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La Petite Fille aux allumettesVersion originale

La Petite Fille aux allumettes

Hans Christian Andersen

6 min de lecture8–14 ans

Une pauvre petite fille, grelottante de froid dans la neige, se réfugie dans un coin de rue la veille du jour de l'an, ses allumettes invendues pour seule possession. À mesure qu'elle craque ses allumettes pour se réchauffer, chacune lui révèle des visions magiques : un poêle bienfaisant, un festin succulent, un arbre de Noël splendide, et enfin sa grand-mère bien-aimée qui vient la chercher.

Version douceVersion originale

Comme il faisait froid ! La neige tombait, et le soir approchait déjà : c’était le dernier soir de l’année. Dans ce froid et cette obscurité, une pauvre petite fille marchait dans la rue, la tête et les pieds nus. En quittant la maison, elle avait bien des pantoufles, il est vrai ; mais à quoi bon ? C’étaient de grandes pantoufles, celles que sa mère avait portées jusque-là, si grandes que la petite les perdit en traversant la rue au moment où deux voitures passaient à toute allure. L’une des pantoufles resta introuvable ; quant à l’autre, un garçon s’en empara et s’enfuit avec.

La petite fille cheminait donc sur ses petits pieds nus, tout rouges et bleus de froid. Dans un vieux tablier, elle portait un grand nombre d’allumettes, et elle en tenait un paquet à la main. De toute cette longue journée, personne ne lui en avait acheté une seule, personne ne lui avait donné le moindre sou. Tremblante de froid et de faim, elle avançait, image de la détresse, la pauvre petite !

Les flocons de neige se posaient sur ses longs cheveux blonds, si joliment bouclés autour de son cou ; mais songeait-elle seulement à ses cheveux ? Les lumières brillaient à toutes les fenêtres, et le fumet des rôtis embaumait la rue : c’était la veille du jour de l’an. Voilà à quoi elle songeait.

Dans un coin formé par deux maisons, dont l’une avançait un peu plus que l’autre, elle s’assit et se blottit sur elle-même. Elle avait ramené ses petits pieds sous elle, mais le froid la saisissait de plus en plus, et pourtant elle n’osait pas rentrer chez elle : elle n’avait vendu aucune allumette, elle ne rapportait pas un sou. Son père la battrait sûrement ; et d’ailleurs, chez eux aussi il faisait froid. Ils n’avaient au-dessus de la tête que le toit, à travers lequel le vent sifflait, même si les plus grandes fentes avaient été bouchées avec de la paille et des chiffons.

Ses petites mains étaient presque mortes de froid. Ah ! qu’une allumette leur ferait du bien ! Si seulement elle osait en tirer une seule du paquet, la frotter contre le mur et réchauffer ses doigts ! Elle en tira une. Ritch ! comme elle jaillit, comme elle brûla ! C’était une flamme chaude et claire, comme une petite chandelle, quand elle mit sa main tout autour. Quelle étrange lumière ! Il semblait vraiment à la petite fille qu’elle était assise devant un grand poêle de fer, aux pieds de cuivre poli et surmonté d’un couvercle de cuivre brillant. Le feu y brûlait, magnifique, et chauffait si bien ! Déjà la petite étendait les pieds pour les réchauffer aussi… mais voilà, la flamme s’éteignit, le poêle disparut, et elle ne tenait plus dans la main que le petit reste de l’allumette brûlée.

Elle en frotta une seconde contre le mur ; elle brilla, et là où sa lueur tombait, la muraille devint transparente comme un voile. La petite pouvait voir jusque dans une chambre où une nappe blanche était étendue sur la table, couverte de porcelaines étincelantes. Une oie rôtie, farcie de pommes et de pruneaux, fumait avec un parfum délicieux. Et, chose plus merveilleuse encore, l’oie sauta de son plat et, le couteau et la fourchette plantés dans le dos, se dandina sur le plancher jusqu’à la pauvre fille. Puis l’allumette s’éteignit, et il ne resta plus que l’épais mur froid et humide.

Elle en alluma une troisième. Aussitôt elle se vit assise sous un magnifique arbre de Noël ; il était plus grand et plus richement paré encore que celui qu’elle avait aperçu, à la Noël dernière, à travers la porte vitrée du riche marchand. Des milliers de chandelles brûlaient sur les branches vertes, et des images de toutes les couleurs, comme celles qui ornent les vitrines, semblaient la regarder d’en haut. La petite tendit les deux mains vers elles : l’allumette s’éteignit. Les chandelles de Noël montaient, montaient toujours, et elle vit alors que c’étaient des étoiles au ciel. L’une d’elles tomba et traça une longue raie de feu.

« Voilà quelqu’un qui meurt », se dit la petite fille ; car sa vieille grand-mère, la seule qui l’eût jamais aimée, et qui à présent était morte, lui avait souvent répété que, lorsqu’une étoile tombe, c’est qu’une âme monte vers Dieu.

Elle frotta encore une allumette contre le mur : une grande lumière se répandit, et là, au milieu de cette clarté, se tenait la vieille grand-mère, si douce et si radieuse.

« Grand-mère ! s’écria la petite. Oh ! emmène-moi ! Je sais bien que tu t’en iras quand l’allumette s’éteindra ; tu disparaîtras comme le poêle bien chaud, comme l’oie rôtie, comme le grand et bel arbre de Noël ! »

Et elle frotta bien vite tout le paquet d’allumettes, car elle voulait retenir sa grand-mère de toutes ses forces. Les allumettes répandirent une clarté plus vive que le plein jour. Jamais la grand-mère n’avait paru si grande ni si belle. Elle prit la petite fille dans ses bras, et toutes deux s’envolèrent dans la lumière et la joie, très haut, très haut au-dessus de la terre ; et là-haut il n’y avait plus ni froid, ni faim, ni angoisse : elles étaient auprès de Dieu.

Mais dans le coin, adossée au mur, la pauvre petite fille était encore assise à l’heure froide du matin, les joues toutes rouges, le sourire aux lèvres… morte de froid, le dernier soir de l’année. Le soleil du jour de l’an se leva sur le petit corps figé, l’enfant assise là avec ses allumettes, dont un paquet était presque tout brûlé. « Elle a voulu se réchauffer », dit-on. Personne ne sut quelles belles choses elle avait vues, ni dans quelle splendeur elle était entrée, avec sa grand-mère, pour la joie du nouvel an.