans les champs.

Elles rempliraient le palais du pharaon, les maisons de ses serviteurs et celles de tous les Égyptiens. Ni ses pères ni les pères de ses pères n’avaient jamais rien vu de pareil, depuis qu’ils étaient sur la terre jusqu’à ce jour.

Puis Moïse tourna le dos et sortit de chez le pharaon.

Les serviteurs du pharaon lui dirent :

— Jusqu’à quand cet homme sera-t-il un piège pour nous ? Laissez partir ces gens, Majesté, qu’ils aillent servir leur Dieu. Ne voyez-vous pas encore que l’Égypte est en train de périr ?

On fit revenir Moïse et Aaron auprès du pharaon.

— Allez, leur dit-il, servez votre Dieu. Mais qui sont ceux qui partiront ?

— Nous partirons avec nos enfants et nos vieillards, répondit Moïse, avec nos fils et nos filles, avec nos moutons et nos bœufs, car c’est pour nous une fête en l’honneur de Dieu.

— Votre Dieu sera avec vous le jour où je vous laisserai partir avec vos enfants ! répliqua le pharaon. Prenez garde, le malheur vous attend ! Non, non : partez, vous les hommes, et servez votre Dieu, puisque c’est ce que vous demandez.

Et on les chassa de chez le pharaon.

Dieu dit à Moïse :

— Étends la main sur le pays d’Égypte, et que les sauterelles montent sur le pays. Qu’elles dévorent toute l’herbe de la terre, tout ce que la grêle a laissé.

Moïse étendit son bâton sur le pays d’Égypte, et Dieu fit souffler sur le pays un vent d’est toute la journée et toute la nuit. Au matin, le vent d’est avait apporté les sauterelles.

Les sauterelles s’abattirent sur toute l’Égypte et se posèrent sur tout son territoire. Elles étaient si nombreuses qu’on n’en avait jamais vu autant et qu’on n’en reverrait jamais autant.

Elles couvrirent toute la surface du pays, et la terre en fut noire. Elles dévorèrent toute l’herbe et tous les fruits des arbres, tout ce que la grêle avait laissé. Dans toute l’Égypte, il ne resta plus rien de vert, ni sur les arbres ni dans les champs.

Aussitôt, le pharaon fit appeler Moïse et Aaron.

— J’ai péché contre votre Dieu et contre vous, leur dit-il. Mais toi, Moïse, pardonne-moi ma faute, cette fois seulement, et priez votre Dieu pour qu’il éloigne de moi ce fléau mortel.

Moïse sortit de chez le pharaon et pria Dieu. Dieu fit tourner le vent, et un vent d’ouest très violent emporta les sauterelles et les précipita dans la mer Rouge. Il ne resta plus une seule sauterelle dans toute l’Égypte.

Mais Dieu rendit dur le cœur du pharaon, et le pharaon ne laissa pas partir les Hébreux.

Dieu dit à Moïse :

— Étends la main vers le ciel, et que les ténèbres tombent sur le pays d’Égypte, des ténèbres si épaisses qu’on pourra les toucher.

Moïse étendit la main vers le ciel, et d’épaisses ténèbres couvrirent toute l’Égypte pendant trois jours. On ne se voyait plus les uns les autres, et personne ne bougea de sa place pendant trois jours. Mais là où vivaient les Hébreux, il y avait de la lumière.

Le pharaon appela Moïse.

— Allez, dit-il, servez votre Dieu. Vos enfants pourront partir avec vous. Seuls vos moutons et vos bœufs resteront ici.

— Il faudra bien, Majesté, que vous nous donniez vous-même de quoi offrir les sacrifices et les offrandes à notre Dieu, répondit Moïse. Nos troupeaux partiront donc avec nous, et il ne restera pas un seul sabot. C’est parmi eux que nous choisirons de quoi servir notre Dieu, et tant que nous ne serons pas arrivés, nous ne saurons pas ce qu’il faudra lui offrir.

Mais Dieu rendit dur le cœur du pharaon, et le pharaon ne voulut pas les laisser partir.

— Hors d’ici ! dit-il à Moïse. Et garde-toi de reparaître devant moi, car le jour où tu reparaîtras, tu mourras.

— C’est vous qui l’avez dit, répondit Moïse. Je ne reparaîtrai plus devant vous.

Car Dieu avait dit à Moïse :

— Je vais encore envoyer un fléau sur le pharaon et sur l’Égypte. Après cela, il vous laissera partir d’ici. Et quand il vous laissera partir, il vous chassera même tout à fait. Dis au peuple que chacun demande à son voisin, et chacune à sa voisine, des objets d’argent et des objets d’or.

Dieu rendit les Égyptiens bienveillants envers le peuple. Et Moïse lui-même était très estimé en Égypte, aussi bien par les serviteurs du pharaon que par le peuple.

Alors Moïse dit au pharaon :

— Voici ce que dit Dieu : « Vers le milieu de la nuit, je passerai à travers l’Égypte. Et tous les premiers-nés mourront dans le pays d’Égypte, depuis le premier-né du pharaon qui est assis sur son trône jusqu’au premier-né de la servante qui tourne la meule, et jusqu’à tous les premiers-nés du bétail. »

— Il y aura dans toute l’Égypte de grands cris, poursuivit Moïse, tels qu’on n’en a jamais entendu et qu’on n’en entendra plus jamais. Mais chez les Hébreux, pas même un chien n’aboiera, ni contre les hommes ni contre les bêtes, afin que vous sachiez quelle différence Dieu fait entre l’Égypte et son peuple.

— Alors, ajouta-t-il, tous vos serviteurs ici présents viendront me trouver, Majesté, et ils se prosterneront devant moi en disant : « Pars, toi et tout le peuple qui te suit ! » Après cela, je partirai.

Et Moïse sortit de chez le pharaon, brûlant de colère.

Dieu avait dit à Moïse :

— Le pharaon ne vous écoutera pas, et mes prodiges se multiplieront en Égypte.

Moïse et Aaron avaient fait tous ces prodiges devant le pharaon, mais Dieu avait rendu dur le cœur du pharaon, et le pharaon n’avait pas laissé partir les Hébreux hors de son pays.

En Égypte, Dieu dit à Moïse et à Aaron que ce mois-ci serait désormais pour eux le premier des mois, le premier mois de l’année. Puis il leur expliqua ce que tout le peuple devait faire.

Le dixième jour du mois, chaque famille prendrait un agneau, un agneau par maison. Si une maison était trop petite pour manger un agneau entier, elle le partagerait avec le voisin le plus proche, en comptant les personnes et ce que chacun pouvait manger. Ce serait un agneau sans défaut, un mâle d’un an ; on pourrait aussi prendre un chevreau.

On le garderait jusqu’au quatorzième jour du mois, et ce jour-là, à la tombée du soir, toute la communauté des Hébreux l’égorgerait. On prendrait de son sang, et on en mettrait sur les deux montants et sur le linteau de la porte des maisons où on le mangerait.

Cette nuit-là, on en mangerait la viande rôtie au feu, avec des pains sans levain et des herbes amères. Rien ne serait mangé cru ni bouilli dans l’eau : l’agneau serait rôti tout entier, avec la tête, les pattes et les entrailles. On n’en garderait rien pour le lendemain, et ce qui resterait au matin, on le brûlerait.

— Vous le mangerez ainsi, dit Dieu : la ceinture serrée autour des reins, les sandales aux pieds et le bâton à la main. Vous le mangerez en toute hâte. C’est la Pâque de Dieu.

— Cette nuit-là, poursuivit-il, je passerai à travers l’Égypte, et je frapperai tous les premiers-nés du pays, ceux des hommes comme ceux des bêtes, et je jugerai tous les dieux de l’Égypte. C’est moi, Dieu. Le sang sera un signe sur les maisons où vous serez. Quand je verrai le sang, je passerai par-dessus vous, et aucun fléau ne vous détruira quand je frapperai l’Égypte.

Ce jour-là, les Hébreux devraient en garder la mémoire et le fêter en l’honneur de Dieu, eux et leurs descendants, pour toujours. Pendant sept jours, ils mangeraient des pains sans levain, et dès le premier jour, ils ôteraient le levain de leurs maisons. Le premier jour et le septième, ils se réuniraient pour une assemblée sainte, et l’on ne ferait aucun travail, sauf préparer de quoi manger.

Ce serait la fête des pains sans levain, car c’était ce jour-là que Dieu ferait sortir son peuple d’Égypte. Du soir du quatorzième jour du premier mois jusqu’au soir du vingt et unième, on mangerait des pains sans levain, et il n’y aurait de levain dans aucune maison. Celui qui mangerait du pain levé pendant ces sept jours, qu’il soit étranger ou né dans le pays, serait exclu du peuple.

Moïse fit venir tous les anciens des Hébreux.

— Allez choisir un agneau pour chacune de vos familles, leur dit-il, et égorgez-le pour la Pâque. Puis prenez un bouquet d’hysope, trempez-le dans le sang recueilli dans le bassin, et badigeonnez de ce sang le linteau et les deux montants de votre porte. Aucun de vous ne sortira de sa maison avant le matin.

— Cette nuit-là, poursuivit Moïse, quand Dieu passera pour frapper l’Égypte et qu’il verra le sang sur le linteau et sur les deux montants, il passera par-dessus votre porte, et il ne laissera pas le destructeur entrer chez vous pour frapper.

— Vous observerez ce commandement, ajouta-t-il, vous et vos enfants, pour toujours. Quand vous serez entrés dans le pays que Dieu vous donnera comme il l’a promis, vous garderez cette coutume. Et quand vos enfants vous demanderont : « Que veut dire cette fête ? », vous répondrez : « C’est le sacrifice de la Pâque, en l’honneur de Dieu, qui est passé par-dessus les maisons des Hébreux en Égypte quand il a frappé les Égyptiens, et qui a épargné nos maisons. »

Le peuple s’inclina et se prosterna. Puis les Hébreux s’en allèrent et firent exactement ce que Dieu avait ordonné à Moïse et à Aaron.

Au milieu de la nuit, Dieu frappa tous les premiers-nés du pays d’Égypte, depuis le premier-né du pharaon, assis sur son trône, jusqu’au premier-né du prisonnier enfermé au cachot, et tous les premiers-nés du bétail.

Le pharaon se leva en pleine nuit, et avec lui tous ses serviteurs et tous les Égyptiens. Un grand cri monta de toute l’Égypte, car il n’y avait pas une maison sans un mort.

Cette nuit-là, le pharaon fit appeler Moïse et Aaron.

— Levez-vous, leur dit-il, et sortez du milieu de mon peuple, vous et les Hébreux ! Allez servir votre Dieu, comme vous l’avez demandé. Prenez vos moutons et vos bœufs, comme vous l’avez dit. Partez, et bénissez-moi, moi aussi.

Les Égyptiens pressaient le peuple de quitter le pays au plus vite.

— Sinon, disaient-ils, nous allons tous mourir.

Le peuple emporta sa pâte avant qu’elle ait levé : on enveloppa les pétrins dans les manteaux, et on les chargea sur les épaules.

Les Hébreux firent ce que Moïse avait dit : ils demandèrent aux Égyptiens des objets d’argent, des objets d’or et des vêtements. Et Dieu rendit les Égyptiens bienveillants envers le peuple, si bien qu’ils donnèrent aux Hébreux ce qu’ils demandaient. C’est ainsi que les Hébreux dépouillèrent les Égyptiens.

De Ramsès, ils partirent en direction de Souccoth. Ils étaient environ six cent mille hommes à pied, sans compter les enfants. Une foule de gens de toutes sortes partit avec eux, et ils emmenaient d’immenses troupeaux de moutons et de bœufs.

Avec la pâte qu’ils avaient emportée d’Égypte, ils firent cuire des galettes sans levain, car la pâte n’avait pas levé. On les avait chassés d’Égypte sans leur laisser le temps d’attendre, et ils n’avaient pas même pris de provisions pour la route.

Les Hébreux avaient vécu en Égypte pendant quatre cent trente ans. Et au bout de ces quatre cent trente ans, ce jour-là précisément, tout le peuple de Dieu sortit du pays d’Égypte. C’était une nuit de veille pour Dieu, parce qu’il les faisait sortir d’Égypte. Et cette nuit-là, tous les Hébreux devraient la passer à veiller en son honneur, eux et leurs descendants, pour toujours.

Dieu donna encore à Moïse et à Aaron des règles pour la Pâque. Aucun étranger n’en mangerait. L’esclave acheté à prix d’argent en mangerait, une fois circoncis, mais ni le voyageur de passage ni l’ouvrier payé à la journée. On la mangerait à l’intérieur de la maison, sans emporter de viande au-dehors, et l’on ne briserait aucun os de l’agneau.

Toute la communauté des Hébreux ferait la Pâque. Si un étranger installé parmi eux voulait la faire lui aussi, tous les hommes de sa maison devraient d’abord être circoncis ; alors il serait comme un homme né dans le pays. La même loi vaudrait pour celui qui était né parmi eux et pour l’étranger qui vivait avec eux.

Tous les Hébreux firent ce que Dieu avait ordonné à Moïse et à Aaron. Et ce jour-là, Dieu fit sortir les Hébreux d’Égypte, tribu par tribu.

Dieu dit à Moïse :

— Consacre-moi tous les premiers-nés. Chez les Hébreux, tout premier-né m’appartient, celui de l’homme comme celui de la bête.

Moïse dit au peuple :

— Souvenez-vous de ce jour, le jour où vous êtes sortis d’Égypte, de la maison d’esclavage, car c’est par sa main puissante que Dieu vous en a fait sortir. On ne mangera pas de pain levé. Vous partez aujourd’hui, au mois des épis.

— Un jour, dit encore Moïse, Dieu vous fera entrer dans le pays des Cananéens, des Hittites, des Amoréens, des Héviens et des Jébusiens, qu’il a juré à vos pères de vous donner, ce pays où coulent le lait et le miel. Alors vous célébrerez cette fête au même mois. Pendant sept jours, vous mangerez des pains sans levain, et le septième jour, ce sera fête en l’honneur de Dieu. On ne verra chez vous ni pain levé ni levain, dans tout votre pays.

— Ce jour-là, ajouta-t-il, vous direz à vos fils : « C’est à cause de ce que Dieu a fait pour nous quand nous sommes sortis d’Égypte. » Ce sera pour vous comme un signe sur la main et comme un rappel entre les yeux, pour que la loi de Dieu soit toujours sur vos lèvres. Vous observerez cette règle à la même date, d’année en année.

— Et quand vous serez entrés dans ce pays, poursuivit Moïse, vous donnerez à Dieu tout premier-né. Le premier petit de vos bêtes, s’il est mâle, sera pour Dieu. Le premier petit de l’âne, vous le rachèterez avec un agneau ; si vous ne le rachetez pas, vous lui briserez la nuque. Et tout premier-né d’entre vos fils, vous le rachèterez.

— Plus tard, dit-il enfin, quand vos fils vous demanderont : « Que veut dire cela ? », vous leur répondrez : « Par sa main puissante, Dieu nous a fait sortir d’Égypte, de la maison d’esclavage. Comme le pharaon s’obstinait à ne pas nous laisser partir, Dieu a fait mourir tous les premiers-nés d’Égypte, ceux des hommes comme ceux des bêtes. Voilà pourquoi nous offrons à Dieu tout premier-né mâle, et pourquoi nous rachetons le premier-né de nos fils. »

Quand le pharaon eut laissé partir le peuple, Dieu ne fit pas passer les Hébreux par la route du pays des Philistins, qui était pourtant la plus courte.

« Si le peuple voyait la guerre, il pourrait changer d’avis et retourner en Égypte », se dit Dieu.

Il fit donc faire au peuple un détour par le désert, vers la mer Rouge. Et les Hébreux quittèrent l’Égypte en bon ordre, prêts au combat.

Moïse emporta avec lui les ossements de Joseph. Joseph avait en effet fait jurer aux fils de Jacob : « Dieu viendra vous secourir, et alors vous emporterez d’ici mes ossements avec vous. »

Partis de Souccoth, ils campèrent à Étham, au bord du désert. Dieu marchait devant eux : le jour, dans une colonne de nuée pour leur montrer le chemin, et la nuit, dans une colonne de feu pour les éclairer. Ainsi, ils pouvaient marcher jour et nuit. Jamais la colonne de nuée ne quittait le peuple pendant le jour, ni la colonne de feu pendant la nuit.

Dieu dit à Moïse :

— Dis aux Hébreux de rebrousser chemin et de camper devant Pi-Hahiroth, entre Migdol et la mer, en face de Baal-Tsephon. C’est là, au bord de la mer, que vous camperez.

— Le pharaon pensera, ajouta Dieu : « Les Hébreux se sont égarés dans le pays, le désert les a enfermés. » Et je rendrai dur le cœur du pharaon, et il les poursuivra. Mais le pharaon et toute son armée feront éclater ma gloire, et les Égyptiens sauront qui je suis.

Et les Hébreux firent ainsi.

On vint annoncer au roi d’Égypte que le peuple s’était enfui. Aussitôt, le pharaon et ses serviteurs changèrent d’avis au sujet du peuple.

— Qu’avons-nous fait ? dirent-ils. Nous avons laissé partir les Hébreux, et ils ne travailleront plus pour nous !

Le pharaon fit atteler son char et emmena ses troupes avec lui. Il prit six cents chars d’élite et tous les autres chars de l’Égypte, chacun avec ses guerriers. Dieu avait rendu dur le cœur du pharaon, roi d’Égypte, et le pharaon se lança à la poursuite des Hébreux, qui étaient sortis la tête haute.

Les Égyptiens les poursuivirent, avec tous les chevaux et les chars du pharaon, ses cavaliers et son armée. Ils les rattrapèrent alors qu’ils campaient au bord de la mer, près de Pi-Hahiroth, en face de Baal-Tsephon.

Le pharaon approchait. Les Hébreux levèrent les yeux et virent les Égyptiens qui marchaient derrière eux. Saisis de terreur, ils crièrent vers Dieu.

— N’y avait-il donc pas assez de tombeaux en Égypte, dirent-ils à Moïse, pour que tu nous emmènes mourir dans le désert ? Que nous as-tu fait en nous faisant sortir d’Égypte ? Ne te le disions-nous pas, en Égypte : « Laisse-nous servir les Égyptiens » ? Nous aimions mieux servir les Égyptiens que de mourir dans le désert !

— N’ayez pas peur, répondit Moïse au peuple. Restez où vous êtes, et regardez comment Dieu va vous sauver aujourd’hui. Car ces Égyptiens que vous voyez aujourd’hui, vous ne les reverrez plus jamais. Dieu combattra pour vous, et vous, restez tranquilles.

Dieu dit à Moïse :

— Pourquoi ces cris ? Dis aux Hébreux de se mettre en marche. Toi, lève ton bâton, étends la main sur la mer et ouvre-la en deux : les Hébreux passeront au milieu de la mer, sur la terre sèche.

— Et moi, ajouta-t-il, je rendrai dur le cœur des Égyptiens, pour qu’ils entrent derrière eux. Alors le pharaon et toute son armée, ses chars et ses cavaliers feront éclater ma gloire, et les Égyptiens sauront qui je suis.

La colonne de nuée, qui marchait devant le camp des Hébreux, se déplaça et alla se placer derrière eux. Elle vint se dresser entre le camp des Égyptiens et le camp des Hébreux. Pour les uns, la nuée restait sombre ; pour les autres, elle éclairait la nuit. Et de toute la nuit, les deux camps ne purent s’approcher l’un de l’autre.

Moïse étendit la main sur la mer. Toute la nuit, Dieu repoussa la mer par un violent vent d’est. Il mit la mer à sec, et les eaux se séparèrent.

Les Hébreux entrèrent au milieu de la mer, sur la terre sèche, et les eaux se dressaient comme un mur à leur droite et à leur gauche.

Les Égyptiens se lancèrent à leur poursuite. Tous les chevaux du pharaon, ses chars et ses cavaliers entrèrent derrière eux au milieu de la mer.

Un peu avant l’aube, du haut de la colonne de feu et de nuée, Dieu regarda l’armée des Égyptiens, et il y jeta le désordre. Il détacha les roues de leurs chars, qui n’avançaient plus qu’à grand-peine.

— Fuyons loin des Hébreux ! crièrent les Égyptiens. Leur Dieu combat pour eux contre l’Égypte !

Dieu dit à Moïse :

— Étends la main sur la mer, et que les eaux reviennent sur les Égyptiens, sur leurs chars et sur leurs cavaliers.

Moïse étendit la main sur la mer. Au lever du jour, la mer reprit sa place. Dans leur fuite, les Égyptiens coururent droit sur elle, et Dieu les précipita au milieu des flots.

Les eaux revinrent et recouvrirent les chars, les cavaliers et toute l’armée du pharaon qui était entrée dans la mer derrière les Hébreux. Il n’en réchappa pas un seul.

Les Hébreux, eux, avaient marché sur la terre sèche au milieu de la mer, et les eaux s’étaient dressées comme un mur à leur droite et à leur gauche.

Ce jour-là, Dieu délivra les Hébreux de la main des Égyptiens, et les Hébreux virent sur le rivage les Égyptiens morts. Ils virent la grande puissance que Dieu avait déployée contre l’Égypte. Alors le peuple craignit Dieu, et il crut en Dieu et en Moïse, son serviteur.

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## About this tale

L’histoire de Moïse n’est pas un conte mais un récit biblique : les chapitres 1 à 14 de l’Exode, le deuxième livre de la Bible. Ces chapitres ne nomment pas leur auteur, et la Bible de Segond intitule simplement le livre « Exode ». Nous avons suivi la traduction de Louis Segond (Paris, 1910).

Segond a traduit la Bible sur les textes hébreux et grecs ; son Exode occupe les pages 45 à 81. Notre récit va de l’installation de la famille de Jacob en Égypte au passage de la mer. Vous pouvez le lire en version « Plus douce » ou « Originale », plus longue : ce sont deux réécritures modernes, et non le texte de Segond.

> Laisse partir mon peuple.
>
> Exode 5:1, Bible Segond, 1910 : Laisse aller mon peuple, pour qu’il célèbre au désert une fête en mon honneur.

### La Bible Segond et notre récit

|  | Segond (1910) | Notre récit |
| --- | --- | --- |
| Les sages-femmes | Schiphra et Pua | Shiphra et Poua |
| Le fleuve | « le fleuve », jamais nommé | le Nil |
| Le berceau | une caisse de jonc | un panier de jonc |
| Le père de Séphora | Réuel, puis Jéthro | toujours Jéthro, jamais Réuel |
| Le nom de Dieu | « Je suis celui qui suis » | « Je suis qui je suis » |
| L’ordre au pharaon | « Laisse aller mon peuple » | « Laisse partir mon peuple » |
| Troisième fléau | des poux | des moustiques |

### Ce que raconte notre texte

Pour échapper à l’ordre du pharaon, qui veut faire jeter dans le Nil tous les garçons des Hébreux, une mère cache son fils pendant trois mois, puis le dépose dans un panier de jonc parmi les roseaux. La fille du pharaon le trouve, l’élève comme son fils et l’appelle Moïse, parce qu’elle l’a « retiré des eaux ». Devenu adulte, Moïse tue un Égyptien, s’enfuit au pays de Madian et y épouse Séphora. Au mont Horeb, Dieu lui parle depuis un buisson en feu qui ne se consume pas. Moïse a quatre-vingts ans quand, avec son frère Aaron, il va trouver le nouveau pharaon. Viennent alors l’eau changée en sang, les grenouilles, les moustiques, les mouches, la maladie des troupeaux, les ulcères, la grêle, les sauterelles, les ténèbres et la mort des premiers-nés. Les eaux recouvrent ensuite l’armée égyptienne, mais rien ne dit si le pharaon lui-même y périt. Le récit s’achève quand le peuple, sauvé, croit en Dieu et en Moïse, son serviteur.

La version « Plus douce » raccourcit le récit sans effacer ses scènes dures : l’ordre de jeter les petits garçons dans le Nil, l’Égyptien tué, la nuit où Séphora circoncit son fils, la mort des premiers-nés et les soldats engloutis. Elle les rapporte sans s’y attarder, telles que la Bible les raconte ; mieux vaut savoir qu’elles s’y trouvent avant d’en faire la lecture à un enfant.

### Ce qui précède, ce qui suit et le nom du pharaon

L’Exode commence là où s’arrête l’histoire de Joseph : Joseph et ses frères sont morts, et un nouveau roi, qui n’avait pas connu Joseph, règne sur l’Égypte. Notre récit le rappelle dès ses premières lignes. Sur le site, « Joseph et ses frères » raconte une partie antérieure de la vie de Joseph et s’arrête avant sa mort. Le cantique que Moïse et les Hébreux chantent après la traversée (chapitre 15) et les commandements (chapitre 20) viennent plus tard dans la Bible ; ils ne font pas partie de notre récit.

Aucun pharaon n’est nommé dans cette histoire : la Bible dit seulement « Pharaon » ou « le roi d’Égypte ». Ramsès, que l’on croise dès le début, n’est pas le nom d’un roi : c’est une ville que les Hébreux sont forcés de bâtir.

Sources (claims checked against them on 2026-10-30):
- 1910: Exode, La Sainte Bible, trad. Louis Segond, Paris, 1910, p. 45-81 [our source] (https://fr.wikisource.org/wiki/Bible_Segond_1910/Exode)
- Wikidata Q1290338 (https://www.wikidata.org/wiki/Q1290338)

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- Read online: https://talerie.com/fr/contes/moise-original
- Also known as: Moïse sauvé des eaux
- Characters: Aaron, Séphora
- Version: longer, more faithful retelling; the gentler retelling: https://talerie.com/fr/contes/moise.md
- Also in: [English](https://talerie.com/en/tales/moses-original.md), [German](https://talerie.com/de/maerchen/mose-original.md), [Spanish](https://talerie.com/es/cuentos/moises-original.md), [Portuguese](https://talerie.com/pt/contos/moises-original.md), [Czech](https://talerie.com/cs/pohadky/mojzis-original.md), [Polish](https://talerie.com/pl/bajki/mojzesz-i-wyjscie-z-egiptu-original.md)
- Wikidata: https://www.wikidata.org/wiki/Q1290338
- Source: La Sainte Bible, traduction Louis Segond (1910): Exode 1–14 (https://fr.wikisource.org/wiki/Bible_Segond_1910/Exode)
- Public-domain basis: Talerie contemporary retelling (CC0 2026), based on: La Sainte Bible, traduction Louis Segond (1910): Exode 1–14 — EU anonymous-work rule (+70 passed); translator Louis Segond died 1885 (+70 passed); revision published anonymously 1910 (+70 passed)
- License: CC0-1.0 (https://creativecommons.org/publicdomain/zero/1.0/)
