OriginaleRip Van Winkle
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Au pied des monts Catskill, Rip Van Winkle aide tout le village, mais laisse sa propre ferme à l’abandon. Pour fuir les sermons de sa femme, il part un jour d’automne chasser l’écureuil dans la montagne avec son chien Wolf. Là-haut, au bord d’un précipice, une voix inconnue l’appelle par son nom.
Quiconque a remonté l’Hudson en bateau se souvient des monts Catskill. Ils appartiennent à la grande famille des Appalaches, dont ils sont comme une branche détachée. On les voit au loin, à l’ouest du fleuve, se dresser fièrement et régner en maîtres sur toute la campagne alentour.
À chaque saison, à chaque changement de temps, et même à chaque heure du jour, leurs couleurs et leurs formes se transforment comme par magie, si bien que les ménagères du pays, de près comme de loin, les consultent comme de parfaits baromètres.
Par beau temps, les montagnes se parent de bleu et de violet et découpent leurs fières silhouettes sur le ciel clair du soir. Mais parfois, quand le reste du paysage est sans un nuage, elles rassemblent autour de leurs sommets un capuchon de brumes grises qui, aux derniers rayons du soleil couchant, s’allume et rayonne comme une auréole.
Au pied de ces montagnes enchantées, le voyageur aura peut-être aperçu une légère fumée qui monte en volutes au-dessus d’un village. Ses toits de bardeaux brillent entre les arbres, juste à l’endroit où les teintes bleues des hauteurs se fondent dans le vert tendre des prés plus proches. C’est un petit village très ancien. Des colons hollandais le fondèrent aux premiers temps de la province, à peu près au début du gouvernement du bon Peter Stuyvesant (que Dieu ait son âme !).
Il y a quelques années encore, on y voyait toujours debout plusieurs maisons des premiers habitants. Elles étaient bâties de petites briques jaunes venues de Hollande, avec des fenêtres à croisillons et des pignons sur la rue, surmontés de girouettes.
C’est dans ce village, et dans l’une de ces maisons mêmes (bien usée, à vrai dire, par le temps et les intempéries), que vivait autrefois un brave homme simple et de bonne humeur, du nom de Rip Van Winkle. Le pays était alors encore une province de la Grande-Bretagne. Rip descendait de ces Van Winkle qui s’étaient si vaillamment illustrés au temps héroïque de Peter Stuyvesant et l’avaient suivi au siège du fort Christina. Mais il n’avait guère hérité du caractère guerrier de ses ancêtres.
Je l’ai dit, c’était un homme simple et bon ; c’était de plus un voisin serviable et un mari docile, que sa femme menait à la baguette. C’est peut-être à cette dernière circonstance qu’il devait la douceur de caractère qui le faisait aimer de tous, car les hommes qui subissent chez eux la loi d’une mégère sont souvent, au-dehors, conciliants et pleins d’égards. Leur humeur, sans doute, s’assouplit au feu des épreuves domestiques, et un sermon conjugal, le soir, derrière les rideaux du lit, enseigne mieux la patience que tous les prêches du monde.
Une épouse acariâtre peut donc être tenue, d’une certaine façon, pour une bénédiction ; et dans ce cas, Rip Van Winkle était trois fois béni.
Une chose est sûre : toutes les femmes du village l’adoraient. Comme elles le font toujours en pareil cas, elles prenaient son parti dans toutes les querelles de ménage et, chaque fois qu’on en parlait à la veillée, elles ne manquaient jamais de rejeter toute la faute sur dame Van Winkle.
Les enfants du village, eux aussi, poussaient des cris de joie dès qu’ils le voyaient arriver. Il se mêlait à leurs jeux, leur fabriquait des jouets, leur apprenait à faire voler des cerfs-volants et à jouer aux billes, et leur racontait de longues histoires de fantômes, de sorcières et d’Indiens. Quand il flânait dans les rues, il avait toujours autour de lui une ribambelle d’enfants qui s’accrochaient aux pans de sa veste, lui grimpaient sur le dos et lui jouaient mille tours sans jamais se faire gronder. Et dans tout le voisinage, pas un chien n’aboyait contre lui.
Le grand défaut de Rip était une aversion invincible pour tout travail qui rapporte. Ce n’était pas faute de patience ni de persévérance : il restait assis toute une journée sur un rocher mouillé, avec une canne à pêche aussi longue et aussi lourde qu’une lance de Tartare, et il pêchait sans se plaindre, même quand pas un poisson ne mordait. Il portait son fusil de chasse sur l’épaule des heures durant, à travers bois et marécages, par monts et par vaux, pour tirer quelques écureuils ou quelques pigeons sauvages.

Jamais il ne refusait de donner un coup de main à un voisin, même pour les plus rudes besognes, et il était toujours le premier aux veillées où l’on épluchait le maïs, ou quand il fallait monter un muret de pierres sèches. Les femmes du village l’envoyaient aussi faire leurs commissions et lui confiaient ces petits travaux que leurs maris, moins complaisants, refusaient de faire pour elles.
En un mot, Rip était prêt à s’occuper des affaires de tout le monde, sauf des siennes. Quant à faire son devoir de père de famille et à tenir sa ferme en ordre, il en était bien incapable.
D’ailleurs, il assurait qu’il ne servait à rien de travailler sur sa ferme : c’était le plus misérable lopin de terre de tout le pays, et tout y allait de travers malgré tous ses efforts. Ses clôtures tombaient sans cesse en morceaux ; sa vache s’égarait ou allait se promener dans les choux ; les mauvaises herbes poussaient plus vite dans ses champs que partout ailleurs ; et la pluie se mettait toujours à tomber juste au moment où il avait à travailler dehors.
Si bien que l’héritage de ses pères avait fondu entre ses mains, arpent par arpent, jusqu’à n’être plus qu’un maigre carré de maïs et de pommes de terre ; et c’était encore la ferme la plus mal tenue des environs.
Ses enfants n’étaient pas mieux lotis : ils allaient déguenillés et sauvages, comme s’ils n’appartenaient à personne. Son fils, le jeune Rip, un galopin taillé à son image, promettait d’hériter des habitudes de son père en même temps que de ses vieux habits. On le voyait d’ordinaire trotter comme un poulain sur les talons de sa mère, vêtu d’une vieille culotte bouffante que son père ne mettait plus. Le petit avait bien du mal à la retenir d’une main, comme une belle dame retient sa traîne par mauvais temps.
Rip Van Winkle, pourtant, était de ces heureux mortels, d’humeur insouciante et facile, qui prennent la vie comme elle vient, mangent du pain blanc ou du pain bis selon celui qui demande le moins de peine et de réflexion, et aimeraient mieux mourir de faim avec un sou en poche que de travailler pour en gagner cent. Laissé à lui-même, il aurait passé sa vie à siffloter, parfaitement content. Mais sa femme lui rebattait sans cesse les oreilles de sa paresse, de son insouciance et de la ruine où il menait sa famille.
Matin, midi et soir, la langue de dame Van Winkle ne s’arrêtait jamais, et tout ce que Rip disait ou faisait déclenchait aussitôt un torrent d’éloquence domestique. Il n’avait qu’une façon de répondre à ces sermons, et elle était devenue chez lui une habitude à force de servir : il haussait les épaules, secouait la tête, levait les yeux au ciel, mais ne disait rien.
Cela ne manquait jamais de lui attirer une nouvelle salve, si bien qu’il devait battre en retraite et se replier dehors. Le dehors, à vrai dire, est bien le seul côté d’une maison qui appartienne à un mari mené à la baguette.
Dans la maison, Rip n’avait qu’un seul allié : son chien Wolf, aussi malmené que son maître. Dame Van Winkle les tenait tous deux pour des compagnons de paresse, et elle regardait même Wolf d’un mauvais œil, comme celui qui entraînait si souvent son maître à vagabonder.
C’était pourtant, à tous égards, un chien de grand cœur, aussi brave que le meilleur chien qui ait jamais couru les bois. Mais quel courage peut tenir devant les assauts sans fin d’une langue de femme ? Dès que Wolf entrait dans la maison, il perdait toute sa fierté : sa queue traînait par terre ou se glissait entre ses pattes, il rasait les murs d’un air de condamné en jetant des regards de biais vers dame Van Winkle, et au moindre mouvement d’un balai ou d’une louche, il filait vers la porte en glapissant.
Avec les années de mariage, les choses allèrent de mal en pis pour Rip Van Winkle. Un caractère aigre ne s’adoucit pas avec l’âge, et une langue acérée est le seul outil tranchant qui s’affûte à force de servir. Longtemps, quand on le chassait de chez lui, il se consolait en fréquentant une sorte de club permanent des sages, des philosophes et des autres oisifs du village. Ce club tenait ses séances sur un banc, devant une petite auberge dont l’enseigne montrait un portrait rubicond de Sa Majesté le roi George III.
Ses membres restaient là, assis à l’ombre, pendant les longues et paresseuses journées d’été, à causer mollement des potins du village ou à se raconter, en bâillant, d’interminables histoires sur rien du tout. Mais n’importe quel homme d’État aurait payé cher pour entendre les profondes discussions qui s’y tenaient parfois, quand un voyageur de passage leur laissait par hasard un vieux journal.
Avec quelle solennité ils en écoutaient le contenu, que lisait d’une voix traînante Derrick Van Bummel, le maître d’école, un petit homme savant et tiré à quatre épingles que le mot le plus gigantesque du dictionnaire n’effrayait pas ! Et avec quelle sagesse ils délibéraient sur des événements publics survenus plusieurs mois plus tôt !
Les opinions de cette assemblée étaient entièrement gouvernées par Nicholas Vedder, patriarche du village et patron de l’auberge. Il s’asseyait à sa porte du matin au soir, ne bougeant que juste assez pour fuir le soleil et rester à l’ombre d’un grand arbre, si bien que les voisins lisaient l’heure dans ses déplacements aussi sûrement que sur un cadran solaire. Il est vrai qu’on l’entendait rarement parler ; mais il fumait sa pipe sans relâche.
Ses fidèles, pourtant (car tout grand homme a ses fidèles), le comprenaient parfaitement et savaient deviner son avis. Quand une chose qu’on lisait ou qu’on racontait lui déplaisait, on le voyait tirer sur sa pipe avec violence et lâcher de petites bouffées rapides et furieuses. Quand il était content, au contraire, il aspirait la fumée lentement, tranquillement, et la rendait en nuages légers et paisibles. Parfois même, ôtant la pipe de sa bouche et laissant la fumée parfumée lui monter autour du nez, il hochait gravement la tête en signe d’entière approbation.
Même de ce refuge, sa terrible épouse finit par déloger le malheureux Rip. Elle surgissait soudain au milieu de l’assemblée, en troublait la tranquillité et traitait tous ses membres de bons à rien. Le vénérable Nicholas Vedder lui-même n’était pas à l’abri de la langue hardie de cette redoutable mégère : elle l’accusa tout net d’encourager son mari dans la paresse.
Le pauvre Rip en fut réduit presque au désespoir. Pour échapper au travail de la ferme et aux criailleries de sa femme, il ne lui restait qu’un moyen : prendre son fusil et s’en aller rôder dans les bois. Là, il s’asseyait parfois au pied d’un arbre et partageait le contenu de sa besace avec Wolf, qu’il plaignait comme un compagnon d’infortune.
— Mon pauvre Wolf, lui disait-il, ta maîtresse te mène une vie de chien ; mais ne t’en fais pas, mon vieux : tant que je vivrai, tu ne manqueras jamais d’un ami pour te défendre !
Wolf remuait la queue et levait vers son maître un regard plein de tristesse et de tendresse ; et si les chiens peuvent éprouver de la pitié, je crois bien qu’il lui rendait ce sentiment de tout son cœur.
Au cours d’une de ces longues promenades, par une belle journée d’automne, Rip était monté sans y penser jusqu’à l’un des points les plus élevés des monts Catskill. Il chassait l’écureuil, son plaisir favori, et les solitudes silencieuses avaient résonné maintes fois des coups de son fusil. Essoufflé et fourbu, il se laissa tomber, tard dans l’après-midi, sur un tertre vert couvert d’herbes de montagne, qui couronnait le bord d’un précipice.
Par une trouée entre les arbres, il découvrait toute la plaine et des lieues et des lieues de belles forêts. Il voyait au loin, tout en bas, le majestueux Hudson qui suivait son cours silencieux et superbe ; çà et là, le reflet d’un nuage pourpre ou la voile d’une barque attardée semblait dormir sur son eau lisse comme un miroir, et le fleuve finissait par se perdre dans les collines bleues.
De l’autre côté, son regard plongeait dans un vallon profond, sauvage, solitaire et broussailleux. Le fond en était jonché de blocs tombés des falaises qui le surplombaient, et les derniers reflets du soleil couchant l’éclairaient à peine. Rip resta un moment allongé à contempler ce paysage en rêvant.
Le soir tombait peu à peu ; les montagnes commençaient à étendre leurs longues ombres bleues sur les vallées. Rip vit qu’il ferait nuit noire bien avant qu’il ait pu regagner le village, et il poussa un gros soupir en pensant à l’accueil terrible que lui réservait dame Van Winkle.
Rip allait redescendre quand il entendit une voix lointaine crier : « Rip Van Winkle ! Rip Van Winkle ! » Il regarda autour de lui, mais ne vit rien qu’un corbeau qui traversait la montagne d’un vol solitaire. Croyant que son imagination l’avait trompé, il se retournait pour descendre quand le même cri retentit dans l’air immobile du soir : « Rip Van Winkle ! Rip Van Winkle ! »
Au même instant, Wolf hérissa l’échine et, avec un grognement sourd, vint se serrer contre son maître en regardant avec crainte au fond du vallon. Rip sentit alors une vague inquiétude le gagner. Il regarda anxieusement du même côté et aperçut une étrange silhouette qui grimpait lentement et péniblement parmi les rochers, courbée sous le poids d’un fardeau qu’elle portait sur le dos.
Rip fut surpris de voir un être humain dans cet endroit sauvage où personne ne venait jamais ; mais pensant que c’était quelqu’un du voisinage qui avait besoin d’aide, il se hâta de descendre lui prêter main-forte.
De plus près, il fut plus surpris encore par l’allure bizarre de l’inconnu. C’était un petit vieillard trapu, aux cheveux épais et broussailleux, à la barbe grisonnante. Il était vêtu à l’ancienne mode hollandaise : un justaucorps de drap serré à la taille par une courroie, et plusieurs culottes enfilées l’une sur l’autre, celle du dessus très ample, ornée de rangées de boutons sur les côtés et de bouffants aux genoux. Il portait sur l’épaule un gros tonnelet qui semblait plein d’alcool, et il fit signe à Rip d’approcher pour l’aider à porter sa charge.
Un peu timide et méfiant devant cette nouvelle connaissance, Rip obéit pourtant avec son empressement habituel. Se relayant l’un l’autre, ils montèrent par une ravine étroite, qui semblait être le lit à sec d’un torrent de montagne. Tout en grimpant, Rip entendait de temps à autre de longs roulements, comme un tonnerre lointain. Ces roulements semblaient sortir d’une gorge profonde, ou plutôt d’une fente entre de hauts rochers, vers laquelle menait leur sentier escarpé.

Rip s’arrêta un instant ; puis, pensant que c’était le grondement d’un de ces orages passagers qui éclatent souvent sur les hauteurs, il continua son chemin.
Au sortir de la gorge, ils arrivèrent dans un creux pareil à un petit amphithéâtre, entouré de parois à pic. Au bord de ces parois, des arbres penchés lançaient leurs branches au-dessus du vide, si bien qu’on n’apercevait que des morceaux de ciel bleu et le nuage clair du soir.
Pendant tout ce temps, Rip et son compagnon avaient peiné en silence. Rip se demandait bien pourquoi on montait un tonnelet d’alcool dans cette montagne sauvage ; mais l’inconnu avait quelque chose d’étrange et d’incompréhensible qui inspirait la crainte et coupait court à toute familiarité.
En entrant dans l’amphithéâtre, Rip découvrit de nouveaux sujets d’étonnement. Sur un espace plat, au milieu, une compagnie de personnages bizarres jouait aux quilles. Ils étaient vêtus d’une façon étrange et démodée : les uns portaient de courts pourpoints, les autres des justaucorps, avec de longs couteaux à la ceinture, et la plupart avaient d’énormes culottes, du même genre que celles de leur guide.
Leurs visages aussi étaient singuliers. L’un avait une grosse tête, une large figure et de petits yeux de cochon ; le visage d’un autre semblait n’être qu’un nez, surmonté d’un chapeau blanc en pain de sucre orné d’une petite queue de coq rouge. Tous portaient la barbe, de formes et de couleurs diverses.
L’un d’eux paraissait être le chef. C’était un vieux gentilhomme corpulent, au visage tanné par le grand air ; il portait un pourpoint galonné, un large ceinturon avec un coutelas, un chapeau à haute calotte orné d’une plume, des bas rouges et des souliers à hauts talons garnis de rosettes. Toute cette troupe rappelait à Rip les personnages d’un vieux tableau flamand accroché dans le salon du pasteur Van Schaick, et qu’on avait apporté de Hollande au temps des premiers colons.
Ce qui parut surtout étrange à Rip, c’est que ces gens, qui de toute évidence s’amusaient, gardaient les visages les plus graves et le silence le plus mystérieux. C’était bien la partie de plaisir la plus mélancolique qu’il ait jamais vue. Rien ne troublait le calme de la scène, sauf le bruit des boules qui, chaque fois qu’on les lançait, roulaient en écho le long des montagnes comme des grondements de tonnerre.
Quand Rip et son compagnon s’approchèrent, les joueurs cessèrent soudain leur partie et fixèrent sur Rip un regard immobile, comme celui des statues. Leurs visages étaient si étranges, si rudes et si éteints que le cœur de Rip chavira et que ses genoux s’entrechoquèrent.
Son compagnon vida alors le tonnelet dans de grands pichets et lui fit signe de servir la compagnie. Rip obéit en tremblant de peur. Les joueurs burent dans un profond silence, puis retournèrent à leur partie.

Peu à peu, la crainte de Rip se dissipa. Il osa même, quand personne ne le regardait, goûter la boisson, et il lui trouva tout à fait le goût d’un excellent genièvre de Hollande. Rip n’avait jamais dédaigné un bon verre, et il fut bientôt tenté de recommencer. Une gorgée en appelait une autre ; il revint si souvent au pichet que ses sens finirent par se brouiller. Sa vue se troubla, sa tête s’inclina peu à peu, et il tomba dans un profond sommeil.
À son réveil, il se retrouva sur le tertre vert d’où il avait aperçu pour la première fois le vieil homme du vallon. Il se frotta les yeux. C’était un matin clair et ensoleillé. Les oiseaux sautillaient et gazouillaient dans les buissons, et l’aigle tournoyait très haut, la poitrine offerte à l’air pur de la montagne.
« Je n’ai tout de même pas dormi ici toute la nuit ! » se dit Rip.
Il se rappela ce qui s’était passé avant qu’il s’endorme : l’homme étrange au tonnelet, la gorge dans la montagne, le repaire sauvage au milieu des rochers, la lugubre partie de quilles, le pichet…
« Oh ! ce pichet ! ce maudit pichet ! pensa Rip. Quelle excuse vais-je bien pouvoir donner à dame Van Winkle ? »
Il chercha son fusil des yeux ; mais à la place de son arme bien propre et bien huilée, il trouva couché près de lui un vieux mousquet. Le canon était couvert de rouille, la platine se détachait et la crosse était mangée par les vers. Il soupçonna alors les graves fêtards de la montagne de lui avoir joué un tour : ils l’avaient enivré pour lui voler son fusil.
Wolf, lui aussi, avait disparu ; mais peut-être s’était-il lancé à la poursuite d’un écureuil ou d’une perdrix. Rip le siffla et cria son nom, en vain : l’écho répéta ses sifflements et ses cris, mais aucun chien ne se montra.
Rip décida de retourner sur les lieux de la fête de la veille et, s’il y trouvait l’un des joueurs, de lui réclamer son chien et son fusil. Quand il se leva pour se mettre en route, il se sentit les articulations toutes raides et bien moins alerte que d’habitude.
« Ces lits de montagne ne me réussissent pas, pensa Rip. Si cette escapade me vaut une crise de rhumatismes, dame Van Winkle va m’en faire voir de belles ! »
Non sans peine, il descendit dans le vallon et retrouva la ravine par laquelle son compagnon et lui étaient montés la veille au soir. Mais, à sa grande stupeur, un torrent de montagne y dévalait maintenant en écumant ; il sautait de rocher en rocher et emplissait le vallon de son babil.
Rip parvint tout de même à grimper le long des berges, en se frayant péniblement un passage à travers des fourrés de bouleaux, de sassafras et d’hamamélis. Parfois il trébuchait ou se prenait les pieds dans les vignes sauvages qui tordaient leurs vrilles d’arbre en arbre et tendaient sur son chemin une sorte de filet.
Rip arriva enfin à l’endroit où la gorge s’ouvrait entre les falaises sur l’amphithéâtre ; mais de cette ouverture, il ne restait aucune trace. Les rochers formaient un mur haut et infranchissable, d’où le torrent tombait en une nappe d’écume légère dans un bassin large et profond, tout noir sous l’ombre de la forêt. Le pauvre Rip dut s’arrêter là.
Il appela et siffla encore son chien. Seuls lui répondirent les croassements d’une bande de corbeaux désœuvrés, qui s’ébattaient très haut dans le ciel autour d’un arbre mort penché au-dessus d’un précipice ensoleillé. Bien à l’abri sur leur perchoir, ils semblaient le regarder de haut et se moquer de l’embarras du pauvre homme.
Que faire ? La matinée passait, et Rip avait l’estomac dans les talons. Cela lui faisait de la peine de renoncer à son chien et à son fusil ; il redoutait de retrouver sa femme ; mais il ne pouvait pas se laisser mourir de faim dans la montagne. Il secoua la tête, mit le vieux mousquet rouillé sur son épaule et, le cœur plein de soucis et d’angoisse, reprit le chemin de la maison.
En approchant du village, il croisa beaucoup de gens, mais pas un visage connu, ce qui l’étonna un peu, car il croyait connaître tout le monde à des lieues à la ronde. Leurs habits, d’ailleurs, ne ressemblaient pas à ceux qu’il avait l’habitude de voir. Tous le dévisageaient d’un air tout aussi surpris, et chaque fois qu’ils posaient les yeux sur lui, ils se caressaient le menton.
Ce geste revint si souvent que Rip, sans y penser, le fit à son tour. À sa grande surprise, il s’aperçut alors que sa barbe était longue d’un pied !
Rip arrivait maintenant aux premières maisons du village. Une bande d’enfants inconnus lui courait sur les talons en le huant et en montrant du doigt sa barbe grise. Les chiens aussi, dont pas un n’était une vieille connaissance, aboyaient sur son passage.
Le village lui-même avait changé : il était plus grand et plus peuplé. Il y avait des rangées de maisons qu’il n’avait jamais vues, et celles où il avait ses habitudes avaient disparu. Des noms inconnus sur les portes, des visages inconnus aux fenêtres : tout lui était étranger.
Le doute le saisit ; il se demanda si le monde autour de lui, et lui-même avec, n’étaient pas ensorcelés. C’était pourtant bien son village natal, qu’il avait quitté la veille seulement. Là se dressaient les monts Catskill ; là-bas coulait l’Hudson argenté ; chaque colline et chaque vallon étaient exactement à leur place. Rip ne savait plus que penser.
« Ce pichet d’hier soir, se dit-il, m’a joliment brouillé la cervelle ! »
Il eut quelque peine à retrouver le chemin de sa maison. Il s’en approcha en silence, saisi de crainte, s’attendant à chaque instant à entendre la voix perçante de dame Van Winkle. Il trouva la maison en ruine : le toit s’était effondré, les fenêtres étaient brisées et les portes arrachées de leurs gonds.
Un chien à demi mort de faim, qui ressemblait à Wolf, rôdait autour. Rip l’appela par son nom, mais la bête grogna, montra les dents et passa son chemin. Le coup était cruel.
— Même mon chien m’a oublié ! soupira le pauvre Rip.
Il entra dans la maison, que dame Van Winkle, il faut le reconnaître, avait toujours tenue bien propre. Il n’y trouva que le vide et l’abandon. Cette désolation balaya toutes ses craintes conjugales : il appela à grands cris sa femme et ses enfants. Les chambres désertes résonnèrent un instant de sa voix, puis tout retomba dans le silence.

Rip ressortit en hâte et courut à son ancien repaire, l’auberge du village ; mais elle aussi avait disparu. À sa place se dressait une grande bâtisse de bois branlante, aux larges fenêtres béantes, dont certaines étaient cassées et bouchées avec de vieux chapeaux et des jupons. Au-dessus de la porte, on avait peint : « Union Hotel, tenu par Jonathan Doolittle ».
Au lieu du grand arbre qui abritait autrefois la paisible petite auberge hollandaise, on avait planté un haut mât tout nu, surmonté d’une chose qui ressemblait à un bonnet de nuit rouge. Un drapeau y flottait, couvert d’un curieux assemblage d’étoiles et de rayures. Tout cela était étrange et incompréhensible.
Sur l’enseigne, pourtant, Rip reconnut le visage vermeil du roi George, sous lequel il avait fumé tant de pipes paisibles ; mais même ce portrait avait subi une étrange métamorphose. L’habit rouge avait fait place à un habit bleu et chamois, la main tenait une épée au lieu d’un sceptre, la tête était coiffée d’un tricorne, et en dessous on avait peint en grosses lettres : « GÉNÉRAL WASHINGTON ».

Il y avait, comme toujours, une foule de gens devant la porte, mais Rip ne reconnut personne. Le caractère même des habitants semblait avoir changé. Au lieu du flegme et de la tranquillité somnolente d’autrefois, tout n’était qu’agitation, affairement et disputes.
Rip chercha en vain le sage Nicholas Vedder, avec sa large figure, son double menton et sa longue pipe de terre blanche, qui lâchait des nuages de fumée plutôt que des discours inutiles ; ou Van Bummel, le maître d’école, en train de débiter le contenu d’un vieux journal.
À leur place, un grand maigre à la mine aigre, les poches bourrées de tracts, pérorait avec véhémence sur les droits des citoyens, les élections, les membres du Congrès, la liberté, Bunker Hill, les héros de soixante-seize, et d’autres mots qui, pour le pauvre Van Winkle, étaient un pur charabia.
L’apparition de Rip, avec sa longue barbe grise, son fusil rouillé, ses habits d’un autre âge et toute l’armée de femmes et d’enfants qui le suivait, attira bientôt l’attention des politiciens de taverne. Ils s’attroupèrent autour de lui et l’examinèrent de la tête aux pieds avec une vive curiosité. L’orateur se précipita vers lui, le prit un peu à part et lui demanda :
— Pour qui votez-vous ?
Rip le regarda, l’air hébété, sans comprendre. Un autre petit homme, court mais très affairé, le tira par le bras et, se haussant sur la pointe des pieds, lui demanda à l’oreille :
— Êtes-vous fédéraliste ou démocrate ?
Rip ne comprenait pas davantage la question. C’est alors qu’un vieux monsieur à l’air important et entendu, coiffé d’un tricorne pointu, se fraya un passage dans la foule en jouant des coudes à droite et à gauche. Il se planta devant Van Winkle, un poing sur la hanche, l’autre main appuyée sur sa canne. Ses yeux vifs et son chapeau pointu semblaient transpercer Rip jusqu’au fond de l’âme. D’un ton sévère, il demanda :
— Qu’est-ce qui vous amène à l’élection avec un fusil sur l’épaule et toute une cohue sur les talons ? Avez-vous l’intention de déclencher une émeute dans le village ?
— Hélas ! messieurs, s’écria Rip, un peu effrayé, je suis un pauvre homme bien tranquille, né dans ce pays, et un loyal sujet du roi, que Dieu le bénisse !
Aussitôt, un cri général jaillit de la foule :
— Un tory ! Un espion ! Un traître ! Bousculez-le ! Dehors !
L’homme au tricorne eut grand-peine à rétablir l’ordre. Le front dix fois plus sévère, il demanda de nouveau à ce coupable inconnu ce qu’il était venu faire là et qui il cherchait. Le pauvre homme lui assura humblement qu’il ne voulait de mal à personne : il venait simplement chercher quelques voisins qui avaient l’habitude de se tenir devant l’auberge.
— Bon. Qui sont-ils ? Nommez-les.
Rip réfléchit un instant, puis demanda :
— Où est Nicholas Vedder ?
Il y eut un petit silence, puis un vieillard répondit d’une voix grêle et chevrotante :
— Nicholas Vedder ? Mais il est mort et enterré depuis dix-huit ans ! Il y avait au cimetière une stèle de bois où l’on pouvait lire toute son histoire, mais elle a pourri, elle aussi, et il n’en reste plus rien.
— Où est Brom Dutcher ?
— Oh, il est parti à l’armée au début de la guerre. Certains disent qu’il a été tué à l’assaut de Stony Point, d’autres qu’il s’est noyé dans un coup de vent au pied du Nez d’Antoine. Je n’en sais rien. En tout cas, il n’est jamais revenu.
— Où est Van Bummel, le maître d’école ?
— Il est parti à la guerre, lui aussi. Il est devenu un grand général de la milice, et maintenant il siège au Congrès.
Le cœur de Rip se serra en apprenant ces tristes changements chez lui et parmi ses amis, et en se voyant ainsi seul au monde. Chaque réponse le déroutait aussi, car on y parlait d’un temps immense et de choses qu’il ne pouvait pas comprendre : la guerre, le Congrès, Stony Point… Il n’eut pas le courage de demander des nouvelles d’autres amis, et il s’écria, désespéré :
— Personne ici ne connaît donc Rip Van Winkle ?
— Oh ! Rip Van Winkle ! s’exclamèrent deux ou trois voix. Bien sûr ! Rip Van Winkle, c’est lui, là-bas, appuyé contre l’arbre.
Rip regarda et vit son double parfait, tel qu’il était lui-même quand il était monté dans la montagne : apparemment aussi paresseux, et à coup sûr aussi déguenillé. Le pauvre homme ne savait plus où il en était. Il doutait de sa propre identité : était-il lui-même ou un autre ? Au milieu de son trouble, l’homme au tricorne lui demanda qui il était et comment il s’appelait.
— Dieu seul le sait ! s’écria Rip, à bout de forces. Je ne suis pas moi, je suis quelqu’un d’autre… Moi, c’est celui-là, là-bas… Non, c’est quelqu’un d’autre qui a pris ma place… J’étais bien moi hier soir, mais je me suis endormi dans la montagne, et ils ont changé mon fusil, et tout a changé, et moi aussi j’ai changé, et je ne sais plus comment je m’appelle ni qui je suis !
Les badauds commencèrent alors à se regarder, à hocher la tête, à échanger des clins d’œil entendus et à se tapoter le front du doigt. On chuchota aussi qu’il faudrait lui prendre son fusil et empêcher le vieux de faire un malheur ; à ces mots, l’homme important au tricorne se retira en toute hâte.
À ce moment critique, une jeune femme fraîche et avenante se fraya un chemin dans la foule pour jeter un coup d’œil sur l’homme à la barbe grise. Elle tenait dans ses bras un enfant joufflu qui, effrayé par l’air du vieillard, se mit à pleurer.
— Chut, Rip, lui dit-elle, chut, petit nigaud ! Le vieux monsieur ne va pas te faire de mal.
Le nom de l’enfant, l’air de la mère, le son de sa voix, tout cela éveilla dans l’esprit de Rip une foule de souvenirs.
— Comment vous appelez-vous, madame ? demanda-t-il.
— Judith Gardenier.
— Et votre père, comment s’appelait-il ?
— Ah, le pauvre homme ! Il s’appelait Rip Van Winkle. Mais il y a vingt ans qu’il est parti de chez lui avec son fusil, et depuis, on n’a jamais plus entendu parler de lui. Son chien est revenu tout seul ; mon père s’est-il tué d’un coup de fusil, les Indiens l’ont-ils emmené, personne n’a jamais pu le dire. Je n’étais alors qu’une petite fille.
Rip n’avait plus qu’une question à poser ; il la posa d’une voix tremblante :
— Et votre mère, où est-elle ?
— Oh, elle aussi est morte, il n’y a pas longtemps. Elle s’est rompu un vaisseau sanguin dans une colère contre un colporteur venu de Nouvelle-Angleterre.
Il y avait au moins, dans cette nouvelle, une goutte de réconfort. Le brave homme ne put se contenir plus longtemps. Il serra dans ses bras sa fille et son enfant.

— Je suis ton père ! s’écria-t-il. Le jeune Rip Van Winkle d’autrefois, le vieux Rip Van Winkle d’aujourd’hui ! Personne ne reconnaît donc le pauvre Rip Van Winkle ?
Tous restèrent stupéfaits. Enfin, une vieille femme sortit de la foule d’un pas chancelant. Elle mit la main en visière sur son front, scruta un moment le visage de Rip et s’écria :
— Mais oui ! C’est bien Rip Van Winkle, c’est lui-même ! Sois le bienvenu chez toi, mon vieux voisin. Mais où donc étais-tu passé pendant ces vingt longues années ?
Rip eut vite fait de raconter son histoire, car ces vingt années n’avaient été pour lui qu’une seule nuit. Les voisins ouvrirent de grands yeux en l’écoutant ; on en vit qui se poussaient du coude et qui riaient sous cape. Quant à l’homme important au tricorne, revenu sur le terrain une fois l’alerte passée, il pinça les lèvres et secoua la tête ; sur quoi toute l’assemblée secoua la tête avec lui.
On décida pourtant de demander l’avis du vieux Peter Vanderdonk, qu’on voyait monter lentement la route. Il descendait de l’historien du même nom, qui avait écrit l’un des tout premiers récits sur la province. Peter était le plus ancien habitant du village et connaissait à fond tous les événements merveilleux et toutes les traditions du pays. Il reconnut Rip aussitôt et confirma son histoire de la façon la plus convaincante.
Le vieillard assura à l’assemblée que c’était un fait, transmis par son ancêtre l’historien : les monts Catskill avaient toujours été hantés par des êtres étranges. Le grand Hendrick Hudson, qui avait découvert le premier le fleuve et le pays, y montait une sorte de garde tous les vingt ans avec l’équipage de la Demi-Lune. Il lui était permis de revoir ainsi les lieux de son exploit et de veiller sur le fleuve et sur la grande ville qui portait son nom.
Le père de Peter les avait vus un jour, dans leurs vieux habits hollandais, jouer aux quilles dans le creux de la montagne ; et Peter lui-même avait entendu, un après-midi d’été, le bruit de leurs boules, pareil à des roulements de tonnerre lointain.
Bref, l’assemblée se dispersa et retourna aux affaires bien plus importantes de l’élection. La fille de Rip l’emmena vivre chez elle. Elle avait une maison douillette et bien meublée, et pour mari un fermier jovial et robuste, en qui Rip reconnut l’un des galopins qui lui grimpaient autrefois sur le dos.
Quant au jeune Rip, son fils et héritier, ce double de lui-même qu’on avait vu appuyé contre l’arbre, on l’employa aux travaux de la ferme ; mais il montra une disposition bien héréditaire à s’occuper de tout, sauf de son travail.
Rip reprit ses anciennes promenades et ses vieilles habitudes. Il retrouva bientôt plusieurs de ses anciens compagnons, mais tous bien abîmés par l’usure du temps ; aussi préféra-t-il se faire des amis parmi la jeune génération, qui le prit vite en grande affection.
N’ayant rien à faire à la maison, et parvenu à cet âge heureux où un homme peut rester oisif sans qu’on le lui reproche, il reprit sa place sur le banc, à la porte de l’auberge. On l’y vénérait comme l’un des patriarches du village et comme une chronique vivante du temps « d’avant la guerre ».
Il lui fallut un certain temps pour retrouver le fil des bavardages et pour comprendre les événements étranges qui s’étaient produits pendant son long sommeil : il y avait eu une guerre d’indépendance, le pays avait secoué le joug de la vieille Angleterre, et au lieu d’être un sujet de Sa Majesté George III, il était maintenant un libre citoyen des États-Unis.
À vrai dire, Rip n’avait rien d’un homme politique : les changements d’États et d’empires ne lui faisaient guère d’effet. Mais il y avait une tyrannie sous laquelle il avait longtemps gémi : celle des jupons. Par bonheur, c’était fini. Il avait sorti la tête du joug du mariage et pouvait entrer et sortir à sa guise, sans craindre le despotisme de dame Van Winkle.
Pourtant, chaque fois qu’on prononçait le nom de sa femme, il secouait la tête, haussait les épaules et levait les yeux au ciel ; et l’on pouvait y voir aussi bien de la résignation à son sort que de la joie d’être délivré.
Rip racontait son histoire à chaque étranger qui descendait à l’hôtel de M. Doolittle. On remarqua d’abord qu’il en changeait quelques détails à chaque fois, sans doute parce qu’il venait à peine de se réveiller. Le récit finit par se fixer exactement tel que je viens de le raconter, et dans les environs, hommes, femmes et enfants, tout le monde le connaissait par cœur.

Il y en eut toujours pour faire mine d’en douter : ils soutenaient que Rip avait perdu la tête et que c’était là un sujet sur lequel il battait encore la campagne. Mais les vieux habitants hollandais y croyaient presque tous sans réserve.
Aujourd’hui encore, ils n’entendent jamais l’orage gronder un après-midi d’été du côté des Catskill sans dire que Hendrick Hudson et son équipage font leur partie de quilles. Et tous les maris des environs que leur femme mène à la baguette, quand la vie leur pèse trop, rêvent tout haut d’une gorgée apaisante tirée du pichet de Rip Van Winkle.
Adapté par Talerie, source : The Sketch-Book of Geoffrey Crayon (s’ouvre dans une nouvelle fenêtre) Domaine public Copiez ce texte, adaptez-le, utilisez-le comme bon vous semble. Un lien vers Talerie nous fait plaisir, mais il n’est pas obligatoire. CC0 1.0 (s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)

