
Aladdin et la Lampe merveilleuse
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Aladdin, fils d’un pauvre tailleur de Chine, joue du matin au soir dans les rues. Un magicien venu d’Afrique se dit son oncle et l’emmène dans un vallon désert, où la terre s’ouvre sur une pierre à anneau de bronze. Seul le garçon peut la soulever et descendre chercher la lampe qui brûle en bas.
Il était une fois, dans la capitale d’un royaume de Chine, un pauvre tailleur nommé Mustafa. Son fils Aladdin ne voulait rien apprendre et passait ses journées à jouer dans les rues. Mustafa en eut tant de chagrin qu’il en mourut, et sa veuve se mit à filer du coton pour gagner leur pain.
Aladdin avait quinze ans quand un étranger s’arrêta pour le regarder jouer. C’était un magicien venu d’Afrique, qu’on appelle simplement le magicien africain. Il prit le garçon à part.
— Mon fils, ton père n’est-il pas Mustafa le tailleur ?
— Si, monsieur, mais il est mort depuis longtemps.
Le magicien se jeta à son cou en pleurant : il était, disait-il, le frère de Mustafa, revenu de très loin. Il vint souper chez la veuve, baisa en sanglotant la place où son frère s’asseyait, promit au garçon une boutique de belles étoffes et l’habilla de neuf. La mère le crut sur parole.
Le surlendemain, il emmena Aladdin loin hors de la ville, jusqu’à un vallon désert entre deux montagnes. Là, il alluma un feu, y jeta un parfum et prononça des mots magiques. La terre s’ouvrit sur une large pierre munie d’un anneau de bronze. Aladdin voulut s’enfuir. Le magicien le frappa si fort qu’il le jeta à terre, puis il se radoucit.

— N’aie pas peur, mon fils. Sous cette pierre dort un trésor qui te rendra plus riche que les rois. Toi seul peux la soulever : à moi, il est défendu d’y toucher.
Aladdin tira l’anneau en disant le nom de son père et de son grand-père, et la pierre se souleva sans peine.
— Écoute bien, dit le magicien. Tu traverseras trois salles pleines de vases d’or. N’y touche pas, et ne frôle aucun mur, ou tu mourras. Au bout d’un jardin, sur une terrasse, une lampe brûle dans une niche. Éteins-la, vide-la et rapporte-la-moi. Les fruits du jardin, tu peux les cueillir.
Il lui passa au doigt son propre anneau, pour le protéger, disait-il.
Aladdin obéit en tout. En revenant avec la lampe, il s’arrêta dans le jardin. Les arbres portaient des fruits blancs, rouges, verts, bleus, transparents comme le cristal : des perles, des rubis, des émeraudes, des diamants. Aladdin les prit pour du verre de couleur et en remplit ses poches, deux bourses et sa ceinture. Puis il remonta vers l’entrée.
— Mon oncle, donnez-moi la main pour monter.
— Donne-moi d’abord la lampe.
— Je vous la donnerai quand je serai sorti.
La lampe était coincée sous tous ces fruits, et Aladdin ne voulut pas céder. Fou de rage, le magicien jeta du parfum sur le feu et dit deux mots magiques. La pierre retomba, la terre se referma, et il repartit le jour même pour l’Afrique.
Car le magicien n’était pas son oncle. En lisant dans le sable, il avait appris qu’une lampe cachée sous la terre de Chine le rendrait plus puissant qu’aucun roi, mais qu’un autre devait la chercher pour lui. Il avait oublié son anneau au doigt d’Aladdin.
Aladdin resta deux jours dans le noir. Le troisième, croyant mourir, il joignit les mains :
— Il n’y a de force et de puissance qu’en Dieu, le Très-Haut, le Très-Grand !
Ce faisant, il frotta l’anneau sans le savoir. Un génie énorme, au regard effrayant, surgit de terre et dit :
Que veux-tu ? Me voici, ton esclave, et j’obéis.

— Fais-moi sortir d’ici ! cria Aladdin.
La terre s’ouvrit, et il se retrouva dehors. Rentré chez sa mère, il lui raconta tout et lui montra la lampe et les fruits de couleur. Elle les prit pour des babioles.
Le lendemain, il n’y avait plus rien à manger, et Aladdin voulut vendre la lampe. Comme elle était sale, sa mère se mit à la frotter avec du sable. Un génie hideux et gigantesque se dressa devant elle et dit d’une voix de tonnerre :
Que veux-tu ? Me voici, ton esclave, et j’obéis.

La pauvre femme tomba évanouie. Aladdin saisit la lampe.
— J’ai faim, dit-il. Apporte-nous à manger.
Le génie revint avec un grand plateau d’argent, douze plats d’argent couverts, des pains blancs et du vin. L’odeur réveilla la mère, et ils se régalèrent jusqu’au soir. Aladdin lui expliqua qu’il y avait deux génies, l’esclave de l’anneau et celui de la lampe. Elle les traita de démons et ne voulut plus en entendre parler.
Les provisions épuisées, Aladdin vendit les plats un par un à un marchand rusé, qui ne lui en donnait chaque fois qu’une pièce d’or. Le dernier vendu, Aladdin frotta la lampe, et le génie parut :
Que veux-tu ? Me voici, ton esclave, et j’obéis.
— J’ai faim. Apporte-moi à manger.
Un jour qu’Aladdin allait vendre un nouveau plat, un vieil orfèvre honnête l’arrêta, pesa le plat et le lui paya soixante-douze pièces d’or.
— Ah, le voleur ! s’écria l’orfèvre en apprenant ce que donnait l’autre.
Aladdin et sa mère vécurent ainsi des années, simplement. Il fréquentait les grands marchands et prenait leurs manières. Chez les joailliers, il comprit enfin que ses fruits de verre étaient des pierres précieuses, plus belles que toutes les leurs. Il n’en dit rien à personne.
Un jour, un crieur ordonna à chacun de rester chez soi : la princesse Badroulboudour, fille du sultan, allait au bain. Aladdin se cacha derrière la porte des bains. Arrivée près de lui, la princesse ôta son voile. Elle avait de grands yeux vifs et doux et un port de reine. Aladdin en tomba éperdument amoureux.
— Ma mère, dit-il le lendemain, va demander pour moi sa main au sultan.
Sa mère éclata de rire. Le fils d’un tailleur ! Et elle n’avait rien à offrir au sultan. Alors Aladdin lui révéla ce que valaient les fruits de verre et les rangea dans un plat de porcelaine. Leur éclat éblouissait. La pauvre femme tremblait, mais elle aimait son fils. Elle accepta.
Elle porta le plat dans la grande salle où le sultan rendait la justice et se tint debout en face du trône. Personne ne l’appela. Elle revint sept jours de suite. Le sultan finit par la remarquer, et le grand vizir supposa qu’elle venait se plaindre de mauvaise farine.
La fois suivante, le sultan la fit approcher. Elle se prosterna, demanda pardon d’avance pour son audace, dit tout et découvrit le plat.
— Ah, que c’est beau ! s’écria le sultan. Vizir, un tel présent n’est-il pas digne de ma fille ?

Le grand vizir pâlit, car le sultan lui avait presque promis la princesse pour son fils. Le vizir pria tout bas le sultan d’attendre trois mois, le temps de trouver mieux. Le sultan accepta et fit dire à Aladdin que les noces se feraient dans trois mois.
Deux mois plus tard, la mère d’Aladdin, sortie acheter de l’huile, trouva la ville en fête : le fils du grand vizir épousait la princesse le soir même. La mère rentra en courant.
— Le fils du grand vizir ne sera peut-être pas aussi heureux cette nuit qu’il le croit, dit seulement Aladdin.
Dans sa chambre, il frotta la lampe, et le génie parut :
Que veux-tu ? Me voici, ton esclave, et j’obéis.
— Dès que les nouveaux mariés seront couchés, apporte-les-moi, avec leur lit.
Le lit s’envola aussitôt avec les deux époux. Sur l’ordre d’Aladdin, le génie enferma le marié, en chemise, dans le cabinet d’aisances et souffla sur lui : le malheureux ne put plus bouger jusqu’au matin. Aladdin se coucha près de la princesse terrifiée, le dos tourné, un sabre posé entre elle et lui.
À l’aube, le génie rapporta le lit au palais, avec le marié grelottant. La princesse se tut devant son père ; la sultane, à qui elle confia tout, n’y vit qu’un mauvais rêve. Le soir, Aladdin frotta de nouveau la lampe, et le génie parut :
Que veux-tu ? Me voici, ton esclave, et j’obéis.
— Apporte-moi le lit, comme hier.
Le lendemain, le sultan porta la main à son sabre pour forcer sa fille à parler, et elle lui raconta tout en pleurant. Le fils du grand vizir avoua avoir passé deux nuits debout dans un réduit glacé, sans pouvoir remuer un doigt, et supplia qu’on annule le mariage. Le sultan l’annula. Personne ne pensa à Aladdin.
Les trois mois passés, la mère d’Aladdin revint, pauvrement vêtue. Le sultan hésita, et le grand vizir lui souffla de fixer un prix impossible.
— Je tiendrai parole, déclara le sultan, quand votre fils m’aura envoyé quarante bassins d’or massif remplis de pierres comme les vôtres, portés par quarante esclaves noirs que conduiront quarante esclaves blancs, tous jeunes et richement vêtus.
La mère rentra en riant de la folie de son fils. Mais Aladdin appela le génie, et un instant plus tard quatre-vingts esclaves remplissaient la petite maison, les quarante noirs portant chacun sur la tête un bassin d’or plein de pierreries. Deux par deux, le cortège traversa la ville émerveillée jusqu’au trône du sultan.
Le sultan en eut le souffle coupé, et le grand vizir se tut.
— Dites à votre fils que je l’attends à bras ouverts, dit le sultan à la mère d’Aladdin.
Aladdin demanda au génie un bain, un habit digne d’un roi, un cheval superbe, quarante esclaves et dix bourses d’or, qu’on jeta en partie à la foule. Personne ne reconnaissait plus le gamin des rues.
Le sultan l’embrassa, et le contrat de mariage fut signé le jour même. Aladdin voulut seulement bâtir d’abord, en face du palais du sultan, une demeure digne de la princesse.
En une seule nuit, le génie éleva le palais. Tout en haut, sous une coupole, s’ouvrait une salle aux vingt-quatre fenêtres dont les treillages étaient couverts de diamants, de rubis et d’émeraudes. Aladdin avait voulu qu’une seule reste inachevée.
Le soir, la princesse Badroulboudour quitta son père en pleurant et marcha jusqu’au nouveau palais sur un tapis de velours, à la lueur des flambeaux. Elle trouva Aladdin si beau qu’elle lui dit :
— Prince, j’obéis à mon père, et il me suffit de vous avoir vu pour lui obéir de bon cœur.
Le lendemain, le sultan s’étonna de la fenêtre inachevée.
— C’est exprès, Sire, dit Aladdin. Je voulais que Votre Majesté ait la gloire de la terminer.

Les joailliers du sultan y usèrent toutes les pierres du trésor royal, puis celles du grand vizir, et au bout d’un mois ils n’avaient pas fait la moitié de l’ouvrage. Aladdin leur fit tout défaire, puis il frotta la lampe, et en un instant la fenêtre fut pareille aux vingt-trois autres.
— Mon fils, quel homme êtes-vous donc ? s’écria le sultan.
Les années passèrent. Généreux envers les pauvres, vainqueur d’une révolte, Aladdin était plus aimé du peuple que le sultan lui-même.
En Afrique, le magicien consulta son sable et découvrit qu’Aladdin vivait, riche et marié à une princesse. Fou de rage, le magicien partit pour la Chine. Là, il apprit qu’Aladdin était parti chasser pour huit jours, et acheta une douzaine de lampes de cuivre neuves, puis s’en alla crier devant le palais :
— Qui veut changer de vieilles lampes pour des neuves ?
Les enfants le huaient, les passants le prenaient pour un fou. Lui criait de plus belle :
— Qui veut changer de vieilles lampes pour des neuves ?

Une servante de la princesse se souvint de la vieille lampe qu’Aladdin avait posée sur la corniche de la grande salle avant de partir. La princesse, qui ignorait le pouvoir de la lampe, trouva la plaisanterie amusante et fit échanger la vieille lampe.
Le magicien glissa la lampe dans sa robe et quitta la ville. La nuit venue, il frotta la lampe, et le génie parut :
Que veux-tu ? Me voici, ton esclave, et j’obéis.
— Porte ce palais en Afrique, avec tous ceux qui y vivent, et moi avec.
Au matin, le sultan ne vit plus qu’une place vide. Le palais avait disparu, et sa fille avec. Le sultan fit ramener Aladdin enchaîné. On lui banda les yeux, et le bourreau leva son sabre. Mais le peuple, qui aimait Aladdin, escaladait déjà les murs, et le sultan, effrayé, lui fit grâce.
— Ramenez-moi ma fille dans quarante jours, ou vous perdrez la tête, dit-il.
Aladdin erra trois jours. Le troisième soir, désespéré, il voulut se jeter dans une rivière. Il s’agenouilla d’abord pour se laver avant la prière, glissa et se rattrapa à un rocher. Ce faisant, il frotta l’anneau, et le génie parut :
Que veux-tu ? Me voici, ton esclave, et j’obéis.
— Rapporte mon palais à sa place !
— Je ne le peux pas, répondit le génie de l’anneau. Ce qu’a fait l’esclave de la lampe, lui seul peut le défaire.
— Alors porte-moi sous les fenêtres de la princesse.
En un instant, Aladdin fut en Afrique, devant son palais. Au matin, une servante l’aperçut, et la princesse lui fit ouvrir la porte secrète. Ils s’embrassèrent en pleurant. Elle s’accusa d’avoir donné la lampe, mais il prit la faute sur lui.
Le magicien, lui apprit-elle, portait la lampe contre sa poitrine et venait chaque jour la presser de l’épouser, en jurant qu’Aladdin était mort. Aladdin alla en ville vêtu en paysan, acheta une poudre chez un droguiste et revint expliquer son plan.
Le soir, la princesse se para de ses plus beaux bijoux et sourit au magicien pour la première fois.
— Mes larmes ne feront pas revivre Aladdin, lui dit-elle. Soupons ensemble. J’aimerais tant goûter le vin d’Afrique.
Ravi, le magicien courut chercher son meilleur vin. La princesse versa la poudre dans une coupe qu’elle se fit servir à la fin du repas.
— Chez nous, en Chine, ceux qui s’aiment échangent leurs coupes, dit-elle.

Fou de bonheur, le magicien vida d’un trait celle qu’elle lui tendait et tomba à la renverse, mort.
Aladdin monta, reprit la lampe sur la poitrine du magicien et la frotta. Le génie parut :
Que veux-tu ? Me voici, ton esclave, et j’obéis.
— Rapporte ce palais en Chine, à sa place.
À l’aube, le sultan, qui venait chaque matin pleurer devant la place vide, vit le palais revenu. Il serra sa fille dans ses bras et demanda pardon à Aladdin. Le corps du magicien fut jeté hors de la ville, aux bêtes et aux oiseaux, et il y eut dix jours de fêtes.
Mais le magicien avait un frère cadet, plus méchant encore. Le cadet lut dans son sable que son frère avait été empoisonné en Chine, et il partit le venger. Dans la capitale, on lui parla de Fatime, une sainte femme qui vivait dans un ermitage et guérissait les maux de tête en posant les mains sur le front.
Une nuit, il entra chez elle, un poignard à la main, et l’obligea à lui donner sa robe et son voile. Il avait juré de lui laisser la vie, mais il ne tint pas parole : il l’étrangla et jeta son corps dans la citerne de l’ermitage.
Le lendemain, la fausse Fatime passa devant le palais. La princesse, qui était bonne et croyait tout le monde bon comme elle, la fit monter et la pria de rester.
— Cette salle est admirable, Princesse, dit l’imposteur. Il n’y manque qu’un œuf de roc suspendu sous la coupole. Le roc est un oiseau immense, qui vit tout en haut du Caucase.
Le soir, Aladdin rentra de la chasse et la princesse lui parla de l’œuf. Il frotta la lampe, qu’il portait désormais toujours sur lui. Mais quand il demanda l’œuf, le génie poussa un cri si terrible que la salle trembla.
— Misérable ! Tu veux que je pende mon maître sous ta coupole ? Vous mériteriez d’être réduits en cendres, toi, ta femme et ton palais ! Mais l’idée vient du frère du magicien africain, déguisé en Fatime, qu’il a tuée. Il veut ta mort. Prends garde !
Aladdin se plaignit d’un terrible mal de tête, et la princesse fit appeler la sainte femme. Quand la fausse Fatime s’approcha, Aladdin la vit glisser la main vers un poignard caché sous sa robe. Il lui saisit le poignet et frappa le premier, en plein cœur : l’imposteur tomba mort.
— Vous avez tué la sainte femme ! s’écria la princesse.
— Non, ma princesse, dit Aladdin en arrachant le voile. Voici le frère du magicien. C’est lui qui a tué Fatime, et il voulait me tuer.
C’est ainsi qu’Aladdin fut délivré des deux frères magiciens. Quelques années plus tard, le sultan mourut, très vieux. Comme il n’avait pas de fils, la princesse Badroulboudour lui succéda et partagea le pouvoir avec Aladdin. Ils régnèrent ensemble de longues années et laissèrent de nombreux descendants.
Adapté par Talerie, source : Les Mille et Une Nuits (s’ouvre dans une nouvelle fenêtre) Domaine public Copiez ce texte, adaptez-le, utilisez-le comme bon vous semble. Un lien vers Talerie nous fait plaisir, mais il n’est pas obligatoire. CC0 1.0 (s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)

