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Les Trois Petits Cochons

Les Trois Petits Cochons

Joseph Jacobs

6 min de lecture4–10 ans

Trois petits cochons quittent leur mère pour bâtir chacun leur maison, en paille, en bois et en briques, mais un loup rusé et affamé s'en prend à eux les uns après les autres. Seul le plus sage des trois, protégé par sa maison de briques, déjoue toutes les ruses du loup et finit par s'en débarrasser pour de bon, vivant heureux pour toujours.


Il était une fois, en un temps où les animaux parlaient encore comme les gens, une vieille mère cochonne qui vivait avec ses trois petits cochons. Elle n'avait pas de quoi les nourrir tous, alors quand ils furent grands, elle les envoya de par le monde pour qu'ils se débrouillent seuls et se bâtissent chacun leur maison.

Le premier petit cochon n'était pas allé bien loin quand il rencontra un homme qui portait un fagot de paille.

—Monsieur, s'il vous plaît —dit le petit cochon—, voudriez-vous me donner cette paille pour bâtir une maison ?

L'homme accepta, et le petit cochon se construisit une jolie maison de paille où il s'installa tout content.

Peu après, un loup vint rôder par là. Il frappa à la porte et appela :

—Petit cochon, petit cochon, laisse-moi entrer !

—Non, non, par les poils de mon petit menton ! répondit le cochon.

—Alors je vais souffler et souffler, et ta maison va s'envoler !

Et il souffla si fort que les murs de paille s'effondrèrent aussitôt. Ce jour-là, hélas, le loup attrapa le petit cochon, et ce fut la fin de lui.

Le deuxième petit cochon partit à son tour, et il ne tarda pas à rencontrer un homme qui portait un fagot de branchages.

—Monsieur, s'il vous plaît —dit le petit cochon—, voudriez-vous me donner ces branchages pour bâtir une maison ?

L'homme accepta, et le petit cochon se construisit une maison de bois, plus solide que la paille, du moins le croyait-il.

Le loup ne tarda pas à venir frapper à cette porte aussi.

—Petit cochon, petit cochon, laisse-moi entrer !

—Non, non, par les poils de mon petit menton !

—Alors je vais souffler et souffler, et ta maison va s'envoler !

Il souffla plus fort cette fois, mais la maison de bois finit par tomber tout comme l'autre. Et comme son frère avant lui, le deuxième petit cochon connut ce jour-là le même sort.

Le troisième petit cochon, le plus sage des trois, rencontra un homme qui transportait un chargement de briques.

—Monsieur, s'il vous plaît —dit le petit cochon—, voudriez-vous me donner ces briques pour bâtir une maison ?

L'homme accepta, et le petit cochon se construisit une belle maison solide en briques, avec une bonne porte épaisse et une cheminée qui fumait doucement.

Quand le loup vint frapper à son tour, il dit la même chose que les fois précédentes.

—Petit cochon, petit cochon, laisse-moi entrer !

—Non, non, par les poils de mon petit menton !

—Alors je vais souffler et souffler, et ta maison va s'envoler !

Le loup souffla donc, encore et encore, jusqu'à en perdre haleine. Mais il eut beau souffler tant qu'il put, la maison de briques ne bougea pas, pas même d'une brique.

Le loup était aussi rusé qu'affamé, et quand il vit que souffler ne le mènerait à rien, il imagina un autre plan.

—Petit cochon —appela-t-il d'une voix doucereuse—, je connais un beau champ de navets chez le fermier Dupont. Si tu es prêt à six heures demain matin, je viendrai te chercher et nous irons en cueillir ensemble.

—Très bien —dit le petit cochon—, je serai prêt.

Mais il ne se laissait pas berner si facilement. Il se leva à cinq heures, remplit un plein chaudron de navets, et fut rentré chez lui bien avant que le loup n'arrive frapper à sa porte. Quand le loup se présenta et lui demanda s'il était prêt, le petit cochon se contenta de rire et lui dit qu'il y était déjà allé et déjà revenu.

Le loup, bien dépité, essaya encore.

—Petit cochon, je connais un magnifique pommier dans le Jardin Joyeux. Veux-tu que je passe te chercher à cinq heures demain, pour aller cueillir des pommes ?

Une fois de plus, le petit cochon se leva tôt, avant même que le soleil ne soit tout à fait levé, et il redescendait de l'arbre avec un panier de pommes quand il aperçut le loup qui remontait le chemin. Vif comme l'éclair, il lança une pomme loin dans l'herbe, et pendant que le loup courait après, le petit cochon rentra chez lui sain et sauf.

Le loup essaya une dernière fois.

—Il y a une foire en ville cet après-midi, petit cochon. Viendras-tu ?

Le petit cochon partit tôt, comme toujours, et à la foire il s'acheta une grande baratte en bois. Sur le chemin du retour, il aperçut le loup qui remontait la route, et ne sachant que faire d'autre, il se cacha dedans. Mais la baratte se mit à rouler, de plus en plus vite, cahotant et grondant en dévalant la colline droit sur le loup, qui eut si peur en voyant cette étrange chose ronde foncer sur lui qu'il tourna les talons et courut tout droit chez lui sans jamais atteindre la foire.

Quand le loup comprit qu'il s'était laissé effrayer par rien de plus qu'un petit cochon caché dans une baratte, il fut plus furieux que jamais, et il se jura d'entrer dans cette maison de briques coûte que coûte. Ce soir-là, tandis que le petit cochon se tenait bien au chaud près de son feu, il entendit un grattement sur le toit, et il comprit aussitôt que le loup comptait descendre par la cheminée pour l'attraper.

Alors le petit cochon, plein de malice, suspendit un grand chaudron d'eau au-dessus du feu et fit monter les flammes bien haut et bien chaudes. Juste au moment où le loup se laissait glisser dans la cheminée, le petit cochon souleva le couvercle, et le loup tomba dedans en poussant un cri de surprise. Le petit cochon referma vite le couvercle, et ce fut la toute fin du loup, qui n'embêta plus jamais personne.

Et ainsi le troisième petit cochon, bien au chaud et en sécurité dans sa solide maison de briques, vécut heureux pour toujours.