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Talerie
Le Vaillant Petit Tailleur

Le Vaillant Petit Tailleur

Frères Grimm

12 min de lecture6–12 ans

Un petit tailleur assis à sa fenêtre tue sept mouches d'un coup et, gonflé d'orgueil, inscrit cet exploit sur sa ceinture avant de partir conquérir le monde avec rien d'autre qu'un fromage et un oiseau dans sa poche. Par son astuce et son esprit rusé, il trompe un géant, puis les cavaliers du roi en les persuadant de sa puissance légendaire, avant d'être envoyé affronter de véritables défis pour mériter la main de la princesse et la moitié du royaume.

Version douceVersion originale

Par une belle matinée d'été, un petit tailleur était assis sur sa table, près de la fenêtre, et cousait de toutes ses forces, tout à fait de bonne humeur. Dans la rue passa une paysanne qui criait : « Bonne confiture à vendre ! Bonne confiture à vendre ! » Ce cri plut tant au petit homme qu'il passa la tête par la fenêtre et appela : « Par ici, ma bonne dame ! Montez donc, vous trouverez ici à vendre votre marchandise. »

La femme grimpa avec son lourd panier et dut lui montrer tous ses pots. Il les examina, les souleva, y colla le nez, et dit enfin : « Cette confiture me paraît bonne ; pesez-m'en deux onces, et si cela va jusqu'au quart de livre, cela m'est bien égal. » La paysanne, déçue de vendre si peu, s'en alla en grommelant.

« Que Dieu bénisse cette confiture, s'écria le petit tailleur, et qu'elle me donne force et vigueur ! » Il coupa une belle tranche de pain sur toute sa longueur et l'étala de confiture. « Voilà qui ne sera pas amer, se dit-il, mais je veux d'abord finir cette veste. » Il posa sa tartine à côté de lui et se remit à coudre, faisant de si grands points que l'odeur de la confiture monta le long du mur et attira toute une troupe de mouches. « Eh bien, qui vous a invitées ? » dit-il en les chassant. Mais les mouches revinrent, toujours plus nombreuses, et le petit tailleur, à bout de patience, saisit un morceau de drap et frappa un grand coup. Quand il compta, il y en avait sept, pattes en l'air, devant lui.

« Voilà donc quel gaillard tu fais ! » se dit-il, tout admiratif de lui-même. Il se tailla vite une ceinture, y brodant en grosses lettres : « Sept d'un coup ! » — « Que dis-je, la ville ? ajouta-t-il. C'est le monde entier qui doit le savoir ! » Et son cœur frétillait de joie comme la petite queue d'un agneau.

Il noua la ceinture autour de lui et résolut de courir le monde, car son atelier lui semblait bien trop petit pour sa vaillance. Avant de partir, il ne trouva dans toute la maison qu'un vieux fromage, qu'il glissa dans sa poche, et devant la porte un oiseau pris dans un buisson, qu'il fourra à côté du fromage. Puis il se mit en route, léger et sans fatigue.

Le chemin le mena sur une montagne, où il trouva un énorme géant tranquillement assis. Le petit tailleur alla droit à lui : « Bonjour, camarade ! Tu contemples le vaste monde ? Justement, je pars y chercher fortune. Veux-tu venir avec moi ? » Le géant le toisa avec mépris : « Petit gueux, misérable avorton ! » — « Vraiment ? » répondit le tailleur en montrant sa ceinture. Le géant lut « Sept d'un coup ! » et, croyant qu'il s'agissait d'hommes tués, se sentit soudain moins fier. Il voulut pourtant l'éprouver : il prit une pierre et la serra si fort que l'eau en jaillit. « Fais-en autant, si tu as de la force. » — « Ce n'est que cela ? » dit le tailleur, et il tira son fromage mou de sa poche et le pressa jusqu'à ce que le jus en coule. « Cela ne valait-il pas mieux encore ? »

Le géant, tout étonné, lança alors une pierre si haut qu'on la voyait à peine : « Fais-en autant, petit bonhomme. » — « Bien lancé, dit le tailleur, mais ta pierre est retombée. Moi, je vais en jeter une qui ne reviendra jamais. » Il sortit l'oiseau de sa poche et le lança en l'air ; celui-ci, tout heureux de sa liberté, s'envola et ne revint pas. « Que dis-tu de ce petit tour ? »

« Voyons maintenant si tu peux porter quelque chose de solide », dit le géant, et il le conduisit devant un chêne énorme abattu sur le sol. « Aide-moi à le sortir du bois. » — « Volontiers, dit le tailleur ; prends le tronc sur ton épaule, et moi je porterai les branches, c'est le plus lourd. » Le géant chargea le tronc, mais le tailleur, lui, s'assit simplement sur une branche, et le géant, qui ne pouvait regarder derrière lui, dut porter l'arbre tout entier avec le tailleur par-dessus le marché. Celui-ci, bien à son aise, sifflotait comme si porter un arbre était un jeu d'enfant. Quand le géant, épuisé, laissa tomber le tronc, le tailleur sauta lestement à terre, saisit l'arbre à deux bras comme s'il l'avait porté lui-même, et dit : « Un si grand gaillard, et incapable de porter cet arbre ! »

Plus loin, devant un cerisier, le géant courba la cime chargée de fruits mûrs et la mit dans la main du tailleur pour qu'il mange ; mais celui-ci était bien trop léger pour la retenir, et quand le géant lâcha prise, l'arbre se redressa d'un coup et l'emporta dans les airs. Il retomba sans mal. « Tu n'as donc pas la force de tenir une simple branche ? » demanda le géant. « Ce n'est pas la force qui me manque, répondit le tailleur. Crois-tu que ce soit difficile pour un homme qui en abat sept d'un coup ? J'ai sauté par-dessus l'arbre parce que des chasseurs tiraient dans les buissons. Saute donc à ton tour, si tu en es capable. » Le géant essaya, mais resta accroché dans les branches, et le tailleur garda l'avantage.

« Puisque tu es si vaillant, dit alors le géant, viens passer la nuit dans notre caverne. » Là, d'autres géants mangeaient des moutons rôtis près du feu. On montra au petit tailleur un lit bien trop grand pour lui ; il ne s'y coucha pas et se glissa dans un coin. À minuit, croyant le petit homme profondément endormi, le géant se leva et fendit le lit d'un coup de barre de fer, sûr d'en avoir fini avec lui. Au matin, les géants partirent, l'ayant tout à fait oublié — mais voilà qu'il arriva, marchant d'un pas joyeux et effronté. Les géants, pris de peur, s'enfuirent à toutes jambes.

Le petit tailleur poursuivit sa route, le nez au vent, jusqu'à la cour d'un palais royal. Fatigué, il se coucha dans l'herbe et s'endormit. Des gens le trouvèrent là, lurent sa ceinture — « Sept d'un coup ! » — et coururent avertir le roi qu'un grand héros de guerre se reposait dans la cour, un homme précieux pour le royaume en cas de conflit. Le roi envoya aussitôt un messager lui proposer du service, et le tailleur, à peine réveillé, accepta bien volontiers. On le logea avec de grands honneurs.

Mais les hommes d'armes du roi ne l'aimaient guère. « Que va-t-il advenir de nous ? se disaient-ils. S'il se fâche, il en tombera sept à chaque coup ; aucun de nous n'y résistera. » Ils allèrent tous ensemble demander leur congé au roi. Celui-ci fut bien triste de perdre ses fidèles serviteurs à cause d'un seul homme, et il aurait volontiers renvoyé le tailleur — mais il n'osait pas, de peur qu'il ne se venge. Il réfléchit longtemps et trouva enfin un moyen : il fit dire au tailleur que, s'il était un si grand héros, il pourrait bien débarrasser le royaume de deux géants qui vivaient dans la forêt et y semaient le malheur. En récompense, il lui donnerait sa fille en mariage et la moitié du royaume, avec cent cavaliers pour l'accompagner.

« Voilà qui serait bien pour un homme comme moi, pensa le tailleur ; une belle princesse et la moitié d'un royaume, cela ne s'offre pas tous les jours. » « J'en fais mon affaire, dit-il, et je n'ai nul besoin des cent cavaliers : qui en abat sept d'un coup n'a rien à craindre de deux à la fois. »

Il partit donc, laissant ses compagnons à la lisière du bois, et s'enfonça seul dans la forêt. Il trouva bientôt les deux géants endormis sous un arbre, ronflant si fort que les branches en tremblaient. Il remplit ses poches de pierres, grimpa dans l'arbre, et se laissa glisser juste au-dessus des dormeurs. Il laissa tomber une pierre sur la poitrine du premier. Celui-ci, réveillé, secoua son compagnon : « Pourquoi me frappes-tu ? » — « Tu rêves, je ne t'ai pas touché. » Ils se rendormirent ; le tailleur jeta alors une pierre sur le second, qui accusa le premier à son tour. Ils se disputèrent un peu, puis, fatigués, se rendormirent encore. Le tailleur choisit alors sa plus grosse pierre et la lança de toutes ses forces sur le premier géant. « C'est trop fort ! » cria celui-ci, et se levant d'un bond, il se jeta sur son compagnon en le croyant coupable. L'autre lui rendit coup pour coup, et tous deux, furieux, arrachèrent des arbres entiers pour se les jeter à la figure, jusqu'à ce qu'ils tombent épuisés sur le sol, où ils rendirent l'âme.

Le petit tailleur redescendit alors de l'arbre. « Heureusement qu'ils n'ont pas arraché le mien », se dit-il. Il s'assura que tout était bien fini, puis alla retrouver les cavaliers : « Voilà, le travail est fait. Mais ce fut chaud : ils ont arraché des arbres pour se défendre. Cela ne sert à rien, pourtant, face à un homme qui en abat sept d'un coup. » Les cavaliers, incrédules, entrèrent dans le bois et trouvèrent les deux géants étendus, entourés de tous les arbres qu'ils avaient arrachés.

Le tailleur réclama sa récompense ; mais le roi, regrettant sa promesse, imposa une nouvelle épreuve : il fallait d'abord capturer une licorne qui ravageait la forêt. « Une licorne me fait moins peur que deux géants », dit le tailleur, et il partit seul avec une corde et une hache. La licorne ne tarda pas à paraître et fonça droit sur lui pour l'embrocher ; mais au dernier instant, il se glissa derrière un arbre, et la bête, lancée de toute sa force, y enfonça sa corne si profondément qu'elle ne put plus la retirer. « Voilà mon petit oiseau en cage », dit le tailleur ; il passa la corde autour du cou de la licorne, dégagea la corne à coups de hache, et la conduisit ainsi, bien docile, jusqu'au roi.

Le roi, toujours réticent, posa une troisième condition : avant les noces, il fallait capturer un sanglier qui causait de grands ravages dans la forêt. « Volontiers, c'est un jeu d'enfant », dit le tailleur, et il n'emmena pas les chasseurs, bien soulagés de rester en arrière. Dès que le sanglier l'aperçut, il fonça sur lui, écumant et grinçant des dents ; mais le tailleur bondit dans une petite chapelle voisine et ressortit d'un saut par la fenêtre du haut. Le sanglier s'était précipité derrière lui dans la chapelle ; le tailleur, aussitôt, fit le tour et referma la porte, laissant la bête prisonnière, trop lourde pour ressortir par la fenêtre.

Cette fois, le roi dut tenir sa promesse, bon gré mal gré, et donna sa fille et la moitié du royaume au petit tailleur. Les noces furent célébrées avec grande pompe — et petite joie du côté du roi — et d'un tailleur on fit un roi.

Quelque temps après, la jeune reine entendit, la nuit, son mari parler en rêve : « Allons, garçon, finis-moi cette veste et raccommode cette culotte, ou je te donne de l'aune sur les oreilles ! » Elle comprit alors dans quelle ruelle son mari était né, et alla se plaindre à son père le lendemain, le suppliant de la délivrer d'un époux qui n'était qu'un simple tailleur. Le roi la consola : « Laisse ta porte ouverte cette nuit ; mes serviteurs entreront pendant son sommeil, le lieront et l'emmèneront au bout du monde. »

Mais l'écuyer du roi, qui aimait bien le jeune seigneur, vint tout lui raconter. « À cela je vais mettre bon ordre », dit le tailleur. Le soir venu, il se coucha comme d'habitude ; et quand sa femme, le croyant endormi, se leva pour ouvrir la porte, il se mit soudain à s'écrier d'une voix bien claire : « Allons, garçon, finis-moi cette veste et raccommode cette culotte, ou je te donne de l'aune sur les oreilles ! J'en ai abattu sept d'un coup, j'ai tué deux géants, capturé une licorne et pris un sanglier — et j'aurais peur de ceux qui se tiennent devant ma porte ? »

En entendant cela, les serviteurs cachés furent saisis d'une telle frayeur qu'ils s'enfuirent comme si toute une armée les poursuivait, et jamais plus personne n'osa s'en prendre à lui. Ainsi le petit tailleur demeura roi, et le fut toute sa vie.