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Deux enfants de dos, main dans la main, devant une maisonnette en pain d’épice ornée de bonbons, aux fenêtres éclairées, au fond d’une forêt sombre.Originale

Hansel et Gretel

Frères Grimm

16 min de lecture7–12 ans

Deux fois abandonnés dans la forêt, Hansel et Gretel trouvent une maisonnette de pain où une vieille femme enferme le garçon. Gretel pousse la sorcière dans le four, une cane blanche fait traverser l’eau aux deux enfants, et ils rentrent chez leur père avec des perles et des pierres précieuses plein les poches.


Au bord d’une grande forêt vivait un pauvre bûcheron avec sa femme et ses deux enfants. Le garçon s’appelait Hansel et la fille Gretel. Ils avaient bien peu à se mettre sous la dent, et quand une grande disette s’abattit sur le pays, l’homme ne parvint même plus à gagner le pain de chaque jour. Un soir, couché dans son lit, il se tournait et se retournait de souci. Il soupira et dit à sa femme :

— Qu’allons-nous devenir ? Comment nourrir nos pauvres enfants, puisque nous n’avons plus rien pour nous-mêmes ?

— Sais-tu ce que nous allons faire, mon homme ? répondit la femme. Demain, à la première heure, nous emmènerons les enfants dans la forêt, là où elle est la plus épaisse. Nous leur allumerons un feu, nous donnerons à chacun un petit morceau de pain, puis nous irons à notre travail et nous les laisserons seuls. Ils ne retrouveront pas le chemin de la maison et nous serons débarrassés d’eux.

— Non, femme, dit l’homme, je ne ferai pas cela. Comment aurais-je le cœur d’abandonner mes enfants seuls dans la forêt ? Les bêtes sauvages ne tarderaient pas à venir les mettre en pièces.

— Pauvre sot, dit-elle, alors nous mourrons de faim tous les quatre, et il ne te restera plus qu’à raboter les planches de nos cercueils.

Et elle ne lui laissa aucun repos jusqu’à ce qu’il cède.

— Mais ces pauvres enfants me font pitié, dit l’homme.

Les deux enfants non plus n’avaient pas réussi à s’endormir, tant ils avaient faim, et ils avaient entendu ce que la belle-mère disait à leur père. Gretel pleura à chaudes larmes et dit à Hansel :

— C’en est fait de nous.

— Tais-toi, Gretel, dit Hansel, ne te tourmente pas, je saurai bien nous tirer de là.

Et quand les vieux furent endormis, il se leva, enfila sa petite veste, ouvrit le bas de la porte et se glissa dehors. La lune brillait de tout son éclat, et les cailloux blancs qui se trouvaient devant la maison luisaient comme des pièces de monnaie. Hansel se baissa et en fourra dans sa poche autant qu’il put en tenir. Puis il rentra et dit à Gretel :

— Sois tranquille, petite sœur, dors en paix, Dieu ne nous abandonnera pas.

Et il se recoucha.

Un garçon accroupi dans la cour d’une cabane de rondins, la nuit, ramasse des cailloux blancs qui brillent sur le sol, la lune entre les arbres.

Au point du jour, avant même que le soleil fût levé, la femme vint réveiller les deux enfants.

— Debout, paresseux ! Nous allons dans la forêt chercher du bois.

Puis elle donna à chacun un morceau de pain.

— Voilà pour votre midi, dit-elle, mais ne le mangez pas avant, vous n’aurez rien d’autre.

Gretel mit le pain sous son tablier, puisque Hansel avait les cailloux dans sa poche. Ils prirent tous ensemble le chemin de la forêt. Au bout d’un moment, Hansel s’arrêta et se retourna vers la maison, et il recommença encore et encore.

— Hansel, dit le père, qu’as-tu à regarder en arrière et à traîner en chemin ? Fais attention et presse le pas.

— Ah, père, dit Hansel, je regarde mon petit chat blanc, il est là-haut sur le toit et veut me dire adieu.

— Sot que tu es, dit la femme, ce n’est pas ton chat, c’est le soleil du matin qui brille sur la cheminée.

Mais Hansel ne regardait pas le chat. Chaque fois, il jetait sur le chemin un des cailloux blancs de sa poche.

Quand ils furent arrivés au milieu de la forêt, le père dit :

— Ramassez du bois, les enfants, je vais allumer un feu pour que vous n’ayez pas froid.

Hansel et Gretel apportèrent des brindilles, de quoi faire une petite montagne. On y mit le feu, et quand la flamme monta bien haut, la femme dit :

— Couchez-vous près du feu, les enfants, et reposez-vous. Nous allons dans la forêt couper du bois. Quand nous aurons fini, nous reviendrons vous chercher.

Hansel et Gretel restèrent assis près du feu, et à midi chacun mangea son morceau de pain. Comme ils entendaient les coups de la cognée, ils croyaient leur père tout près. Mais ce n’était pas la cognée : c’était une branche qu’il avait attachée à un arbre mort et que le vent faisait battre de-ci de-là. Ils restèrent assis si longtemps que la fatigue leur ferma les yeux, et ils s’endormirent profondément. Quand ils s’éveillèrent enfin, il faisait nuit noire. Gretel se mit à pleurer.

— Comment allons-nous sortir de la forêt, maintenant ?

Mais Hansel la consola.

— Attends un peu que la lune soit levée, nous trouverons bien le chemin.

Et quand la pleine lune fut montée dans le ciel, Hansel prit sa petite sœur par la main et suivit les cailloux, qui scintillaient comme des pièces neuves et leur montraient la route. Ils marchèrent toute la nuit et, au lever du jour, ils arrivèrent devant la maison de leur père. Ils frappèrent à la porte, et quand la femme ouvrit et vit que c’étaient Hansel et Gretel, elle dit :

— Méchants enfants, pourquoi avez-vous dormi si longtemps dans la forêt ? Nous pensions que vous ne vouliez plus revenir.

Mais le père se réjouit, car il avait eu le cœur lourd de les avoir laissés seuls.

Peu de temps après, la misère fut de nouveau dans tous les coins, et les enfants entendirent la belle-mère dire au père, la nuit, dans le lit :

— Tout est encore mangé, il nous reste une demi-miche de pain, et après cela, c’est fini pour nous. Les enfants doivent partir. Nous les emmènerons plus loin dans la forêt, pour qu’ils ne retrouvent plus le chemin. Il n’y a pas d’autre salut pour nous.

L’homme en eut le cœur serré et il pensa : « Il vaudrait mieux partager la dernière bouchée avec mes enfants. » Mais la femme n’écouta rien de ce qu’il disait, elle le gronda et lui fit des reproches. Le premier pas entraîne le second, et puisqu’il avait cédé la première fois, il lui fallut céder encore.

Or les enfants étaient restés éveillés et avaient entendu toute la conversation. Quand les vieux furent endormis, Hansel se leva de nouveau ; il voulait sortir ramasser des cailloux comme la fois d’avant, mais la femme avait fermé la porte à clé et il ne put pas sortir. Il consola pourtant sa petite sœur.

— Ne pleure pas, Gretel, dors tranquille, le bon Dieu nous viendra en aide.

De grand matin, la femme vint tirer les enfants du lit. Ils reçurent leur morceau de pain, plus petit encore que la fois d’avant. En chemin vers la forêt, Hansel l’émietta dans sa poche, s’arrêtant souvent pour jeter une miette par terre.

— Hansel, qu’as-tu à t’arrêter et à regarder derrière toi ? dit le père. Va ton chemin.

— Je regarde ma petite colombe, elle est sur le toit et veut me dire adieu, répondit Hansel.

— Sot que tu es, dit la femme, ce n’est pas ta colombe, c’est le soleil du matin qui brille là-haut sur la cheminée.

Mais Hansel jeta peu à peu toutes ses miettes sur le chemin.

Des oiseaux bruns picorent des miettes sur un sentier de forêt, tandis qu’au loin un garçon et une fille s’éloignent côte à côte sur le chemin.

La femme conduisit les enfants plus loin encore dans la forêt, là où ils n’étaient jamais allés de leur vie. On alluma de nouveau un grand feu, et la belle-mère dit :

— Restez assis là, les enfants, et si vous êtes fatigués, vous pouvez dormir un peu. Nous allons dans la forêt couper du bois, et ce soir, quand nous aurons fini, nous viendrons vous chercher.

À midi, Gretel partagea son pain avec Hansel, qui avait semé le sien sur le chemin. Puis ils s’endormirent. Le soir passa, mais personne ne vint chercher les pauvres enfants. Ils ne s’éveillèrent qu’au cœur de la nuit noire, et Hansel consola sa petite sœur.

— Attends seulement que la lune se lève, Gretel, et nous verrons les miettes de pain que j’ai semées. Elles nous montreront le chemin de la maison.

Quand la lune parut, ils se mirent en route, mais ils ne trouvèrent plus une seule miette : les milliers d’oiseaux qui volent par les bois et par les champs les avaient toutes picorées.

— Nous trouverons bien le chemin, dit Hansel à Gretel.

Mais ils ne le trouvèrent pas. Ils marchèrent toute la nuit et encore un jour entier, du matin au soir, sans sortir de la forêt, et ils avaient si faim, car ils n’avaient rien que les quelques baies qui poussaient à terre. Et comme ils étaient si fatigués que leurs jambes ne voulaient plus les porter, ils se couchèrent sous un arbre et s’endormirent.

C’était déjà le troisième matin depuis qu’ils avaient quitté la maison de leur père. Ils se remirent à marcher, mais ils s’enfonçaient toujours plus avant dans la forêt, et si le secours ne venait pas bientôt, ils allaient périr. À midi, ils virent un joli petit oiseau blanc comme neige posé sur une branche. Il chantait si bien qu’ils s’arrêtèrent pour l’écouter. Quand il eut fini, il battit des ailes et vola devant eux, et ils le suivirent jusqu’à une petite maison, sur le toit de laquelle il se posa. En approchant tout près, ils virent que la maisonnette était bâtie de pain et couverte de gâteau, et que les fenêtres étaient de sucre clair.

— Mettons-nous-y, dit Hansel, et faisons un vrai festin. Moi, je mangerai un morceau du toit ; toi, Gretel, tu peux manger de la fenêtre, c’est sucré.

Hansel leva le bras et cassa un peu du toit pour goûter, et Gretel se mit devant les vitres et les grignota. Alors une voix fluette appela de l’intérieur :

Grignote, grignote, petit glouton,qui vient grignoter ma maison ?

Les enfants répondirent :

C’est le vent, c’est le vent,le céleste enfant.

Et ils continuèrent de manger sans se laisser troubler. Hansel, qui trouvait le toit très bon, en arracha un grand morceau, et Gretel poussa toute une vitre ronde, s’assit par terre et s’en régala. Tout à coup la porte s’ouvrit, et une femme vieille comme les pierres, appuyée sur une béquille, sortit à pas furtifs. Hansel et Gretel eurent une telle peur qu’ils laissèrent tomber ce qu’ils tenaient. Mais la vieille hocha la tête et dit :

— Eh, chers enfants, qui vous a amenés ici ? Entrez donc et restez chez moi, il ne vous sera fait aucun mal.

Elle les prit tous les deux par la main et les conduisit dans sa maisonnette. On leur servit un bon repas, du lait et des crêpes au sucre, des pommes et des noix. Ensuite, deux jolis petits lits furent garnis de linge blanc, et Hansel et Gretel s’y couchèrent en se croyant au ciel.

La vieille n’avait fait que se montrer aimable. C’était en vérité une méchante sorcière, à l’affût des enfants, et elle n’avait bâti sa maison de pain que pour les attirer. Quand l’un d’eux tombait en son pouvoir, elle le tuait, le faisait cuire et le mangeait, et c’était pour elle un jour de fête. Les sorcières ont les yeux rouges et ne voient pas loin, mais elles ont le flair fin des bêtes et sentent l’approche des humains. Lorsque Hansel et Gretel étaient arrivés près de chez elle, elle avait ri méchamment et dit d’un ton railleur :

— Je les tiens ! Ceux-là ne m’échapperont pas.

De grand matin, avant que les enfants fussent éveillés, elle était déjà debout, et quand elle les vit reposer si gentiment, avec leurs bonnes joues rouges, elle marmonna :

— Voilà qui fera un bon morceau.

Puis elle saisit Hansel de sa main sèche, le porta dans une petite étable et l’y enferma derrière une porte à barreaux. Il eut beau crier, cela ne lui servit à rien. Ensuite elle alla vers Gretel, la secoua pour la réveiller et lui cria :

— Debout, paresseuse ! Va chercher de l’eau et fais cuire quelque chose de bon pour ton frère. Il est dehors, dans l’étable, et il doit engraisser. Quand il sera gras, je le mangerai.

Gretel se mit à pleurer amèrement, mais tout fut inutile : il lui fallut faire ce que la méchante sorcière exigeait.

On prépara donc les meilleurs plats pour le pauvre Hansel, et Gretel n’eut rien que des carapaces d’écrevisses. Chaque matin, la vieille se glissait jusqu’à l’étable et criait :

— Hansel, tends ton doigt, que je sente si tu seras bientôt gras.

Mais Hansel lui tendait un petit os, et la vieille, qui avait les yeux troubles, ne le voyait pas. Elle croyait que c’était le doigt de Hansel et s’étonnait qu’il ne voulût pas engraisser. Quand quatre semaines furent passées et que Hansel restait toujours maigre, l’impatience la prit et elle ne voulut pas attendre davantage.

Derrière de gros barreaux de bois, un garçon tend un petit os à une vieille femme voûtée appuyée sur une béquille, qui avance la main sous une lanterne.

— Holà, Gretel, cria-t-elle à la fillette, dépêche-toi d’apporter de l’eau. Gras ou maigre, demain j’égorge Hansel et je le fais cuire.

Ah, comme la pauvre petite sœur se lamenta en portant l’eau, et comme les larmes lui coulaient sur les joues !

— Bon Dieu, viens-nous en aide, s’écria-t-elle. Si seulement les bêtes sauvages nous avaient dévorés dans la forêt, nous serions au moins morts ensemble.

— Garde tes pleurnicheries, dit la vieille, rien ne te servira.

De grand matin, Gretel dut sortir, accrocher le chaudron plein d’eau et allumer le feu.

— Nous allons d’abord faire le pain, dit la vieille. J’ai déjà chauffé le four et pétri la pâte.

Elle poussa la pauvre Gretel dehors, jusqu’au four, d’où les flammes sortaient déjà.

— Glisse-toi dedans, dit la sorcière, et regarde s’il est assez chaud pour qu’on y enfourne le pain.

Et quand Gretel serait à l’intérieur, la sorcière comptait fermer le four : Gretel y rôtirait et la vieille la mangerait aussi. Mais Gretel devina ce qu’elle avait en tête et dit :

— Je ne sais pas comment m’y prendre. Comment est-ce que j’entre là-dedans ?

— Petite sotte, dit la vieille, l’ouverture est bien assez grande, regarde, j’y entrerais moi-même.

Une vieille voûtée sur sa béquille penche la tête vers un four enflammé, tandis qu’une fille en tablier blanc, debout derrière elle, lève les deux mains.

Elle s’approcha en trottinant et passa la tête dans le four. Alors Gretel lui donna une poussée qui l’envoya loin à l’intérieur, referma la porte de fer et poussa le verrou. Hou ! la vieille se mit à hurler d’une façon épouvantable. Mais Gretel s’enfuit, et la sorcière impie brûla misérablement.

Gretel courut tout droit vers Hansel, ouvrit l’étable et cria :

— Hansel, nous sommes sauvés, la vieille sorcière est morte !

Hansel bondit dehors comme un oiseau hors de sa cage quand on lui ouvre la porte. Quelle joie ! Ils se jetèrent au cou l’un de l’autre, sautèrent en tous sens et s’embrassèrent. Et comme ils n’avaient plus rien à craindre, ils entrèrent dans la maison de la sorcière. Dans tous les coins, il y avait des coffres pleins de perles et de pierres précieuses.

— Celles-ci valent mieux que des cailloux, dit Hansel, et il en fourra dans ses poches autant qu’elles en pouvaient tenir.

— Moi aussi, je veux en rapporter à la maison, dit Gretel, et elle en remplit son tablier.

— Mais maintenant, partons, dit Hansel, pour sortir de la forêt de la sorcière.

Au bout de quelques heures de marche, ils arrivèrent devant une grande étendue d’eau.

— Nous ne pouvons pas passer, dit Hansel, je ne vois ni passerelle ni pont.

— Et il ne passe aucun bateau, répondit Gretel, mais voici une cane blanche qui nage. Si je le lui demande, elle nous aidera à traverser.

Puis elle appela :

Petite cane, petite cane,voici Gretel et Hansel.Il n’y a ni pont ni passerelle,prends-nous sur ton dos blanc, ma belle.

La petite cane s’approcha, et Hansel monta sur son dos et pria sa petite sœur de s’asseoir près de lui.

— Non, répondit Gretel, ce serait trop lourd pour elle. Elle nous portera l’un après l’autre.

Depuis la berge fleurie, une fille en robe bleue et tablier blanc regarde un garçon assis sur le dos d’une grande cane blanche qui nage au soleil.

C’est ce que fit la bonne bête. Quand ils furent heureusement de l’autre côté et qu’ils eurent marché un moment, la forêt leur parut de plus en plus familière, et ils finirent par apercevoir de loin la maison de leur père. Alors ils se mirent à courir, se précipitèrent dans la pièce et se jetèrent au cou de leur père. L’homme n’avait pas eu une heure de joie depuis qu’il avait laissé les enfants dans la forêt. Quant à la femme, elle était morte. Gretel secoua son tablier, si bien que les perles et les pierres précieuses roulèrent par toute la pièce, et Hansel en jeta poignée après poignée hors de sa poche. Tous les soucis étaient finis, et ils vécurent ensemble dans la joie.

Mon conte est fini,par là court une souris.Qui l’attraperaun grand, un très grand bonnet de fourrure en fera.

Adapté par Talerie, Source : Kinder- und Hausmärchen (s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)

Licence : Domaine public