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Un grand loup gris, tête baissée, fixe depuis la berge un agneau blanc debout sur les cailloux du ruisseau, museau levé vers lui, sous un ciel doré.

Le Loup et l’Agneau

Ésope

2 min de lecture à partir de 5 ans

Un tout jeune agneau a suivi le bruit de l’eau jusqu’au ruisseau, loin du troupeau. C’est là qu’un loup le trouve. Il pourrait bondir tout de suite, mais il lui faut d’abord un motif.


Un agneau s’était éloigné du troupeau. Il était tout jeune, les pattes encore mal assurées, et il avait suivi le bruit de l’eau jusqu’au ruisseau, tout en bas du pré.

C’est là qu’un loup le trouva.

Il aurait pu bondir tout de suite. L’agneau était seul, minuscule, sans personne pour le défendre. Mais emporter une bête pareille sans avoir rien à lui reprocher, cela ne se faisait pas, même pour un loup. Il lui fallait un motif. Alors il chercha querelle.

Le loup descend la berge herbeuse, tête basse, les yeux sur l’agneau resté sur les cailloux de l’autre rive, tête levée vers lui.

— L’an dernier, dit-il en s’approchant, tu as dit du mal de moi.

L’agneau leva la tête.

— Ce n’est pas possible, monsieur, répondit-il de sa toute petite voix. L’an dernier, je n’étais pas né.

Le loup fit un pas de plus.

— Admettons. Mais tu viens brouter dans mes prés.

— Je n’ai jamais brouté de ma vie, je vous assure, dit l’agneau. Je ne sais même pas quel goût a l’herbe.

Le loup montra l’eau d’un coup de museau.

— Et ça, alors ? Tu bois à ma source.

— Je n’ai encore rien bu d’autre que le lait de ma mère, monsieur.

Il y eut un silence. On entendait le ruisseau passer sur les cailloux et, très loin, les clochettes du troupeau.

Le loup n’avait plus rien à lui reprocher. Cela ne l’arrêta pas.

— Tant pis, dit-il. Je ne vais pas me passer de dîner pour si peu.

Il bondit. L’agneau n’eut pas le temps d’appeler, et l’eau continua de courir sur les cailloux comme avant.

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Adapté par Talerie, source : Aesop’s Fables : a new translation (s’ouvre dans une nouvelle fenêtre) Domaine public

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À propos de cette fable

On attribue à Ésope la fable du Loup et de l’Agneau. Dans sa version grecque, écrite en prose, un loup aperçoit un agneau en train de boire à une rivière et cherche un prétexte pour le dévorer. Phèdre l’a reprise en vers latins ; chez La Fontaine, c’est la dixième fable du premier livre, en vers français.

Notre récit ne suit pas La Fontaine : il s’appuie sur la traduction anglaise de V. S. Vernon Jones, où la fable tient en un seul paragraphe, sans morale. Vernon Jones ne parle ni de ruisseau ni d’eau troublée ; c’est nous qui avons placé la scène au bord de l’eau, et la morale qui accompagne notre texte est aussi de nous.

Ce que disent Vernon Jones et La Fontaine

Vernon Jones (1912)La Fontaine
Formeprose, un seul paragraphevers
La moraleaucuneen tête : « La raison du plus fort… »
Le lieuaucun cours d’eau : un agneau écarté du troupeauun agneau boit dans « une onde pure »
Premier griefune insulte, l’an derniertroubler l’eau que boit le loup
Griefs suivantsles pâturages, puis la sourcela médisance, un frère, « quelqu’un des tiens »
Le laitl’agneau n’a bu que le lait de sa mère« je tette encor ma mère », preuve de son âge
La finle loup veut son dîner et dévore l’agneauemporté « au fond des forêts » et mangé
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Je ne vais pas me passer de dîner pour si peu.
V. S. Vernon Jones, 1912 : Well, anyhow, I’m not going without my dinner.

Ce que fait notre récit

Dans notre récit, un agneau tout jeune s’est éloigné du troupeau et a suivi le bruit de l’eau jusqu’au ruisseau, en bas du pré. Le loup qui l’y trouve pourrait bondir tout de suite, mais il lui faut d’abord un motif. Il lui reproche d’avoir dit du mal de lui l’an dernier, de brouter dans ses prés, puis de boire à sa source. L’agneau, qui le vouvoie et l’appelle « monsieur », répond chaque fois : il n’était pas né, il n’a jamais brouté, il n’a bu que le lait de sa mère. À court de reproches, le loup déclare qu’il ne va pas se passer de dîner.

La fin tient en quelques mots : le loup bondit, l’agneau n’a pas le temps d’appeler, et l’eau continue de courir sur les cailloux. Le récit n’en montre pas davantage, et il se prête bien à une conversation avec votre enfant sur ce qui est juste et ce qui ne l’est pas.

Le grec, Phèdre et une confusion

Le texte grec, que l’on peut lire dans la traduction d’Émile Chambry, ne compte que deux griefs. Le loup, posté en amont, accuse l’agneau de troubler l’eau, puis lui lance : « Mais l’an passé tu as insulté mon père. » L’agneau répond qu’il n’était pas même né. Le loup conclut qu’il ne l’en mangera pas moins, et le récit s’arrête sur ces mots, avant la morale. Chez Phèdre, en vers latins, le loup se plaint lui aussi de l’eau troublée, puis prétend que l’agneau a mal parlé de lui il y a six mois ; comme l’agneau n’était pas né, le loup accuse alors le père de l’agneau, puis saisit sa victime et la met en pièces.

Le Loup et les sept chevreaux, un conte des frères Grimm que l’on trouve aussi dans notre bibliothèque, est une autre histoire : ce n’est pas une fable, et le loup s’y attaque à de jeunes chevreaux, pas à un agneau.

Sources

Textes d’époque

Catalogue

Vérifié sur ces sources le 30 octobre 2026.

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