
La Petite Poule rousse
7 min de lectureà partir de 3 anstalerie.com/fr/contes/la-petite-poule-rousse
Dans une basse-cour, une petite poule rousse trouve un grain de blé et demande qui veut l’aider à le semer et à en faire du pain. Le cochon, le chat et le rat refusent chaque fois, mais quand les pains dorés sortent du four, les trois animaux affamés se proposent et la poule répond qu’elle mangera son pain elle-même.
Dans une basse-cour vivait une petite poule rousse. Du matin au soir, elle trottinait entre les tas de paille et grattait la terre à petits coups de patte, à la recherche de vers.
Elle adorait les vers bien dodus et elle était sûre qu’il n’y avait rien de meilleur pour la santé de ses poussins. Chaque fois qu’elle en dénichait un, elle lançait son appel.
— Petits, petits, venez vite !
Les poussins accouraient de partout, et elle partageait sa trouvaille entre eux, morceau par morceau. Une vraie travailleuse, voilà ce qu’elle était.
Le chat, lui, passait ses journées à somnoler dans l’entrée de la grange. Il ne se donnait même pas la peine de faire peur au rat, qui courait où bon lui semblait.

Quant au cochon, couché dans sa porcherie, rien au monde ne l’intéressait, pourvu qu’il puisse manger et grossir.
Un jour, la petite poule rousse trouva une graine. C’était un grain de blé, mais elle avait tellement l’habitude des vers et des insectes qu’elle crut avoir découvert une nouvelle friandise, peut-être délicieuse.
Elle le mordilla tout doucement. Cela n’avait pas du tout le goût d’un ver. Mais un grain de blé, long et mince, pouvait bien tromper son monde.
Elle promena donc sa trouvaille dans toute la basse-cour en demandant à chacun ce que c’était. On lui apprit que c’était un grain de blé : semé, il pousserait ; mûr, il serait moulu en farine, et de cette farine on ferait du pain.
Une fois qu’elle sut cela, il n’y eut plus de doute : ce grain devait être semé. Mais elle courait déjà du matin au soir pour nourrir sa nichée, et elle se dit qu’elle n’aurait jamais le temps.
Alors elle pensa au cochon, qui ne savait que faire de ses journées, au chat, qui n’avait rien à faire du tout, et au gros rat et à ses heures oisives. Elle appela bien fort.
— Qui veut semer le grain ?
— Pas moi, dit le cochon.
— Pas moi, dit le chat.
— Pas moi, dit le rat.
— Eh bien, dit la petite poule rousse, je le ferai moi-même.

Et elle le fit.
Les longues journées d’été passèrent. Elle grattait la terre et nourrissait ses petits comme toujours, pendant que le cochon grossissait, que le chat grossissait, que le rat grossissait, et que le blé montait, montait, jusqu’à devenir haut et doré.
Un matin, la petite poule rousse remarqua combien la plante était grande et combien les épis étaient mûrs. Elle courut à travers la basse-cour en appelant d’une voix claire.
— Qui veut couper le blé ?
— Pas moi, dit le cochon.
— Pas moi, dit le chat.
— Pas moi, dit le rat.
— Eh bien, dit la petite poule rousse, je le ferai moi-même.
Et elle le fit.
Elle alla chercher la faucille parmi les outils du fermier, au fond de la grange, et elle coupa la belle plante de blé jusqu’au dernier épi.

Le blé coupé attendait par terre, prêt à être ramassé et battu. Mais voilà que les plus jeunes poussins, les plus jaunes et les plus duveteux, se mirent à piailler de toutes leurs forces pour annoncer à la terre entière, et à leur mère en particulier, qu’on les oubliait.
Pauvre petite poule rousse ! Elle ne savait plus où donner de la tête.
D’un côté la tiraient ses enfants, de l’autre ce blé dont elle se sentait responsable.
Elle appela pourtant, d’une voix pleine d’espoir.
— Qui veut battre le blé ?
— Pas moi, grogna le cochon.
— Pas moi, miaula le chat.
— Pas moi, couina le rat.
La petite poule rousse était un peu découragée, il faut bien le dire.
— Eh bien, dit la petite poule rousse, je le ferai moi-même.
Et elle le fit.
Il fallut d’abord nourrir les petits, bien sûr, et attendre qu’ils soient tous endormis pour la sieste. Alors seulement elle sortit battre le blé. Puis elle appela de nouveau.
— Qui veut porter le blé au moulin ?
Les trois compères lui tournèrent le dos d’un air réjoui.
— Pas moi, dit le cochon.
— Pas moi, dit le chat.
— Pas moi, dit le rat.
— Eh bien, dit la petite poule rousse, je le ferai moi-même.
Et elle le fit.
Elle chargea le sac de blé sur son dos et prit la longue route du moulin. Là-bas, elle fit moudre son grain en une belle farine bien blanche, et, quand le meunier la lui apporta, elle revint jusqu’à sa basse-cour à petits pas.
Malgré sa charge, elle trouva encore le moyen d’attraper un ver bien juteux de temps en temps, et il lui en restait un pour les petits à son arrivée. Les mignonnes boules de duvet furent si heureuses de revoir leur mère ! Pour la première fois, elles comprirent vraiment tout ce qu’elle faisait pour elles.
Après une journée pareille, la petite poule rousse alla dormir plus tôt que d’habitude, bien avant l’heure où le ciel se colore pour le coucher du soleil.
Elle aurait volontiers fait la grasse matinée. Mais ses poussins se joignirent au concert du matin, et il fallut renoncer à ce luxe.
À peine avait-elle entrouvert un œil que la pensée lui vint : aujourd’hui, ce blé devait devenir du pain, d’une manière ou d’une autre.
Elle n’avait pas l’habitude de faire le pain. Mais n’importe qui y arrive en suivant la recette avec soin, et elle savait très bien qu’elle en serait capable s’il le fallait.
Elle nourrit donc ses enfants, les débarbouilla pour la journée, puis elle partit trouver le cochon, le chat et le rat. Elle était toujours sûre qu’un jour ils finiraient par l’aider.
— Qui veut faire le pain ?
— Pas moi, dit le cochon.
— Pas moi, dit le chat.
— Pas moi, dit le rat.
Hélas pour la petite poule rousse ! Une fois de plus, ses espoirs s’envolèrent.
— Eh bien, dit la petite poule rousse, je le ferai moi-même.
Et elle le fit.
Elle mit un tablier propre et une toque de cuisinière sans une tache. Elle prépara d’abord la pâte, comme il se doit, et la laissa lever. Puis elle sortit la planche et les moules, façonna la pâte, la partagea en beaux pains et les enfourna.
Pendant tout ce temps, le chat resta assis à côté, à rire dans son coin.
Tout près de là, le rat, très fier de lui, se poudrait le bout du nez devant un miroir.

Et plus loin, on entendait les longs ronflements du cochon assoupi.
Enfin, le grand moment arriva. Une odeur délicieuse sortit du four et s’en alla flotter dans la brise d’automne. Dans toute la basse-cour, les animaux levèrent le nez et humèrent l’air avec ravissement.
La petite poule rousse s’approcha du four à petits pas tranquilles. Elle avait l’air parfaitement calme. En vérité, elle se retenait à grand-peine de danser et de chanter : tout ce travail, n’était-ce pas elle, et elle seule, qui l’avait fait ?
Personne dans la basse-cour n’était plus impatient qu’elle.
Elle ne savait pas encore si le pain serait bon. Mais quand les beaux pains dorés sortirent du four, quelle joie : ils étaient réussis à la perfection.
Alors, par habitude sans doute, la petite poule rousse appela.
— Qui veut manger le pain ?
Tous les animaux de la basse-cour regardaient d’un air affamé et se léchaient déjà les babines.
— Moi, dit le cochon.
— Moi, dit le chat.
— Moi, dit le rat.
Mais la petite poule rousse répondit.
— Non, pas vous. Moi.
Et elle le fit.
Adapté par Talerie, Source : The Little Red Hen (s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)
Licence : Domaine publicCopiez ce texte, adaptez-le, utilisez-le comme bon vous semble. Un lien vers Talerie nous fait plaisir, mais il n’est pas obligatoire.CC0 1.0 (s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)
