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Un bûcheron barbu en robe claire lève la main vers une fente lumineuse ouverte dans un rocher, deux ânes chargés de bois derrière lui dans une forêt sombre.

Ali Baba et les quarante voleurs

Antoine Galland

15 min de lecture à partir de 8 ans

Ali Baba vend en ville le bois qu’il coupe et n’a que trois ânes pour toute fortune. Perché dans un arbre, il voit quarante cavaliers armés s’arrêter devant un rocher, où leur chef ouvre une porte en disant : « Sésame, ouvre-toi. » Quand la troupe est loin, il descend et dit les mêmes mots.


Dans une ville de Perse vivaient deux frères. Cassim, l’aîné, épousa une femme riche et devint un gros marchand. Ali Baba, le cadet, vendait en ville le bois qu’il coupait dans la forêt, avec trois ânes pour toute fortune.

Un matin, il chargeait son bois quand il vit un nuage de poussière sur la route : une troupe de cavaliers approchait au galop.

Ali Baba n’attendit pas d’en savoir plus. Il laissa ses ânes et grimpa dans un gros arbre, au pied d’un rocher trop lisse pour être escaladé. De là, il voyait sans être vu.

Les cavaliers mirent pied à terre : ils étaient quarante. À leurs armes, Ali Baba comprit à qui il avait affaire. Chacun prit sur sa selle une lourde sacoche.

Perché sur une grosse branche, un homme en robe blanche serre sa hache et observe des dizaines de cavaliers en turban rassemblés en contrebas devant un rocher.

Leur chef écarta les broussailles au pied du rocher et dit d’une voix claire :

— Sésame, ouvre-toi.

Une porte s’ouvrit dans la pierre. Le capitaine fit passer ses hommes devant lui, entra le dernier, et la porte se referma.

Longtemps après, la porte se rouvrit et les voleurs sortirent. Quand tous furent dehors, le capitaine se tourna vers le rocher :

— Sésame, referme-toi.

La pierre se referma sans laisser de trace, et la troupe s’éloigna par où elle était venue.

Ali Baba attendit longtemps encore, puis descendit, écarta les broussailles et se planta devant la pierre.

— Sésame, ouvre-toi, dit-il.

La porte s’ouvrit toute grande. Il s’attendait à un trou noir : il trouva une salle vaste et claire, éclairée par une ouverture en haut du rocher.

Il y avait là des étoffes de soie, des tapis précieux, et surtout de l’or et de l’argent dans de gros sacs de cuir. Il comprit que des voleurs s’en servaient de repaire depuis des siècles.

Il entra. La porte se referma derrière lui, mais il savait le mot. Il laissa l’argent, prit assez d’or pour charger ses ânes et le cacha sous son bois.

Agenouillé dans une grotte, un homme en robe blanche remplit un sac de pièces d’or répandues à terre, entre des coffres et des ballots, sous un rai de jour.

— Sésame, referme-toi.

Chez lui, il posa les sacs devant sa femme. Elle les tâta, sentit les pièces sous la toile et pâlit.

— N’aie pas peur, dit-il. Je ne suis pas un voleur, à moins que prendre aux voleurs soit voler.

Il vida les sacs. L’or fit un tas si beau qu’elle en resta éblouie. Il lui raconta tout et lui recommanda le secret.

Elle voulut compter les pièces. Ali Baba haussa les épaules : elle y passerait des jours. Il creuserait un trou dans la cour pendant qu’elle emprunterait une mesure.

Dans une cour, un homme appuyé sur une pelle regarde sa femme agenouillée vider un sac : un tas de pièces d’or luit sur le sol devant une fenêtre éclairée.

Elle courut chez sa belle-sœur, qui connaissait leur pauvreté et voulut savoir quel grain on mesurait chez eux. Avant de tendre la mesure, la belle-sœur en enduisit le dessous de suif.

La femme d’Ali Baba mesura tout le tas, puis rapporta la mesure sans voir qu’une pièce d’or s’était collée dessous.

À peine avait-elle tourné le dos que sa belle-sœur retourna la mesure. Une pièce d’or y était collée. Le soir, elle la montra à son mari.

Une femme en robe brodée et bracelets d’or tient à bout de bras une mesure de bois retournée : une pièce d’or est collée dessous dans une traînée de graisse.

— Tu te crois riche, Cassim, dit-elle. Ton frère l’est bien plus que toi. Toi, tu comptes ton or. Lui, il le mesure.

Cassim ne reconnut même pas l’effigie de cette vieille pièce. Il en conçut une jalousie qui l’empêcha de dormir, et avant le jour il était chez son frère.

— Tu fais le gueux, dit-il, et tu mesures ton or au boisseau ! Dis-moi où tu l’as pris et comment on y entre, ou je te dénonce.

Le secret était éventé. Ali Baba avoua tout, offrit à Cassim la moitié du trésor et lui apprit les paroles.

Dès le lendemain, Cassim partit avec dix mulets chargés de coffres, décidé à tout prendre pour lui. Il trouva la porte et dit :

— Sésame, ouvre-toi.

Il entra, la porte se referma. Devant tant de richesses, il oublia presque pourquoi il était venu. Puis il chargea ses bras de sacs, revint à la porte et ne retrouva plus le mot.

— Orge, ouvre-toi, dit-il.

La porte ne bougea pas.

— Blé, ouvre-toi. Avoine, ouvre-toi.

Elle resta close. Il essaya tous les grains qu’il connaissait, et plus il cherchait, plus le mot lui échappait. Il jeta ses sacs et marcha d’un mur à l’autre.

Vers midi, les voleurs revinrent. En apercevant les mulets autour du rocher, ils accoururent, et les bêtes mal attachées s’enfuirent dans la forêt.

Mais ce n’étaient pas elles qu’ils voulaient. Le capitaine mit pied à terre, le sabre à la main, et prononça les paroles.

— Sésame, ouvre-toi.

Cassim avait entendu les chevaux. Dès que la porte s’ouvrit, il s’élança si brusquement qu’il jeta le capitaine à terre. Mais les autres voleurs étaient là, et ils tuèrent Cassim sur-le-champ.

Les voleurs remirent en place les sacs posés près de la porte, sans s’apercevoir qu’il manquait ceux qu’Ali Baba avait emportés. Comment cet homme était-il entré ? Ils se croyaient seuls à savoir le mot.

Pour effrayer quiconque reviendrait, ils coupèrent le corps en quatre, le laissèrent près de la porte et s’en allèrent courir les routes.

À la nuit, la femme de Cassim s’inquiéta et courut chez Ali Baba, qui la rassura de son mieux. Elle pleura jusqu’au matin sans oser crier, puis revint : ses larmes parlèrent pour elle.

Ali Baba partit aussitôt avec ses trois ânes. Près du rocher, il ne vit ni son frère ni les mulets. Ce silence l’effraya. Il se planta devant la porte.

— Sésame, ouvre-toi.

Ce qu’il aperçut en entrant lui apprit que Cassim n’était plus, et Ali Baba détourna les yeux. Il ne songea plus qu’aux derniers devoirs.

Il enveloppa le corps, en fit deux paquets et les chargea sur un âne, sous du bois. Les deux autres portèrent de l’or, et il rentra de nuit.

Il ne fit entrer chez lui que les ânes chargés d’or et mena le troisième chez sa belle-sœur. Morgiane, la servante, vint ouvrir : il la savait habile entre toutes.

— Ton maître est dans ces deux paquets, dit-il. Il faut l’enterrer comme s’il était mort dans son lit, et garder le secret.

La veuve avait tout entendu. Il lui promit une place sous son toit tant qu’elle vivrait, si elle gardait le secret et laissait faire Morgiane.

Morgiane ne perdit pas une minute. Deux jours de suite, elle courut chez l’apothicaire chercher des remèdes pour un malade désespéré. Quand les cris s’élevèrent, nul ne s’en étonna.

Avant l’aube, elle alla trouver le vieux savetier Baba Moustafa. Deux pièces d’or le décidèrent à prendre ses aiguilles et à se laisser bander les yeux.

Dans une ruelle bleutée avant le jour, une servante en tablier blanc conduit par la main un vieil homme aux yeux bandés qui tient ses aiguilles et son fil.

Elle le mena chez son maître et ne lui ôta le bandeau que dans la chambre où reposait le corps.

— C’est pour recoudre ce qui doit l’être que je vous ai amené, dit-elle.

L’ouvrage fait, elle lui rebanda les yeux, le paya et le ramena au même endroit, puis le suivit du regard jusqu’au bout de la rue.

Ali Baba lava son frère et l’ensevelit selon la coutume. Quatre voisins portèrent la bière au cimetière derrière l’imam, et personne ne soupçonna rien.

Peu après, Ali Baba s’établit dans la maison de son frère et donna la boutique à son fils.

Au jour dit, les voleurs rentrèrent dans leur grotte. Le corps avait disparu, et il manquait des sacs d’or.

— Celui que nous avons surpris ici n’était pas seul à savoir le mot, dit le capitaine. Si nous n’y prenons garde, nous perdrons tout. Qui ira ? Celui qui échouera le paiera de sa vie.

Un voleur partit pour la ville, en habit de voyageur, pour savoir qui était le mort et où il demeurait. Une seule boutique était ouverte si tôt : celle de Baba Moustafa, qu’il plaisanta sur ses vieux yeux.

— Vieux comme je suis, j’ai d’excellents yeux, répondit le savetier. La preuve : il n’y a pas longtemps, j’ai recousu un mort dans un endroit plus sombre qu’ici.

Le voleur eut peine à cacher sa joie. Deux pièces d’or firent le reste : le savetier refit le chemin les yeux bandés et s’arrêta devant une porte.

C’était la maison d’Ali Baba. Le voleur y fit une marque à la craie et repartit vers la forêt.

Peu après, Morgiane sortit pour une course. En rentrant, elle vit la marque blanche et s’arrêta net.

« Quelqu’un veut-il du mal à mon maître, se demanda-t-elle, ou s’amuse-t-on ? Dans le doute, prenons nos précautions. »

Elle prit de la craie et marqua de même deux ou trois portes au-dessus et au-dessous, puis rentra sans rien dire.

Le soir, les voleurs entrèrent en ville par petits groupes. Mais leur guide trouva six portes marquées de blanc et ne sut plus laquelle était la bonne. Il paya sa faute de sa vie.

Un autre se présenta, sûr de faire mieux, et marqua la porte de rouge dans un coin moins visible. Mais rien n’échappait à Morgiane, et il eut le sort du premier.

Le capitaine avait perdu deux hommes. Il se fit conduire lui-même, ne marqua rien, et regarda la maison jusqu’à ne plus pouvoir la confondre.

De retour à la grotte, il exposa son plan. Ses hommes achetèrent dix-neuf mulets et trente-huit jarres de cuir, une pleine d’huile et les autres vides.

Chaque voleur se glissa dans une jarre avec ses armes. Le capitaine les referma en laissant de quoi respirer, puis les frotta d’huile : on les aurait crues pleines.

Les mulets chargés, il arriva en ville à la nuit. Il trouva Ali Baba devant sa porte, se dit marchand d’huile venu pour le marché et demanda à loger là.

Ali Baba l’avait vu dans la forêt et entendu sa voix. Mais comment reconnaître le capitaine des voleurs sous l’habit d’un marchand d’huile ? Il le fit entrer et le retint à souper.

Avant de se coucher, il prévint Morgiane qu’il irait au bain avant le jour et lui demanda un bouillon pour son retour.

Le capitaine ressortit dans la cour comme pour voir ses mulets. Il alla de jarre en jarre et dit tout bas :

— Quand je jetterai de petites pierres depuis ma fenêtre, fendez la jarre avec votre couteau et sortez.

Puis il se coucha tout habillé.

Morgiane, cependant, mit le pot au feu. Elle l’écumait quand la lampe s’éteignit, faute d’huile. Abdalla, l’esclave, lui conseilla d’en prendre dans une jarre.

Elle prit sa cruche et descendit. Comme elle approchait de la première jarre, une voix en sortit, tout bas :

— Est-il temps ?

Une autre qu’elle aurait crié. Morgiane comprit tout en un instant, et répondit du ton du marchand :

— Pas encore, mais bientôt.

Elle passa à la jarre suivante. Même question, même réponse. Et ainsi jusqu’à la dernière, qui seule était pleine d’huile.

Une servante en tablier blanc, une cruche à la main, se penche pour écouter entre deux longues rangées de grandes jarres, dans une cour nocturne.

Son maître avait donc logé trente-sept voleurs et leur capitaine. Elle emplit sa cruche, ralluma la lampe, puis mit sur le feu la plus grande chaudière, pleine d’huile.

Quand l’huile bouillit, elle en versa dans chaque jarre, de la première à la dernière, assez pour qu’aucun ne bouge plus.

Puis elle revint sans bruit à la cuisine, éteignit le feu, souffla la lampe et guetta à la fenêtre.

Un quart d’heure plus tard, le capitaine s’éveilla. Pas une lumière, pas un bruit. Il jeta ses petites pierres sur les jarres, une fois, deux fois, trois fois. Rien ne bougea.

Alors il descendit dans la cour et sentit, dès la première jarre, l’odeur de l’huile brûlée. Son coup était manqué. Il s’enfuit par le jardin, par-dessus les murs.

Morgiane attendit encore un peu, puis, la maison en sûreté, alla dormir.

Ali Baba alla au bain avant le jour, sans se douter de rien. À son retour, les jarres étaient encore là, et Morgiane le mena à la première.

Il se pencha, aperçut un homme et recula en jetant un grand cri.

— N’ayez pas peur, dit-elle. Celui-là ne fera plus de mal à personne.

Elle lui fit regarder les autres jarres, puis lui raconta sa nuit.

— Une voix m’a demandé : « Est-il temps ? » et j’ai répondu : « Pas encore, mais bientôt. » Votre marchand n’est pas plus marchand que moi. Et notre porte avait été marquée de blanc, puis de rouge : chaque fois, j’ai marqué celles des voisins.

Ali Baba lui prit les mains.

— Je te dois la vie, dit-il. Te voilà libre dès aujourd’hui, et je ne m’en tiendrai pas là.

Au fond du jardin, il creusa avec Abdalla une fosse profonde, y coucha les voleurs et referma la terre si bien qu’on n’y voyait rien.

Le capitaine était rentré seul dans sa grotte, et cette solitude lui parut affreuse. Ce qu’il n’avait pas su faire à quarante, il le ferait seul.

Sous le nom de Cogia Houssain, il revint en ville et loua une boutique, juste en face de celle de Cassim, où travaillait le fils d’Ali Baba.

Il se lia d’amitié avec le jeune homme et le régala souvent. Le fils voulut rendre l’invitation, mais son logement était trop étroit, et il en parla à son père.

Ali Baba lui conseilla de se promener avec son ami le vendredi et de le ramener par chez lui, plutôt que de l’inviter en règle.

Ainsi fut fait. Cogia Houssain se défendit pour la forme, et le jeune homme le fit entrer presque malgré lui. Ali Baba le retint à souper.

— Ne le prenez pas mal si je refuse, répondit l’hôte. Je ne mange ni viande ni ragoût où il y ait du sel.

— Si ce n’est que cela, dit Ali Baba, vous resterez. Je vais donner mes ordres.

Morgiane reçut ces ordres à contrecœur, curieuse de voir ce convive si difficile. En portant les plats, elle le reconnut malgré son déguisement et vit le poignard caché sous son habit.

« Je ne m’étonne plus qu’il refuse le sel de mon maître, se dit-elle. C’est son pire ennemi, et il en veut à sa vie. Je l’en empêcherai. »

Au dessert, elle posa le vin près d’Ali Baba, puis sortit avec Abdalla. Le faux marchand crut le moment venu : il ferait boire les deux hommes et s’enfuirait par le jardin.

Mais Morgiane ne lui en laissa pas le temps. Elle passa un costume de danseuse, attacha un poignard à sa ceinture et se masqua le visage.

— Abdalla, prends ton tambour de basque, dit-elle. Allons donner à l’hôte de notre maître le divertissement de la maison.

Abdalla entra le premier en jouant, Morgiane le suivit, et Ali Baba pria son hôte de juger ce qu’elle savait faire.

Une danseuse masquée tournoie, un poignard à la ceinture ; trois hommes attablés, dont un richement paré, la regardent et un musicien joue du tambourin.

Elle dansa comme n’aurait pas dansé une danseuse de métier, puis dansa le poignard à la main, le présentant tantôt en avant, tantôt vers elle-même.

Enfin, hors d’haleine, elle tendit le tambour à Ali Baba, comme font les danseurs pour leur récompense. Il y jeta une pièce d’or, et son fils aussi.

Cogia Houssain tirait sa bourse de son habit quand Morgiane, d’un seul geste, frappa. Il ne se releva pas.

— Malheureuse ! s’écria Ali Baba. Qu’as-tu fait ? Tu nous perds, moi et toute ma maison !

— Je ne vous perds pas, répondit Morgiane. Je vous sauve.

Elle ouvrit l’habit de l’homme et montra le poignard qu’il tenait caché.

— Regardez-le bien : c’est le faux marchand d’huile, le capitaine des quarante voleurs. Vous souvenez-vous qu’il n’a pas voulu manger de sel avec vous ?

Ali Baba lui devait la vie une seconde fois.

— Je t’ai promis de ne pas m’en tenir à ta liberté, dit-il. Le moment est venu : je te fais ma belle-fille.

Puis il se tourna vers son fils.

— Tu ne lui dois pas moins que moi. Cet homme n’avait recherché ton amitié que pour mieux m’ôter la vie. En épousant Morgiane, tu épouses le soutien de notre maison.

Le fils y consentit de grand cœur.

On enterra le capitaine auprès de ses hommes, si secrètement que personne n’en sut rien avant bien des années. Puis les noces furent célébrées par un grand festin.

Ali Baba n’était pas retourné à la grotte : deux voleurs manquaient encore à l’appel, et il ignorait ce qu’ils étaient devenus.

Au bout d’un an, comme rien ne l’avait troublé, la curiosité le prit. Il s’approcha du rocher à cheval : pas une trace d’homme ni de bête. Il mit pied à terre et dit :

— Sésame, ouvre-toi.

Rien n’avait bougé dans la grotte. Ali Baba comprit qu’il était désormais seul à connaître le secret, et il emplit son sac d’or.

Plus tard, il mena son fils à la grotte et lui apprit les paroles, que celui-ci transmit aux siens. Ils usèrent de leur fortune avec mesure et vécurent honorés de toute la ville.

Quelle note donnez-vous à ce conte ?

Adapté par Talerie, source : Les Mille et Une Nuits (s’ouvre dans une nouvelle fenêtre) Domaine public

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À propos de ce conte

L’histoire d’Ali Baba se lit dans Les Mille et Une Nuits traduites en français par Antoine Galland ; les premiers volumes de cette traduction ont paru en 1704, et Galland est mort en 1715. Chez lui, Shéhérazade la raconte au sultan des Indes. Aucune source consultée ne nomme d’auteur ni de date pour le conte lui-même.

Nous sommes partis du texte de Galland tel que le donne l’édition parisienne de 1806 (Le Normant, tome 6), dont les éditeurs disent avoir corrigé les incorrections du traducteur. Notre récit est plus court, laisse de côté Shéhérazade, et Ali Baba n’y épouse pas la veuve de Cassim.

Le texte de Galland (1806) et la version de Lang (1889)

Galland (1806, notre source)Lang, The Blue Fairy Book (1889)
Le récitraconté par Shéhérazade au sultansans cadre, s’ouvre dans une ville de Perse
Le mot magique« Sésame, ouvre-toi »« Open, Sesame ! »
Le mot de Cassim« Orge, ouvre-toi », puis d’autres grains« Open, Barley ! », puis d’autres grains
La veuve de CassimAli Baba l’épouseAli Baba la prend chez lui, sans mariage
Le savetierBaba MoustafaBaba Mustapha
Le faux marchandCogia HoussainCogia Hassan
La dansehabit de danseuse, poignard et masquecoiffe de danseuse, poignard, pas de masque
La finla famille honorée des premières dignitésenfants et petits-enfants riches toute leur vie
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Sésame, ouvre-toi.
Antoine Galland, éd. de 1806 : Sésame, ouvre-toi

Ce que fait notre texte

Notre conte commence directement dans une ville de Perse et garde le fil de Galland : la pièce d’or collée sous la mesure enduite de suif, Cassim qui ne retrouve plus le mot dans la grotte, la porte marquée de blanc puis de rouge, les trente-huit jarres de cuir et la danse au poignard. Morgiane y est appelée « la servante » ; Ali Baba lui rend sa liberté après la nuit des jarres, puis la donne pour épouse à son fils. Chez Galland, Ali Baba épouse la veuve de son frère ; dans notre texte, il lui promet une place sous son toit tant qu’elle vivra.

Le conte compte beaucoup de morts ; pensez-y avant de le lire à un jeune enfant : les voleurs tuent Cassim et coupent son corps en quatre, les deux voleurs chargés de retrouver la maison paient leur échec de leur vie, trente-sept autres meurent ébouillantés dans les jarres et Morgiane tue le capitaine d’un coup de poignard pendant le souper. Ali Baba ne fait de mal à personne. Le titre de Galland parle de quarante voleurs « exterminés par une esclave », mais Morgiane en tue trente-huit.

Contes voisins et une confusion possible

Les frères Grimm ont publié un conte allemand très proche, Simeliberg (n° 142), que nous ne proposons pas sur le site : deux frères, l’un riche et l’autre pauvre, douze brigands et une montagne qui s’ouvre quand on lui dit « Berg Semsi, Berg Semsi, thu dich auf ». Le pauvre emprunte le boisseau de son frère riche, qui en enduit le fond de poix ; plus tard, le riche se trompe de nom dans la montagne, et les brigands lui coupent la tête. Dans leurs notes, les Grimm relèvent que ce récit du Münsterland s’accorde de près avec celui des quarante voleurs, jusqu’au nom de la montagne, qui rappelle Sésame.

Dans l’édition de 1806, le tome 6 s’ouvre sur la suite de l’histoire d’Aladdin, et Ali Baba vient plus loin dans le même volume ; vous trouverez chez nous Aladdin et la Lampe merveilleuse, ainsi que Sinbad le marin, dont Galland avait traduit les voyages avant d’apprendre qu’ils venaient d’un grand recueil, Les Mille et Une Nuits. Baba Yaga, que nous publions aussi, est une tout autre histoire : les deux titres partagent seulement le mot « Baba ».

Sources

Textes d’époque

Commentaire

Catalogue

Vérifié sur ces sources le 30 octobre 2026.

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