
Ulysse et le Cyclope
13 min de lectureà partir de 7 ans

Personne ne sait qui était Homère, ni même si un seul homme a composé l’Iliade et l’Odyssée. Les Grecs anciens les lui attribuaient sans l’ombre d’un doute ; les savants modernes n’en sont plus certains, et ce long débat porte un nom : la question homérique. Hérodote plaçait Homère environ quatre cents ans avant sa propre époque, soit vers le IXe siècle avant notre ère, alors que la plupart des spécialistes datent aujourd’hui les poèmes du VIIIe ou du VIIe siècle. Le poète aveugle, lui, vient de la tradition : l’Hymne homérique à Apollon parle d’« un aveugle qui habite la rocheuse Chios », et l’Antiquité y a lu Homère se décrivant lui-même. Plusieurs cités se disputaient sa naissance, Smyrne et Chios parmi elles.
Ces poèmes étaient faits pour être entendus. Ils sont écrits en hexamètres dactyliques, dans une langue artificielle qui mêle plusieurs dialectes grecs, l’ionien surtout. Dans les années 1920 et 1930, Milman Parry, puis Albert Lord, les ont comparés aux chanteurs de Yougoslavie et ont montré que leurs formules répétées, « l’Aurore aux doigts de rose » ou « la mer couleur de vin », sont les outils de poètes qui composaient à voix haute. Des récitants de métier, les rhapsodes, les disaient devant un public ; à Athènes, on les entendait aux fêtes des Panathénées. Le découpage de l’Odyssée en vingt-quatre chants est plus tardif et revient en général aux savants d’Alexandrie.
En France, le voyage d’Ulysse a laissé des traces durables. Du Bellay ouvre un sonnet des Regrets, en 1558, par « Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage », un vers que beaucoup savent encore par cœur. Fénelon, en 1699, lance Télémaque à la recherche de son père dans un livre écrit pour le duc de Bourgogne, et Les Aventures de Télémaque comptent parmi les livres les plus lus du XVIIIe siècle français.
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