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Un bœuf brun baisse la tête pour brouter au bord d’une mare, et devant lui, dans l’herbe, une petite grenouille verte au ventre gonflé le regarde.

La Grenouille et le Bœuf

Ésope

2 min de lectureà partir de 4 ans

Une grenouille voit un bœuf brouter au bord de la mare et veut devenir aussi grosse que lui, alors elle gonfle ses flancs devant ses petits. Les petits répondent qu’elle en est encore loin, la grenouille aspire une troisième fois et éclate, et le bœuf broute toujours dans le pré, aussi grand et aussi calme qu’avant.


Au bord d’une mare, entre les roseaux, vivait une grenouille avec ses petits.

Un matin, elle leva la tête et vit un bœuf qui broutait dans le pré, tout près de l’eau.

Il était énorme. Son dos était large comme une table, et son ombre couvrait à elle seule une grosse touffe d’herbe.

La grenouille le regarda longtemps, sans bouger.

« Après tout, pensa-t-elle, je pourrais être aussi grosse que lui. Il suffit de gonfler un peu. »

Elle prit une grande inspiration. Ses flancs s’arrondirent, sa peau se tendit, ses pattes touchèrent à peine le sol.

Puis elle se tourna vers ses enfants.

— Regardez-moi bien. Est-ce que je suis aussi grosse que le bœuf ?

— Non, répondirent-ils. Pas du tout.

La grenouille ne se découragea pas. Elle aspira encore, plus fort, jusqu’à devenir ronde comme un ballon.

— Regardez-moi bien. Est-ce que je suis aussi grosse que le bœuf ?

— Non, dirent les petits. Tu en es encore loin.

Entre les roseaux, plusieurs petits sont assis dans la boue et regardent leur mère, une grenouille dont le ventre gonflé forme une grosse boule pâle.

Dans le pré, le bœuf avançait tranquillement, sans rien remarquer. Il baissait la tête, arrachait une touffe d’herbe, la mâchait sans se presser.

Cela agaça la grenouille. Elle aussi voulait qu’on la regarde.

— Vous allez voir, dit-elle. Cette fois, j’y arrive.

Elle ferma les yeux et aspira une troisième fois, de toutes ses forces. Sa peau se tendit, se tendit encore.

Et la grenouille éclata.

Les petits accoururent dans l’herbe, et leur mère ne bougeait plus.

Dans le pré, le bœuf n’avait rien entendu. Il broutait toujours, aussi grand et aussi calme qu’avant.

Adapté par Talerie, Source : Fábulas de Esopo (s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)

Licence : Domaine public