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Une tortue avance sur un sentier ensoleillé, un lièvre dort dans l’herbe sous un grand arbre, et un piquet à ruban rose attend au bord du pré.

Le Lièvre et la Tortue

Ésope

3 min de lecture à partir de 4 ans Note des lecteurs, toutes langues confondues : 4,7 sur 5, 7 votes. Quelle note donnez-vous à cette fable ?

Le lièvre traverse le pré en trois bonds et se tient les côtes de rire devant la tortue. Elle est si lente qu’on la croirait immobile. Sans se fâcher, elle lui propose une course, avec le renard pour juge.


Par un beau matin de printemps, le lièvre traversait le pré en trois bonds quand il aperçut la tortue sur le sentier. Elle avançait si lentement qu’on aurait pu croire qu’elle ne bougeait pas du tout.

Le lièvre s’arrêta net et se tint les côtes de rire.

— Regarde-toi ! dit-il. À ce train-là, tu vas prendre racine avant d’arriver au bout du chemin.

La tortue leva la tête, sans se fâcher.

— Attends un peu, répondit-elle. Je te propose une course, toi et moi. Et je parie que c’est moi qui gagne.

Le lièvre rit de plus belle. L’idée lui parut si drôle qu’il accepta sur-le-champ.

— Eh bien, essayons, dit-il. Tope là !

— Il nous faut quelqu’un pour juger, dit la tortue.

Le renard, qui passait justement par là, voulut bien s’en charger. Il traça une ligne dans la poussière du sentier, planta un piquet à ruban rose au pied du vieux chêne, tout au bout du pré, et leva la patte pour donner le départ.

Le lièvre partit comme une flèche. En quelques bonds, il était déjà au milieu du pré ; quand il se retourna, la tortue n’était plus qu’un petit point sombre au loin.

— Ce n’est même pas une course, dit-il tout haut. J’ai tout mon temps.

Il faisait bon, l’herbe était tendre. Le lièvre se coucha à l’ombre d’un buisson, le temps de reprendre son souffle, et piqua un somme.

Pendant ce temps, la tortue avançait. Elle ne courait pas, elle ne s’arrêtait pas non plus : un pied devant l’autre, puis encore un, sans jamais lever le nez du chemin.

Elle passa près du buisson où le lièvre dormait, l’entendit souffler dans son sommeil, et continua son chemin.

Le soleil descendit un peu. Les ombres s’allongèrent sur le pré.

Puis le lièvre se réveilla en sursaut. Il dressa l’oreille : pas un bruit. Il regarda le sentier derrière lui : personne.

Alors il bondit et courut à perdre haleine, plus vite qu’il n’avait jamais couru, le vent plein les oreilles.

Mais au pied du vieux chêne, la tortue était déjà assise dans l’herbe, et le renard annonçait la gagnante.

Un renard assis dans l’herbe tourne la tête vers la tortue, passée de l’autre côté du piquet au ruban ; au loin sur le sentier, le lièvre court encore.

Le lièvre n’en crut pas ses yeux. Il arrivait bon dernier, lui, le plus rapide du pré.

Il resta là, à bout de souffle, sans trouver un mot à dire. La tortue, elle, n’avait plus qu’à se reposer.

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Adapté par Talerie, source : Aesop’s Fables : a new translation (s’ouvre dans une nouvelle fenêtre) Domaine public

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À propos de cette fable

Le Lièvre et la Tortue fait partie des fables que l’on attribue à Ésope. Le texte grec, en prose, est très court : le lièvre et la tortue se disputent pour savoir qui est le plus rapide, le lièvre s’endort au bord de la route et la tortue arrive au but. La Fontaine a raconté la même course en vers, au livre VI de ses Fables.

Notre récit suit The Hare and the Tortoise, dans la traduction de V. S. Vernon Jones illustrée par Arthur Rackham. On y trouve ce que le grec n’a pas : le lièvre se moque de la tortue, qui lui propose un pari, et un renard sert de juge. Chez Vernon Jones, tout tient en un paragraphe ; nous racontons la course plus longuement.

La course chez Vernon Jones et chez La Fontaine

Vernon Jones (1912)La Fontaine
Le défila tortue, moquée, parie qu’elle gagnerala tortue parie, le lièvre la croit folle
Le jugele renard trace la course et jugeaucun juge nommé
Le lièvrese couche et s’endort profondémentbroute, se repose, part trop tard
La tortueavance sans s’arrêter« se hâte avec lenteur »
L’arrivéele lièvre se réveille, la tortue a gagnéla tortue gagne et se moque du lièvre
La morale« Slow and steady wins the race », à la fin« Rien ne sert de courir », en tête
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Je te propose une course, toi et moi. Et je parie que c’est moi qui gagne.
V. S. Vernon Jones, 1912 : I'll run a race with you, and I'll wager that I win.

Ce que raconte notre texte

Tout commence par un beau matin de printemps. Le lièvre rit de la lenteur de la tortue : « À ce train-là, tu vas prendre racine avant d’arriver au bout du chemin. » C’est elle qui propose la course, puis qui demande un juge. Le renard, qui passait par là, trace une ligne dans la poussière et plante un piquet à ruban rose au pied du vieux chêne. Le lièvre part comme une flèche, se couche à l’ombre d’un buisson et s’endort. La tortue passe tout près de lui sans s’arrêter et atteint le chêne la première.

À la différence de celle de La Fontaine, notre tortue ne se moque pas du lièvre à l’arrivée : il reste sans voix, et elle n’a plus qu’à se reposer. Notre morale, présentée à part, dit : « À force d’avancer petit à petit, on finit par arriver avant celui qui court vite et s’arrête en chemin. » Rien dans cette histoire ne peut inquiéter un jeune enfant : le lièvre perd la course, voilà tout.

Le texte grec, un conte voisin et deux titres

Le texte grec est plus sobre. Chambry le traduit ainsi : « La tortue et le lièvre disputaient qui était le plus vite. » Il n’y a ni moquerie, ni pari, ni renard ; les deux bêtes fixent un jour et un endroit, le lièvre s’endort et la tortue le dépasse. La morale grecque ne parle pas de lenteur : « souvent le travail l’emporte sur les dons naturels, si on les néglige ». Chez les frères Grimm, Der Hase und der Igel raconte une autre course : un hérisson défie le lièvre et gagne par une ruse, en postant au bout du sillon sa femme, qui lui ressemble.

On trouve la fable sous deux titres, Le Lièvre et la Tortue et La Tortue et le Lièvre : c’est la même histoire. Chambry nomme la tortue en premier ; notre titre commence par le lièvre, comme celui de Vernon Jones.

Sources

Textes d’époque

Catalogue

Vérifié sur ces sources le 24 octobre 2026.

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