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Au bord de l’eau, la cigogne plonge son long bec dans une grande cruche, tandis que le renard, assis sur la pierre, lève le museau vers le goulot.

Le Renard et la Cigogne

Ésope

2 min de lectureà partir de 4 ans

Le renard invite la cigogne à dîner et sert le bouillon dans une assiette plate, où le long bec de la cigogne n’attrape pas une goutte. Peu après, la cigogne l’invite à son tour, sert le repas dans une cruche au col étroit, et le renard, dont le museau est trop large, rentre chez lui le ventre vide.


Le renard aimait rire, surtout aux dépens des autres. Un matin, il rencontra la cigogne au bord de la rivière et la salua bien bas.

— Venez donc dîner chez moi ce soir, dit-il. J’ai préparé une soupe comme vous n’en avez jamais goûté.

La cigogne le remercia et promit de venir.

Le soir venu, elle arriva à l’heure dite, les plumes bien lissées et l’estomac creux. Sur la table, il n’y avait qu’une grande assiette plate, large comme un plateau, où fumait un bouillon doré.

Le renard s’installa et se mit à laper à grands coups de langue. Il y allait de bon cœur, soupirait d’aise, et en un rien de temps il avait tout fini.

La cigogne, elle, tapait le fond de l’assiette avec son long bec fin. Elle penchait la tête, recommençait, essayait encore. Pas une goutte ne montait.

Dans une clairière dorée, le renard couché lape le bouillon d’une grande assiette plate, pendant que la cigogne y trempe la pointe de son long bec.

— Vous ne mangez pas ? demanda le renard, qui riait sous cape. Ce n’est pas bon ?

— C’est sûrement très bon, répondit la cigogne. Mais ne vous dérangez pas pour moi.

Elle rentra chez elle le ventre vide et ne se plaignit à personne. Seulement, elle n’oublia pas.

Quelques jours plus tard, elle s’arrêta devant la porte du renard.

— À mon tour de vous inviter, dit-elle. Venez demain soir, j’aurai préparé quelque chose.

Le renard arriva en avance. Une bonne odeur de viande mijotée sortait de la maison et lui mettait déjà l’eau à la bouche.

Sur la table l’attendait une cruche au col haut et étroit. La cigogne y glissa son bec sans la moindre peine et se régala tranquillement, morceau après morceau.

Le renard tournait autour de la cruche. Il flairait le goulot, tendait le cou, léchait le bord. Son museau était bien trop large pour entrer.

— Servez-vous, dit la cigogne de sa voix la plus aimable. Tout est là, prenez votre temps.

Le renard resta assis devant la cruche jusqu’à la fin du repas, sans rien attraper du tout. Quand il rentra chez lui, ce soir-là, il avait le ventre aussi vide que la cigogne l’autre soir.

Adapté par Talerie, Source : Aesop's Fables: a new translation (s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)

Licence : Domaine public