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Une fillette en robe rose tend la main vers un lapin blanc en gilet à carreaux, une montre à la patte, qui plonge dans un terrier sous les racines d’un arbre.

Alice au pays des merveilles

Lewis Carroll

15 min de lectureà partir de 6 ans

Alice suit un lapin blanc pressé au fond d’un terrier et arrive dans un pays étrange où elle ne cesse de grandir et de rapetisser. Au procès du Valet de Cœur, Alice tient tête à la Reine, puis toutes les cartes s’abattent sur la fillette, qui se retrouve dans l’herbe, la tête sur les genoux de sa grande sœur.


Par un chaud après-midi d’été, Alice s’ennuyait ferme dans l’herbe, à côté de sa grande sœur, et la chaleur la rendait toute somnolente. Soudain, un lapin blanc aux yeux roses passa près d’elle en courant.

— Oh là là ! Je vais être en retard ! marmonnait-il.

Quand il tira une montre de la poche de son gilet, Alice bondit sur ses pieds. Brûlant de curiosité, elle le vit plonger dans un grand terrier, sous la haie, et s’y engouffra à son tour, sans se demander une seconde comment elle en ressortirait.

Le terrier plongeait comme un puits, et Alice tomba si longtemps qu’elle faillit s’endormir, puis, boum, elle atterrit sur un tas de feuilles mortes, sans le moindre mal.

Alice tombe lentement dans un terrier profond comme un puits, la robe gonflée, les yeux levés vers la lumière, entre des racines qui sortent des parois.

Elle se trouvait dans une longue salle entourée de portes, toutes fermées à clé. Sur une petite table de verre brillait une minuscule clé d’or. Derrière un rideau, Alice découvrit une toute petite porte, haute de quarante centimètres à peine, et la clé l’ouvrit. Par l’ouverture, elle aperçut le plus beau jardin du monde, plein de fleurs éclatantes et de fontaines fraîches. Mais elle ne pouvait même pas y passer la tête.

Sur la table, une petite bouteille était apparue, avec une étiquette : « BOIS-MOI ». Comme il n’était pas écrit « poison », Alice la but, et elle rapetissa jusqu’à la taille idéale pour la petite porte ! Hélas, elle avait laissé la clé sur la table, bien trop haut pour elle. Elle s’assit par terre et pleura.

Dans une longue salle bordée de portes, Alice, l’air désemparé, se tient au pied d’une table de verre dont le plateau porte une minuscule clé d’or.

Sous la table, elle trouva ensuite un petit gâteau où l’on avait écrit en raisins secs : « MANGE-MOI ». Elle le mangea jusqu’à la dernière miette.

— De plus en plus curieux ! Voilà que je m’allonge comme une longue-vue ! Au revoir, mes pieds !

Sa tête cogna le plafond : elle mesurait presque trois mètres. Impossible de passer ! Alors elle pleura des litres et des litres de larmes, jusqu’à former une grande mare autour d’elle.

Le Lapin Blanc passa en trottinant, des gants blancs dans une main et un éventail dans l’autre. En voyant cette géante, il lâcha tout et détala. Alice ramassa l’éventail et s’éventa.

— Comme tout est bizarre aujourd’hui ! On m’a peut-être changée pendant la nuit. Mais alors, qui suis-je ?

Elle récita ses leçons : quatre fois cinq, douze, et Londres, capitale de Paris ! Même sa petite poésie sortit de travers.

Voyez le petit crocodileFaire briller sa belle queue.Il sourit aux poissons du NilEt les gobe, l’air bienheureux.

— Ce ne sont pas les bons mots, gémit Alice. Je suis sûrement devenue Mabel, qui ne sait presque rien !

Soudain, elle s’aperçut que l’éventail la faisait rapetisser. Elle le lâcha juste à temps pour ne pas disparaître tout à fait, mais son pied glissa et, plouf, elle tomba dans l’eau salée. Elle nageait dans ses propres larmes ! Une souris et toutes sortes de drôles de bêtes y barbotaient aussi. Tout ce petit monde gagna la rive, mais quand Alice vanta sa chatte Dinah, grande chasseuse de souris, chacun s’en alla.

Le Lapin Blanc revint, cherchant partout ses gants.

— Marie-Anne ! Qu’est-ce que tu fais dehors ? File à la maison me chercher des gants et un éventail !

Il la prenait pour sa bonne ! Intimidée, Alice obéit. Dans la maisonnette du Lapin, elle trouva les gants et, près du miroir, une petite bouteille sans étiquette. « Chaque fois que je mange ou que je bois, il se passe quelque chose, se dit-elle. Pourvu que celle-ci me fasse grandir ! »

Elle grandit, bien plus vite que prévu, tant et si bien qu’elle dut passer un bras par la fenêtre et un pied dans la cheminée. Dehors, le Lapin envoya Bill le Lézard dans le conduit. Alice l’entendit gratter au-dessus de son pied et donna un bon coup : Bill s’envola comme une fusée et retomba dans la haie, plus secoué que blessé.

Ensuite, une pluie de cailloux entra par la fenêtre. Sur le plancher, ils se changeaient en petits gâteaux ! « Si j’en mange un, je vais changer de taille, réfléchit Alice. Et comme je ne peux pas grandir davantage, je vais rapetisser. » Elle en avala un, rapetissa aussitôt et s’enfuit jusqu’au bois.

Sur un gros champignon, une chenille bleue fumait tranquillement un long narguilé, les bras croisés.

— Qui êtes-vous ? demanda la Chenille d’une voix endormie.

Dans le bois, Alice lève les yeux vers une chenille bleue qui fume une longue pipe recourbée, installée sur un gros champignon plus haut que sa tête.

— Je… je ne sais plus très bien, répondit Alice. Je savais qui j’étais ce matin, mais j’ai changé plusieurs fois depuis. Je ne suis plus moi-même, et je n’arrive même plus à réciter mes poésies.

— Récitez « Vous êtes vieux, père William », ordonna la Chenille.

Vous êtes vieux, père William,Vos cheveux sont tout blancs,Et vous marchez sur la tête :Est-ce de votre âge, vraiment ?

Jeune, je craignais, mon garçon,De m’abîmer la cervelle ;Mais je sais que je n’en ai pas,Alors je recommence de plus belle.

— C’est faux du début à la fin, déclara la Chenille.

Puis elle descendit du champignon et s’éloigna dans l’herbe.

— Un côté vous fera grandir, et l’autre côté vous fera rapetisser.

« Un côté de quoi ? » se demanda Alice.

— Du champignon, répondit la Chenille, comme si elle l’avait entendue, et elle disparut.

Alice en cassa un morceau de chaque côté. Une bouchée à droite, et son menton heurta ses pieds ! Une bouchée à gauche, et son cou s’allongea si haut au-dessus des arbres qu’un pigeon la prit pour un serpent. En grignotant tantôt l’un, tantôt l’autre, elle retrouva enfin sa taille habituelle, et elle garda précieusement les deux morceaux.

Alice grignota le morceau de droite pour entrer dans la maisonnette de la Duchesse. La cuisine était pleine de fumée et de poivre. Tout le monde éternuait, sauf la cuisinière, qui remuait sa soupe, et un gros chat qui souriait jusqu’aux oreilles.

— C’est un chat du Cheshire, expliqua la Duchesse.

Soudain, la cuisinière se mit à lancer casseroles, assiettes et plats. La Duchesse ne s’en souciait pas. Elle secouait son bébé comme un prunier en chantant une berceuse.

Grondez bien fort votre garçonEt secouez-le s’il éternue :Il le fait exprès, le polisson,Pour vous agacer, c’est connu !

Ouin ! Ouin ! Ouin !

Je gronde fort mon garçon,Je le secoue s’il éternue,Car le poivre, il le trouve si bonQu’il en veut toujours plus !

Ouin ! Ouin ! Ouin !

— Tenez, bercez-le un peu ! dit la Duchesse en lançant le bébé à Alice. Je dois me préparer pour le croquet de la Reine.

« Si je le laisse ici, ils vont finir par lui faire du mal », pensa Alice, et elle l’emporta dehors. Mais le bébé grognait, son nez devenait un groin… C’était un cochon ! Alice le posa par terre, et il s’en alla au trot dans le bois.

Sur une branche, le Chat du Cheshire la regardait en souriant.

Le Chat du Cheshire, un gros chat gris tigré couché sur une branche, sourit de toutes ses dents, les yeux fermés, tandis qu’Alice le regarde d’en bas.

— Pourriez-vous me dire quel chemin prendre, s’il vous plaît ?

— Cela dépend beaucoup de l’endroit où tu veux aller, répondit le Chat.

— Peu importe l’endroit…

— Alors peu importe le chemin. Par là habite un Chapelier, et par là un Lièvre de Mars. Ils sont fous tous les deux.

— Mais je n’ai pas envie d’aller chez les fous !

— Tu n’y peux rien : ici, nous sommes tous fous. Toi aussi, sinon tu ne serais pas venue. On se verra au croquet de la Reine. Au fait, qu’est devenu le bébé ?

— Il s’est changé en cochon.

— Je m’en doutais, dit le Chat.

Et il s’effaça tout doucement, en commençant par le bout de la queue et en finissant par le sourire, qui resta un moment suspendu dans l’air.

« J’ai souvent vu un chat sans sourire, pensa Alice, mais un sourire sans chat, jamais ! »

Devant la maison du Lièvre de Mars, une table était mise pour le thé. Alice grignota le morceau de gauche pour grandir un peu, puis s’approcha. Le Lièvre et le Chapelier s’y serraient dans un coin, accoudés sur un Loir endormi.

— Pas de place ! Pas de place ! crièrent-ils.

— Il y a plein de place ! répliqua Alice en s’installant.

Sous un arbre, Alice est assise à une table mise pour le thé, près du Chapelier en haut-de-forme qui tient le Loir endormi, et du Lièvre de Mars.

— Pourquoi un corbeau ressemble-t-il à un bureau ? demanda le Chapelier.

Alice donna sa langue au chat.

— Moi non plus, je ne sais pas, avoua le Chapelier.

— Vous feriez mieux d’employer le temps à autre chose qu’à des devinettes sans réponse !

— Le Temps et moi, nous sommes fâchés, soupira le Chapelier. Au grand concert de la Reine de Cœur, je chantais ma chanson.

Brille, brille, chauve-souris,Que fais-tu donc cette nuit ?Tu survoles le monde entierComme au ciel un plateau à thé…

— J’avais à peine fini le premier couplet que la Reine s’est mise à hurler : « Il assassine le temps ! Qu’on lui coupe la tête ! » Depuis, le Temps ne m’obéit plus, et il est toujours six heures, l’heure du thé. Alors nous tournons autour de la table, et la vaisselle sale s’entasse.

Le Loir commença une histoire sans queue ni tête, on l’interrompait sans cesse, et le Chapelier fut si grossier qu’Alice finit par se lever, dégoûtée.

— C’est le thé le plus stupide de toute ma vie !

Dans le bois, elle remarqua un arbre avec une porte. Elle entra et se retrouva dans la longue salle. Cette fois, elle s’y prit dans le bon ordre : elle saisit d’abord la clé d’or et ouvrit la petite porte, puis grignota son champignon jusqu’à mesurer une trentaine de centimètres. Enfin, elle entra dans le beau jardin, parmi les fleurs éclatantes et les fontaines fraîches.

Trois jardiniers, plats et rectangulaires comme des cartes à jouer, peignaient en rouge les roses blanches d’un rosier.

— On s’est trompés de rosier, chuchota l’un d’eux. Si la Reine s’en aperçoit, on aura la tête coupée !

Un grand cortège arrivait, et les jardiniers se jetèrent face contre terre. C’étaient le Roi et la Reine de Cœur, avec toute leur cour.

— Comment t’appelles-tu, petite ? demanda sèchement la Reine.

— Alice, Votre Majesté.

Et elle pensa : « Après tout, ce ne sont que des cartes à jouer. Je n’ai pas à avoir peur d’eux ! »

— Et ceux-là, qui sont-ils ? demanda la Reine en montrant les jardiniers.

— Comment le saurais-je ? Ce n’est pas mon affaire.

La Reine devint pourpre de colère.

— Qu’on lui coupe la tête ! Qu’on lui…

— Quelle bêtise ! dit Alice d’une voix forte, et la Reine se tut.

— Voyons, ma chère, ce n’est qu’une enfant, murmura le Roi.

Alors la Reine vit les roses.

— Qu’on leur coupe la tête !

Alice cacha les jardiniers dans un grand pot de fleurs, et les soldats, bredouilles, annoncèrent que c’était fait.

— Parfait ! Sais-tu jouer au croquet ?

— Oui ! cria Alice.

Quel drôle de croquet ! Les boules étaient des hérissons vivants, les maillets des flamants roses vivants, et les soldats se courbaient en arceaux. Tout le monde jouait en même temps, et la Reine, hors d’elle, criait toutes les minutes :

— Qu’on lui coupe la tête !

Alice porte un flamant rose vivant dans ses bras, parmi des arceaux en cartes à jouer et des hérissons, tandis que la Reine en rouge crie et la montre du doigt.

Soudain, un sourire apparut dans les airs, puis des yeux, puis toute une tête : le Chat du Cheshire, venu comme promis. Le Roi n’aimait pas du tout sa façon de le regarder.

— Ma chère, faites enlever ce chat !

La Reine n’avait qu’une façon de régler les problèmes.

— Qu’on lui coupe la tête !

Mais le bourreau refusait : on ne pouvait pas couper une tête qui n’avait pas de corps. Et pendant qu’on se disputait, la tête du Chat s’effaça tout doucement.

La Duchesse, elle aussi venue au croquet, était d’une humeur charmante et trouvait une morale à tout. « C’était sans doute le poivre qui la rendait si méchante », pensa Alice. Mais la Reine surgit, furieuse, et la Duchesse s’éclipsa.

La Reine condamna les joueurs l’un après l’autre, si bien qu’au bout d’une demi-heure, il ne restait plus que le Roi, la Reine et Alice. Mais en s’éloignant, Alice entendit le Roi murmurer :

— Vous êtes tous graciés.

La Reine confia Alice à un Griffon qui dormait au soleil. Dès que la Reine fut partie, le Griffon ricana.

— Elle s’imagine des choses ! Elle n’exécute jamais personne, tu sais. Viens !

Il la mena jusqu’à la Fausse-Tortue, qui soupirait à fendre l’âme sur son rocher.

— Autrefois, sanglota-t-elle, j’étais une vraie tortue.

Avec le Griffon, elle dansa pour Alice le quadrille des homards en chantant d’une voix lente et triste.

Veux-tu presser le pas ? dit un merlan à l’escargot,Un marsouin nous suit de près, il me marche sur le dos.Les homards et les tortues, vois comme ils avancent !Ils t’attendent sur la plage : viens entrer dans la danse !Veux-tu, ne veux-tu pas, veux-tu entrer dans la danse ?Veux-tu, ne veux-tu pas, veux-tu entrer dans la danse ?

Puis elle chanta la chanson de la soupe.

Belle soupe, si verte, si fine,Qui fume dans la terrine !Qui n’en voudrait pas, de ce délice ?Sou-oupe du soi-oir,Belle, belle soupe !

Au loin, quelqu’un cria :

— Le procès commence !

Le Griffon entraîna Alice par la main, tandis que derrière eux s’éloignaient les derniers mots de la chanson.

Sou-oupe du soi-oir,Belle, belle soupe !

Le Roi et la Reine de Cœur siégeaient au milieu d’une grande foule. Devant eux se tenait le Valet de Cœur, enchaîné, et sur une table attendait un plat de tartes. Douze jurés écrivaient sur des ardoises, parmi lesquels Bill le Lézard. Le Lapin Blanc souffla dans sa trompette et lut l’accusation.

La Reine de Cœur a fait des tartesUn beau jour d’été ;Le Valet de Cœur a volé ces tartesEt les a emportées !

Le premier témoin fut le Chapelier, qui tremblait sous le regard de la Reine.

C’est alors qu’Alice sentit qu’elle se remettait à grandir, sans avoir rien mangé ni rien bu.

— Qu’on m’apporte la liste des chanteurs du dernier concert ! ordonna la Reine.

Le pauvre Chapelier en perdit ses chaussures, et dès que le Roi le laissa partir, il s’enfuit sans se rechausser.

— Et dehors, qu’on lui coupe la tête ! ajouta la Reine.

Le Lapin Blanc consulta sa liste et appela le témoin suivant.

— Alice !

— Présente ! cria Alice.

Elle avait tant grandi qu’en se levant, elle renversa le banc des jurés avec sa jupe.

— Article quarante-deux, lut le Roi dans son carnet : toute personne mesurant plus d’un kilomètre doit quitter la salle.

— Je ne mesure pas un kilomètre, dit Alice. Et cette règle, vous venez de l’inventer !

— C’est la plus ancienne de toutes.

— Alors ce devrait être la règle numéro un !

Le Roi pâlit et referma son carnet. Le Lapin Blanc apporta alors une nouvelle pièce : des vers, sans signature.

— S’il ne les a pas signés, c’est encore pire, déclara le Roi. Un honnête homme aurait signé !

— Ça ne prouve rien du tout ! s’écria Alice. Vous ne savez même pas ce qu’il y a dedans !

Le Lapin lut les vers.

On m’a dit que tu étais allé chez elleEt que tu lui avais parlé de moi ;Elle a dit que j’étais très fidèle,Mais que je ne savais pas nager, je crois.

— Il n’y a pas un grain de bon sens là-dedans, dit Alice, qui n’avait plus peur de rien.

— Que le jury délibère, dit le Roi.

— Non ! dit la Reine. La sentence d’abord, le verdict après !

— Quelle bêtise ! dit Alice très fort. Prononcer la sentence avant le verdict, quelle idée !

— Tais-toi ! cria la Reine, violette de rage.

— Non !

— Qu’on lui coupe la tête !

Personne ne bougea.

— Qui a peur de vous ? dit Alice, qui avait retrouvé toute sa taille. Vous n’êtes qu’un jeu de cartes !

Au tribunal, Alice se tient debout dans un tourbillon de cartes, devant des jurés animaux munis d’ardoises, près du Roi et de la Reine sur leurs trônes.

Aussitôt, toutes les cartes s’envolèrent et retombèrent sur elle. Elle poussa un petit cri, voulut les chasser… et se retrouva allongée dans l’herbe, la tête sur les genoux de sa sœur, qui écartait doucement quelques feuilles mortes de son visage.

— Réveille-toi, Alice ! Comme tu as dormi longtemps !

— Oh, j’ai fait un rêve si curieux !

Elle raconta toutes ses aventures, puis sa sœur l’embrassa et l’envoya prendre son goûter.

Restée seule dans le soleil couchant, la grande sœur se mit à rêver à son tour. Autour d’elle, l’herbe frémissait au passage du Lapin Blanc, les tasses du thé sans fin tintaient, la Reine criait ses ordres et la Fausse-Tortue sanglotait au loin. Elle savait qu’il suffirait d’ouvrir les yeux pour que tout redevienne ordinaire : les tasses deviendraient les clochettes des moutons, les cris de la Reine la voix du petit berger, et les sanglots de la Fausse-Tortue le meuglement des vaches.

Enfin, elle imagina sa petite sœur devenue grande. Alice garderait toute sa vie son cœur d’enfant, simple et tendre, et un jour, elle ferait briller les yeux d’autres petits enfants avec de belles histoires, peut-être même avec ce vieux rêve du pays des merveilles.

Adapté par Talerie, Source : Alice's Adventures in Wonderland (s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)

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