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Le chêne déraciné gît en travers de la rivière, sa motte de racines dressée sur la berge, et les roseaux restent droits dans l’eau sous un ciel qui se dégage.

Le Chêne et le Roseau

Ésope

2 min de lectureà partir de 4 ans

Au bord d’une rivière se dresse un chêne si robuste qu’il ne craint rien, et à ses pieds poussent des roseaux minces. Une tempête déracine le chêne et le jette en travers de l’eau, tandis que les roseaux se relèvent intacts et que l’un d’eux lui explique qu’ils plient au moindre souffle pour laisser passer le vent.


Au bord d’une rivière poussait un chêne. Il était si large et si haut que les oiseaux du pays venaient dormir dans ses branches, et il y avait bien longtemps que rien, dans toute la vallée, ne lui faisait peur.

Tout en bas, les pieds dans l’eau, poussaient des roseaux. Ils étaient minces et verts, et le moindre souffle d’air les couchait d’un côté, puis de l’autre.

Une nuit, une tempête se leva. Le vent arriva par rafales, de plus en plus fortes, s’engouffra dans les branches du chêne et le secoua toute la nuit.

Le vent couche toute une roselière vers l’eau, sans casser une seule tige, et derrière elle le chêne tient encore debout, ses feuilles emportées sous la lune.

L’arbre tint bon très longtemps. Puis, dans la dernière heure de la nuit, le vent le déracina et le jeta en travers de la rivière.

Le tronc tomba au beau milieu des roseaux qui poussaient au bord de l’eau.

Quand le jour se leva, le vent était tombé et la rivière coulait comme d’habitude. Autour du chêne couché, les roseaux se relevaient un à un, et pas un seul n’était cassé.

Le chêne les regarda longtemps avant de parler.

— Comment avez-vous fait ? leur demanda-t-il. Vous êtes si frêles, si minces que le moindre souffle vous courbe. La tempête est passée sur vous sans rien vous faire, et moi, avec toute ma force, elle m’a déraciné et jeté à la rivière.

— Vous lui avez tenu tête, répondit un roseau. Vous n’avez pas voulu plier, pas une seule fois, et elle s’est trouvée plus forte que vous. Nous, nous faisons le contraire : au moindre souffle, nous nous inclinons et nous laissons passer le vent. C’est ainsi que la tempête est passée au-dessus de nos têtes sans nous faire de mal.

Adapté par Talerie, source : Aesop’s Fables: a new translation (s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)Licence : Domaine public