# Rikki-tikki-tavi

_Retold by Talerie (talerie.com) from The Jungle Book, after Rudyard Kipling_ · 15 min read · ages 6+

Rikki-tikki-tavi, une jeune mangouste recueillie par la famille de Teddy aux Indes, tient le cobra Nag par la tête jusqu’au coup de fusil du père et détruit les œufs de Nagaina. Rikki-tikki suit Nagaina jusque dans son trou et en ressort seul, puis le Chaudronnier annonce que Nagaina est morte.

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Voici l’histoire de la grande guerre que Rikki-tikki-tavi mena tout seul dans les salles de bains d’un grand bungalow, aux Indes. Darzee, l’oiseau-tailleur, l’aida, et Chuchundra, le rat musqué, lui donna un conseil, mais c’est Rikki-tikki qui se battit vraiment.

Rikki-tikki était une mangouste. Par la fourrure et la queue, il ressemblait à un petit chat, mais par la tête, plutôt à une belette. Il avait les yeux roses et le bout du nez rose aussi. Quand il filait dans les hautes herbes, il gonflait sa queue comme un goupillon et lançait son cri de guerre :

— Rikk-tikk-tikki-tikki-tchk !

Un jour d’été, une crue l’emporta hors de son terrier. Rikki-tikki s’accrocha à une touffe d’herbe jusqu’à perdre connaissance, et quand il revint à lui, il gisait au soleil dans une allée de jardin, tout crotté. Un petit garçon disait :

— Voilà une mangouste morte. On va l’enterrer.

— Non, dit sa mère, séchons-la plutôt. Elle n’est peut-être pas vraiment morte.

Dans la maison, un homme très grand déclara que la petite bête était seulement à moitié noyée. On l’enveloppa dans du coton, on la réchauffa près du feu, et la mangouste ouvrit les yeux et éternua.

Rien n’est plus difficile que de faire peur à une mangouste, car elle est dévorée de curiosité. La devise de toute la famille est « Cherche et trouve », et Rikki-tikki était une vraie mangouste. Il fit le tour de la table, lissa sa fourrure et sauta sur l’épaule du petit garçon.

— N’aie pas peur, Teddy, dit son père. C’est sa façon de se faire des amis.

— Aïe ! Il me chatouille sous le menton ! dit Teddy.

« Il y a plus de choses à découvrir dans cette maison que toute ma famille n’en découvrirait en une vie, se dit Rikki-tikki. Je reste. »

Toute la journée, il fureta partout. Il faillit se noyer dans une baignoire et se brûla le nez au cigare du père de Teddy. Le soir, Rikki-tikki grimpa dans le lit de Teddy, mais il se relevait à chaque bruit pour aller voir d’où il venait. Quand les parents vinrent jeter un dernier coup d’œil à leur garçon, Rikki-tikki veillait sur l’oreiller.

— Je n’aime pas ça, dit la mère de Teddy. Il pourrait mordre le petit.

— Il n’en fera rien, dit le père. Teddy est plus en sûreté avec cette petite bête que s’il avait un limier pour le garder. Si jamais un serpent entrait dans la chambre…

Mais la mère ne voulut même pas y penser.

Le lendemain, Rikki-tikki partit explorer le jardin, un grand jardin à moitié en friche, plein de rosiers, d’orangers et de hautes herbes.

— Quel magnifique terrain de chasse ! dit-il en se léchant les babines.

Bientôt, il entendit des voix très tristes dans un buisson d’épines. C’étaient Darzee, l’oiseau-tailleur, et sa femme. Leur nid était fait de deux grandes feuilles cousues ensemble, et ils pleuraient, assis sur le bord.

— Qu’est-ce qui ne va pas ? demanda Rikki-tikki.

— Un de nos petits est tombé du nid hier, dit Darzee, et Nag l’a mangé.

— C’est bien triste. Mais je ne suis pas d’ici. Qui est Nag ?

Les deux oiseaux se blottirent au fond du nid sans répondre. Un sifflement froid montait de l’herbe, et Rikki-tikki recula d’un bond. Lentement, la tête et le capuchon déployé de Nag, le grand cobra noir, se dressèrent. Il se balançait comme une aigrette de pissenlit dans le vent, et son regard de serpent ne changeait jamais.

— Qui est Nag ? dit-il. C’est moi, Nag. Regardez, et tremblez !

Rikki-tikki eut peur un instant. Il n’avait jamais vu de cobra vivant, mais sa mère l’avait nourri de cobras morts, et il savait qu’une mangouste adulte passe sa vie à combattre les serpents. Nag le savait aussi, et au fond de son cœur froid, il avait peur.

— Trouvez-vous juste de manger des oisillons ? demanda Rikki-tikki en gonflant la queue.

— Causons, dit Nag, qui surveillait l’herbe derrière la mangouste. Vous mangez bien des œufs. Pourquoi ne mangerais-je pas des oiseaux ?

— Derrière toi ! Regarde derrière toi ! chanta Darzee.

Rikki-tikki sauta aussi haut qu’il put, et juste sous lui siffla la tête de Nagaina, la méchante femme de Nag, qui s’était glissée derrière la mangouste. Le petit animal retomba sur elle et la mordit, mais il craignait la riposte et ne la tint pas assez longtemps. Il sauta hors de portée, laissant Nagaina blessée et furieuse.

— Méchant, méchant Darzee ! dit Nag en se dressant vers le nid.

Mais le nid était hors de portée des serpents.

Les yeux de Rikki-tikki devinrent rouges, car ceux d’une mangouste rougissent dans la colère. Mais les deux cobras avaient disparu dans l’herbe, et il n’osa pas les suivre : deux serpents à la fois, c’était trop. Il alla s’asseoir dans l’allée pour réfléchir, assez fier tout de même d’avoir évité un coup porté par-derrière.

Teddy arrivait justement en courant dans l’allée. Au moment où le garçon se penchait vers la mangouste, quelque chose remua dans la poussière, et une toute petite voix dit :

— Prenez garde, je suis la Mort !

C’était Karait, un petit serpent couleur de poussière, aussi dangereux que le cobra, et si petit que personne ne se méfie de lui. Rikki-tikki s’avança en se dandinant, les yeux rouges. Il ne savait pas que c’était plus dangereux encore que de se battre avec Nag, car Karait se retourne si vite qu’il faut le mordre juste derrière la tête. Karait frappa, et Rikki sauta de côté.

— Oh, regardez ! cria Teddy. Notre mangouste tue un serpent !

La mère de Teddy poussa un cri, et le père accourut avec un bâton. Mais Rikki-tikki avait déjà sauté sur le dos de Karait et l’avait mordu près de la tête. Karait ne bougea plus. Rikki-tikki allait le manger quand il se souvint qu’un ventre plein fait une mangouste lente, et il le laissa.

Tout émue, la mère de Teddy prit Rikki-tikki dans ses bras et lui dit en pleurant qu’il avait sauvé son fils de la mort. Rikki-tikki trouva toute cette agitation plutôt amusante.

Au dîner, il aurait pu se gaver de bonnes choses. Mais il pensait à Nag et à Nagaina, et de temps en temps, ses yeux rougissaient et il lançait son cri de guerre :

— Rikk-tikk-tikki-tikki-tchk !

Cette nuit-là, il dormit sous le menton de Teddy. Dès que le garçon fut endormi, Rikki-tikki partit faire sa ronde et tomba sur Chuchundra, le rat musqué, qui se faufilait le long du mur. Chuchundra passe ses nuits à gémir en cherchant le courage de courir jusqu’au milieu de la pièce, mais il n’y arrive jamais.

— Ne me tuez pas, Rikki-tikki ! dit-il, presque en pleurant.

— Tu crois qu’un tueur de serpents tue les rats musqués ? dit Rikki-tikki avec mépris.

— Ceux qui tuent les serpents se font tuer par les serpents, gémit Chuchundra. Mon cousin Chua, le rat, m’a dit…

Chuchundra s’arrêta net.

— Qu’est-ce qu’il t’a dit ? Vite, Chuchundra, ou je te mords !

— Je ne dois rien vous dire, sanglota Chuchundra. Mais vous n’entendez pas, Rikki-tikki ?

Rikki-tikki tendit l’oreille. Dans la maison silencieuse, il perçut un grattement aussi léger qu’une guêpe qui marche sur une vitre : des écailles de serpent qui frottaient la brique, du côté de la salle de bains.

La mangouste y courut sans bruit. Au bas du mur, on avait retiré une brique pour laisser s’écouler l’eau du bain, et dehors, au clair de lune, Nag et Nagaina chuchotaient.

— Quand la maison sera vide, disait Nagaina, la mangouste devra partir, et le jardin sera de nouveau à nous. Entrez sans bruit, et tuez d’abord l’homme qui a tué Karait. Nos œufs vont éclore dans le carré de melons, peut-être demain, et nos enfants auront besoin de tranquillité.

— Je n’y avais pas pensé, dit Nag. Je tuerai l’homme et sa femme, et l’enfant si je peux. Le bungalow sera vide, et Rikki-tikki s’en ira.

Rikki-tikki frémit de rage. La tête de Nag passa par le trou, suivie de son long corps froid, et malgré sa colère, Rikki-tikki eut très peur en voyant la taille du cobra. Nag but à la grande jarre qui servait à remplir la baignoire.

— Quand Karait a été tué, l’homme avait un bâton, dit-il. Mais demain matin, quand il viendra prendre son bain, il n’en aura pas. Nagaina, vous m’entendez ? J’attendrai ici, au frais, jusqu’au jour.

Personne ne répondit. Nag s’enroula autour de la jarre et s’endormit. Rikki-tikki resta immobile une heure entière, puis s’approcha, un muscle après l’autre. Le cou était trop épais pour lui, et une morsure à la queue n’aurait fait que rendre Nag furieux.

« Il faut que ce soit la tête, se dit-il enfin. Et une fois que je la tiens, je ne dois plus lâcher. »

Alors il sauta. Ses dents se refermèrent sur la tête, et aussitôt il fut secoué dans tous les sens, comme un rat entre les dents d’un chien, cogné contre le sol et contre la baignoire. Mais il tint bon. Il était sûr d’y laisser la vie, et pour l’honneur de sa famille, il voulait qu’on le retrouve les dents serrées.

Soudain, un coup de tonnerre éclata derrière lui, et un souffle brûlant l’assomma et lui roussit la fourrure. Réveillé par le bruit, le père de Teddy avait tiré deux coups de fusil sur Nag, et Nag était mort.

Rikki-tikki tenait toujours, les yeux fermés, persuadé d’être mort lui aussi. Le père de Teddy le ramassa.

— C’est encore la mangouste, Alice, dit-il. Cette fois, le petit bonhomme nous a sauvé la vie.

Au matin, Rikki-tikki était tout courbaturé, mais content de lui.

« Il reste Nagaina, et elle sera pire que cinq Nag, se dit-il. Il faut que j’aille voir Darzee. »

Darzee chantait victoire à plein gosier, car le balayeur avait jeté le corps de Nag sur le tas d’ordures et tout le jardin le savait.

— Oh, stupide touffe de plumes ! dit Rikki-tikki. C’est le moment de chanter ?

— Nag est mort, il est mort, il est mort ! chanta Darzee. Le vaillant Rikki-tikki l’a saisi par la tête !

— Arrête de chanter une minute, Darzee.

— Pour le grand, le beau Rikki-tikki, je m’arrête. Qu’y a-t-il, ô Tueur du terrible Nag ?

— Où Nagaina cache-t-elle ses œufs ?

— Dans le carré de melons, du côté du mur, là où le soleil tape toute la journée. Elle, elle pleure Nag sur le tas d’ordures, près des écuries.

— Alors vole jusque-là, fais semblant d’avoir une aile cassée et laisse-la te poursuivre. Il faut que j’aille aux melons sans qu’elle me voie.

Mais Darzee était une tête de linotte qui ne pouvait garder qu’une idée à la fois. Sa femme, elle, était un oiseau sensé : elle savait que des œufs de cobra donnent un jour des cobras. Elle vola jusqu’au tas d’ordures et se mit à voleter devant Nagaina en criant :

— Oh, mon aile est cassée ! Le garçon de la maison m’a jeté une pierre !

— C’est vous qui avez prévenu Rikki-tikki quand j’allais le tuer, siffla Nagaina. Vous avez bien mal choisi l’endroit pour boiter. Mon mari est couché sur le tas d’ordures, et avant ce soir, le garçon de la maison ne bougera plus, lui non plus.

La femme de Darzee voletait au ras du sol sans jamais croiser son regard, et Nagaina la suivit.

Rikki-tikki fila au bout du carré de melons. Il trouva là, cachés dans la paille tiède, vingt-cinq œufs à la peau blanchâtre. On voyait déjà les petits cobras enroulés à l’intérieur, et chacun pourrait bientôt tuer un homme ou une mangouste. Rikki-tikki mordit les œufs l’un après l’autre, aussi vite qu’il put, et aucun petit cobra n’en sortit vivant. Il n’en restait plus que trois quand la femme de Darzee cria :

— Rikki-tikki, Nagaina est montée sur la véranda ! Oh, viens vite, elle veut tuer !

Rikki-tikki écrasa deux œufs, prit le troisième dans sa gueule et courut vers la maison.

Sur la véranda, Teddy et ses parents étaient assis devant le petit déjeuner, immobiles comme des pierres, le visage blanc. Nagaina était enroulée tout près de la jambe nue de Teddy, et elle se balançait.

— Fils de l’homme qui a tué Nag, sifflait-elle, reste tranquille. Ne bougez pas, tous les trois ! Si vous bougez, je frappe, et si vous ne bougez pas, je frappe encore. Oh, insensés, qui avez tué mon Nag !

Teddy ne quittait pas son père des yeux, et son père ne pouvait que murmurer :

— Reste tranquille, Teddy. Ne bouge pas.

Alors Rikki-tikki arriva et cria :

— Retournez-vous, Nagaina ! En garde !

— Chaque chose en son temps, dit-elle sans le regarder. Si vous faites un pas de plus, je frappe.

— Allez donc voir vos œufs, dans le carré de melons, dit Rikki-tikki. Allez voir, Nagaina !

Le grand serpent se tourna à demi et vit l’œuf sur la véranda.

— Ah ! Donnez-le-moi, dit-elle.

Rikki-tikki posa une patte de chaque côté de l’œuf, les yeux rouges comme du sang.

— Combien pour le dernier, le tout dernier de la couvée ? Tous les autres sont morts, là-bas, près du mur.

Nagaina fit volte-face, oubliant tout pour ce seul œuf. Aussitôt, le père de Teddy saisit son fils par l’épaule et le tira par-dessus la table, hors de portée.

— Prise au piège ! Prise au piège ! Prise au piège ! Rikk-tck-tck ! ricana Rikki-tikki. Le garçon est sauvé ! Venez donc vous battre, Nagaina. Vous ne resterez pas veuve longtemps.

— Donnez-moi mon dernier œuf, dit Nagaina en abaissant son capuchon, et je m’en irai pour ne jamais revenir.

— Oui, vous vous en irez, et vous ne reviendrez jamais, car vous irez rejoindre Nag sur le tas d’ordures. En garde, la veuve !

Rikki-tikki bondissait autour d’elle, juste hors de portée, les yeux comme des braises. Nagaina frappait sans relâche, et chaque fois sa tête claquait sur la natte.

Mais Rikki-tikki avait oublié l’œuf. Pendant que Rikki-tikki reprenait son souffle, Nagaina saisit l’œuf dans sa gueule et fila comme une flèche vers les hautes herbes, Rikki-tikki à ses trousses. S’il ne la rattrapait pas, tout recommencerait.

Darzee chantait toujours sa petite chanson de victoire. Sa femme, plus sage, s’envola et battit des ailes autour de la tête de Nagaina. Ce petit retard suffit. Au moment où Nagaina plongeait dans son trou, Rikki-tikki referma les dents sur sa queue et descendit avec elle dans le noir. Bien peu de mangoustes, même vieilles et sages, osent suivre un cobra dans son trou.

Bientôt, l’herbe cessa de bouger à l’entrée du trou.

— C’en est fini de Rikki-tikki ! dit Darzee. Chantons son chant de mort.

Darzee entonna un chant très triste. Au moment le plus émouvant, l’herbe frémit, et Rikki-tikki sortit du trou, couvert de terre, en se léchant les moustaches. Il secoua sa fourrure et éternua.

— C’est fini, dit-il. La veuve ne sortira plus jamais.

Il dormit dans l’herbe jusqu’au soir, car il avait fait une rude journée.

— Maintenant, je rentre, dit-il à son réveil. Préviens le Chaudronnier, Darzee, et il dira à tout le jardin que Nagaina est morte.

Le Chaudronnier, dont le cri ressemble au bruit d’un petit marteau sur une marmite de cuivre, est le crieur public de tous les jardins de l’Inde. En remontant l’allée, Rikki-tikki l’entendit annoncer :

— Ding-dong-tock ! Nag est mort, dong ! Nagaina est morte ! Ding-dong-tock !

Alors tous les oiseaux du jardin se mirent à chanter, et les grenouilles à coasser.

À la maison, Teddy et ses parents faillirent pleurer de joie en voyant Rikki-tikki. Ce soir-là, Rikki-tikki mangea tout ce qu’on lui donna et alla dormir sur l’épaule de Teddy. C’est là que la mère du garçon les trouva, tard dans la nuit.

— Il nous a sauvé la vie, dit-elle à son mari. Tu te rends compte ? Il nous a sauvé la vie à tous.

Rikki-tikki se réveilla en sursaut, car les mangoustes ont le sommeil léger.

— Oh, c’est vous, dit-il. Pourquoi vous inquiéter ? Tous les cobras sont morts. Et s’il en restait, je suis là.

Rikki-tikki avait bien le droit d’être fier. Mais il ne devint pas orgueilleux, et il garda ce jardin comme une mangouste doit le garder, de la dent et du bond, si bien que plus jamais un cobra n’osa montrer la tête entre ses murs.

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- Characters: Nag, Nagaina, Teddy, Darzee
- Version: gentler retelling; the longer, more faithful retelling: https://talerie.com/fr/contes/rikki-tikki-tavi-original.md
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